vendredi 24 juin 2011

bagnes coloniaux

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administration pénitentiaire coloniale

 

Les Archives nationales d'outre-mer viennent de mettre en ligne à la fois l'instrument de recherche du fonds de l'administration pénitentiaire coloniale et la base de données nominative donnant accès aux dossiers individuels des condamnés écroués avant 1891. 
Une étape importante qui facilitera grandement les recherches sur les bagnes coloniaux. 
 
Instrument de recherche : 
http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ir?ir=FRANOM_00118& 
 
Base nominative : 
http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/bagnards_dossiers_individuels/ 
 
 
Anne CHAUVEL 
Chargée de communication 
Archives nationales d'outre-mer

 

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bagnards annamites au travail en Guyane,
1925-1939 - source


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mercredi 22 juin 2011

biographie de Robert Lacoste

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une biographie non partisane de Robert Lacoste

Maurice FAIVRE

 

- Pierre Brana et Joëlle Dusseau, Robert Lacoste (1898-1989). De la Dordogne à l’Algérie. Un socialiste devant l’histoire, L’Harmattan, 2010, 317 pages dont 15 de photos, 25 €.

Dans le cadre de la Fondation Jean Jaurès et de l’Office universitaire de recherche socialiste, ces deux auteurs retracent le parcours de Robert Lacoste, antimunichois et antifasciste, permanent syndical en Dordogne avant de s’engager dans la Résistance politique, et de faire partie du Comité des experts de Jean Moulin, devenu le Comité général d’études.

Son père est fusillé par les Allemands en mars 1944. Limogé de l’administration en juillet 1942, Lacoste devient en mai 1944 Délégué provisoire puis Ministre de la production industrielle ; il applique à reculons les nationalisations des ressources énergétiques. Remplacé en novembre 1945 par Marcel Paul, il est élu député et préside la Commission des Finances de l’Assemblée et le Conseil général de Dordogne ; inscrit à la SFIO, il s’oppose aux communistes et aux gaullistes ; il se prononce pour la réduction  des crédits militaires.

politique de fermeté

Après son échec lors de la journée des tomates d’Alger, Guy Mollet le nomme le 9 février 1956 ministre résidant en Algérie. Décidé à combattre les colons («je les aurai»), il est cependant fasciné par son compatriote Bugeaud et reconnaît «tout ce que la France a fait en Algérie». Il veut faire de l’Algérie un État démocratique multiracial ; ferme dans la répression des nationalistes et des communistes, il décide l’exécution des terroristes, et crée les centres d’assignation à résidence ; il approuve les zones de pacification et d’opérations du général Beaufre, qui justifient les regroupements de population . En même temps, il appuie les «perspectives décennales de développement économique», bases du futur plan de Constantine, proposées par des planificateurs compétents (Maspetiol, Bouakouir, Tixier) et  récupère 100.000 hectares pour la réforme agraire de la CAPER.

Cette politique de fermeté, favorisée par les pouvoirs spéciaux, suscite l’opposition des intellectuels, y compris au sein  de la SFIO. Se basant sur des rapports du CICR, du Commissaire Mairey, de Beuve-Méry, et sur un rapport (mal interprété) de la Commission de Sauvegarde, les critiques lui reprochent de «couvrir l’armée» et estiment que Lacoste ne pouvait pas ignorer la pratique de la torture. À l’inverse la Commission Provo fait confiance à l’armée et le Comité international de David Rousset dément l’existence d’un régime concentrationnaire en Algérie.

Lacoste est un battant. Yves Guéna le voit en patriote, quelque peu colonialiste, la tête à gauche et le cœur à droite. Il riposte aux critiques en révèlant les «aspects véritables de la rébellion». Pour lui, il faut faire la guerre de 1957 ; une révolution se combat par une autre révolution, par la fondation d’une Algérie nouvelle, sans purification ethnique. La Loi-cadre votée au deuxième tour en novembre 1957 établit le collège unique, favorise la promotion des musulmans, crée 1100 communes de plein exercice et prépare le passage à l’indépendance.

Lacoste quitte Alger trois jours avant le 13 mai 1958 en exprimant la crainte d’un Dien Bien Phu diplomatique ; il observe le noyautage des cadres pratiqué par les gaullistes Delbecque et Neuwirth ; il prend contact avec le Comité de Vincennes sans y adhérer, signe en novembre 1960 un manifeste pour le maintien de l’Algérie, et témoigne en 1962 au procès du général Salan. Le gaulliste de 1940 déclare en 1980 : «j’ai compris que de Gaulle se servait trop du mensonge pour monter ses coups».

Réélu député, conseiller général puis sénateur, Robert Lacoste reste le maître de la Dordogne jusqu’à sa mort. Ses obsèques religieux attirent peu de responsables politiques. Cette biographie détaillée, honnête et non partisane, s’appuie sur les débats internes au parti socialiste, sur la presse et sur une bibliographie sélective. Elle reproduit cependant quelques interprétations partiales et de rares données inexactes.

Maurice Faivre
25 mai 2011

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Observations critiques.

- p. 216. les DOP ne sont pas mis en place par Salan, mais par Ely en août 1956,

- p. 222.  il n’y a pas eu 100 morts au Khroubs le 22 mars 1956 (confusion probable avec le 20 août – Réf. "Mémoires d’un appelé" de Pierre Brana).

- p. 250. les 3.000 disparus de Teitgen sont mis en doute par G.Pervillé, et réfutés par Godard.

- p. 253. l’analyse des 400 rapports du CICR contredisent la généralisation de la torture ; la Commission de Sauvegarde Béteille conclut qu’on se trouve en présence d’actes perpétrés sporadiquement par des individus, en dépit des consignes qui les interdisaient, et que des sanctions ont été prises.

- p. 251 et 254. la loi-cadre de novembre  1957 aurait mérité une analyse approfondie ; un manuscrit inédit du colonel Schoen l’interprète comme une politique d’association avec une Algérie autonome ; Salan, qui l’avait approuvée, semble l’avoir oubliée ; elle aurait mérité d’être reprise par le projet gaulliste d’association.

- p. 256. les 69 morts dont 21 enfants de Sakiet Sidi Youssef sont déclarés par Bourguiba, mais démentis par le 2ème Bureau.

- p. 256. en janvier 1958, le général Ely approuve le principe d’une riposte automatique en Tunisie (dans les 3 heures suivant l’incident). Il est douteux qu’il n’ait pas l’accord du gouvernement (Réf. Fonds privé 1K 233).

- fautes de frappe : p. 204, divisions parachutistes, p. 255 : rébellion et non répression.


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vendredi 17 juin 2011

la Mosquée de Paris a-t-elle résisté sous l'Occupation ?

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la résistance de la Mosquée de Paris ?

 

Un court-métrage a été diffusé à Cannes dans le cadre d'une sélection "Banlieuz'art", financée par le Conseil régional d'Île-de-France (implication de Julien Dray). Une production a ému de nombreux spectateurs. Elle s'intitule "Ensemble", son réalisateur est Mohamed Fekrane. Présentation : "Paris 1942, un enfant juif Isaac échappe à une rafle organisée par les SS. Il se réfugie alors dans une mosquée.."

http://www.dailymotion.com/video/xhcg0p_court-metrage-ensemble-de-mohamed-fekrane_shortfilms

Dans une interview, Mohamed Fekrane, déclare : «1500 enfants juifs sauvés de la déportation» par la Mosquée de Paris pendant l’Occupation ? «Une histoire vraie»… Mais d’où sort-il cela…? Il aurait un ou deux témoignages venus du Maroc… La Mosquée lui «a dit sans lui dire»… N’importe quoi…! «La torture»…? Mais qui a été torturé…? Pas Si Kaddour ben Ghabrit ni aucun imam de la Mosquée de Paris. «Je n’ai fait que relater la vérité» dit Mohamed Fekrane… mais quelle vérité ? Il n’y a strictement aucun témoignage. C'est un récit sympathique mais ce n'est pas une vérité historique.

 

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Une fois ces questions adressées à diiférents sites internets, j'ai reçu du réalisateur le message suivant :

Film Ensemble à l'intention de Michel Renard
Bonjour Michel,

je vous contact par rapport au court métrage Ensemble qui est une fiction au sujet de Si kaddour ben ghabrit, je ne suis pas historien et avant de me lancer dans cette aventure j'ai lancer un appel à personne pour m'aider à développer ce sujet (il y a 3 ans mais aucune réponse), et avec les très peu de fragments de cette histoire, j'en ai voulu faire un court-métrage et bien sure une fiction, une dramaturgie...il était effectivement recteur de la mosquée de paris (j'en ai fait un imam) il ne meurt pas dans le court métrage puisqu'il décède en 1953 et enterré à la mosquée de Paris, et les passages de tortures ne sont que pure fiction, vu que personne n'a réellement confirmation, par contre vu que vous connaissait mieux que moi cette période et ces faits, je ne serais pas contre une aide historique de votre part si bien entendu vous êtes d'accord.

Cordialement,
Mohamed Fekrane.

J'ai répondu :

Bonjour Mohamed,

Les qualités filmiques de "Ensemble" sont remarquables. J'ai eu plaisir à le voir et revoir plusieurs fois. Il n'y a pas que l'émotion, il y les plans, les angles, la bande-son, le rythme…

Mais je ne peux qu'être surpris par ce qui est présentée comme une "histoire vraie"… Si trois ans de recherches de témoins n'ont rien donné, c'est peut-être un signe, non…?

En fait tout part du documentaire de Derri Berkani "Une résistance oubliée, la Mosquée de Paris", avec la recherche de Baya Azzi (1990).

Le témoignage du Dr Assouline n'est guère probant. On ne sait pas d'où il tire ce chiffre de 1742 (cartes de ravitaillement, personnes hébergées…?). Et qui aurait fourni ces cartes ? La Mosquée recevait des titres de ravitaillement de la part du Secours National et des denrées du Service du Ravitaillement. Et elle est venue au secours de nombreuses personnes.

Le Dr Somia est plus précis dans le récit du sauvetage d'un enfant. Puis il évoque le réseau auquel il participait et qui pouvait solliciter la Mosquée pour des prisonniers et des déportés évadés, semble-t-il. Il ne fournit cependant aucun chiffre.

Mais tout cela ne constitue pas les preuves de l'existence d'une organisation de sauvetage d'enfants juifs par la Mosquée de Paris en liaison avec un réseau FTP.

Je sais par ailleurs que le témoignage du Dr Assouline est à prendre avec des pincettes (il dit des choses fausses, j'en ai la preuve) ; on ne comprend pas ce qu'il faisait à la Mosquée : y est-il resté deux ou trois nuits ? ou a-t-il fait partie d'un réseau qui, ensuite, a agi avec la Mosquée…? Tout cela est confus.

Derri Berkani a déclaré à la presse algérienne avoir eu entre les mains en 1974 un livre (registre ?) à la Mosquée de Paris mentionnant des listes d'enfants juifs qu'on faisait passer pour des enfants algériens. Pourquoi ce livre n'est-il pas rendu public…? Pourquoi ne l'a-t-il pas photographié ?

Je dispose de plusieurs documents d'archives que je rendrai publics dans mon livre sur l'histoire de la Mosquée de Paris (Flammarion éditeur, à paraître) qui montrent une histoire complexe… mais qui ne valide pas la "belle histoire" du film "Ensemble", malheureusement.

Mais je ne vois pas de quoi en faire un film à thèse simple.

Wa salam

Michel Renard

 

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Je publierai bientôt, un ouvrage couvrant toute l'histoire de la Mosquée de Paris (enfin, ce que j'en sais, d'après les archives et mes propres investigations...). La question du comportement de la Mosquée de Paris entre 1940 et 1944 ne correspond à aucune légende dorée ni à aucune légende noire. Mais les quelques "témoignages" produits jusqu'à présents sont à recevoir avec la plus grande prudence.

On ne peut peut faire du cinéma comme Tarantino, Inglorious Basterds, et inverser la réalité historique... Moi, cela ne m'a jamais satisfait. Depuis Thucydide, le rapport de l'esprit à l'histoire est une exigence de vérité.

Michel Renard

 

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jeudi 16 juin 2011

Paul Ramalalo, tiatilleur malgache

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Tirailleurs malgaches

J'ai connu un soldat malgache dans les circonstances suivantes : "Nous avions reçu, vers 1945-46, un Malgache que ma soeur avait adopté comme filleul de guerre, c'était alors la mode. Paul Ramalalo était un grand paysan du sud qui avait dû être robuste. Kidnappé par notre glorieuse armée afin de grossir ses rangs, il vint bravement en France défendre la Liberté et la Civilisation, fut fait prisonnier en 1940 et passa avec ses compatriotes cinq années épouvantables dans un stalag réservé aux troupes coloniales.

Obligés de les relâcher au moment de leur débâcle, les Allemands alignèrent ces sous-hommes et les mitraillèrent. Laissé pour mort, Paul eut pourtant la vie sauve : deux balles lui avaient traversé l'épaule.
Nous allions le dimanche, vers onze heures, le chercher à l'hôpital Saint-Joseph ; il enveloppait avec une lenteur infinie ses longues jambes dans les bandes molletières réglementaires et venait passer l'après-midi chez nous. Il nous parlait de ses buffles qu'il avait hâte de revoir, et des redoutables «Zoulas» ou «Djoulas» (Dioulas ?) les bandits cachés dans la forêt.
Après son départ, nous avons perdu tout contact : comme il n'avait pas répondu à une lettre, nos parents demandèrent à un jeune couple de nos clients, qui avaient des relations dans la Grande Île, de retrouver sa trace ; après enquête, ils leur expliquèrent qu'il était inutile de chercher à le joindre. En fait, il arriva dans l'Île Rouge pendant la sanglante répression coloniale qui fit 100.000 morts (on s'en prenait tout particulièrement aux anciens soldats, réputés dangereux) de mars 1947 à 1948." (Extrait du site temoingaulois.fr)
Pensez-vous que je pourrais retrouver sa trace ?
Merci pour votre blog.

René Collinot

 

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mardi 14 juin 2011

Adhémar Leclère au Cambodge

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l'oeuvre ethnographique d'Adhémar Leclère

sur le Cambodge

 

Grégory Mikaelian, Un partageux au Cambodge: biographie d’Adhémard Leclère suivie de l’inventaire du Fonds Adhémard Leclère, Paris, Association Péninsule, Les Cahiers de Péninsule n°12, 2011, 474 p. ISBN: 978-2-7466-2985-1, 18 €

Auteur prolixe natif d’Alençon, Adhémard Leclère (1853-1917) est surtout connu pour sa contribution à la connaissance de la société khmère, qu’il côtoya pendant plus d’une vingtaine d’années de 1886 à 1910, comme administrateur colonial.

Si son œuvre ethnographique est encore aujourd’hui nécessaire aux spécialistes du Cambodge, c’est, certes, parce qu’elle est fondée sur une masse documentaire de première main aujourd’hui conservée à la Médiathèque d’Alençon (circa 17.000 feuillets), mais aussi parce que ce Normand trempa sa plume dans une encre singulière : formé par l’aristocratie ouvrière de la typographie parisienne, il fut un des journalistes porte-plumes de la tendance possibiliste du socialisme français avant de passer au radicalisme de Clemenceau qui le fit nommer résident provincial dans le Protectorat du Cambodge en 1886.

Habité par le messianisme républicain, il crut dans l’avènement de progrès sociaux qu’une description pointilliste des realia devait contribuer à faire advenir en identifiant les archaïsmes de la tradition khmère, pour mieux les éradiquer. Graphomane impénitent, il fit paradoxalement œuvre conservatoire en décrivant par le menu les mœurs et coutumes des Cambodgiens du temps jadis, aujourd’hui moribondes.

À la fois livre d’histoire et outil de travail, le volume s’ouvre en première partie sur un essai de reconstitution biographique de cet ancien héraut du collectivisme, vite et mal embourgeoisé ; suit en seconde partie l’inventaire détaillé du fonds qu’il a constitué, lequel comprend aussi bien des documents cambodgiens anciens (XVII-XIXe s.), des documents administratifs coloniaux, que ses propres papiers. À ces titres, il intéresse les praticiens des études khmères, l’histoire coloniale de l’Indochine, ainsi que l’histoire sociale du XIXe siècle français.

Chargé de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, Grégory Mikaelian est membre du Centre Asie du Sud-Est (UMR 8170, CNRS / EHESS) où il est spécialiste d’histoire moderne de la péninsule indochinoise.

 

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