mardi 15 février 2011

Disparition Audin : débat sur la chaîne LCP

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Guerre d'Algérie : l'éternelle déchirure

général Maurice FAIVRE


Ce débat diffusé le 12 février par la chaîne LCP a permis de corriger certaines outrances du documentaire sur la disparition de Maurice Audin. Tout n’a pu être dit, l’animateur Benoît Duquesne ayant donné la parole aux six participants de façon inégale ; les correspondants de Maurice Faivre font état d’une évidente préférence pour les cinq partisans de la version de Vidal-Naquet et des thèses anticolonialistes du FLN.

Le réalisateur Demerliac du documentaire a prétendu avoir fait une recherche historique complète, mais il se référait principalement (comme S. Thénault) aux articles du Monde, de l’Express et de l’Humanité, et à des archives ouvertes  de l’Institut d’Études politiques. Les archives de la Commission de Sauvegarde du droit et des libertés, non ouvertes, n’avaient pas été consultées.

Le réalisateur s’est d’autre part référé aux déclarations de madame Audin, dont il a eu raison d’évoquer le courage et la ténacité. On aurait pu rappeler que plus de 2.000 familles françaises éprouvent la même douleur pour leurs disparus en Algérie, jamais retrouvés. Malgré l’admiration de Sylvie Thénault pour la compétence historique de Vidal-Naquet, Maurice Faivre a rappelé que cet historien de la Grèce avait reconnu qu’il n’était pas un historien de l’Algérie, mais un militant politique. Demerliac a finalement confirmé que sa version reposait sur des hypothèses.

Sylvie Thénault, historienne reconnue, compétente sur le maintien de l’ordre public, a réaffirmé sa position sur l’État de droit et condamné l’intervention de l’armée dans la répression des manifestations d’opposition. Elle semble avoir oublié - ou méconnu - que Paul Teitgen, secrétaire général du préfet d’Alger, n’avait pu éliminer le terrorisme qui en 1956-57 faisait des centaines d’attentats (40 à 50 Européens et 300 Musulmans tués chaque mois). Le gouvernement socialiste avait dû faire appel à l’armée pour éradiquer ce terrorisme urbain ; la Cour d’appel d’Aix a admis que Robert Lacoste a choisi de porter secours aux victimes.

Le président Patin contredit la thèse de S. Thénault (1): «la nature du conflit rend très difficile le maintien scrupuleux de la légalité… il serait prématuré de retirer les pouvoirs de police à l’autorité militaire, qui conduit une lutte efficace contre l’organisation militaire clandestine du FLN. La population musulmane a confiance dans l’armée qui la protège». Par la suite, l’unité d’action civilo-militaire s’était révélée seule efficace pour conduire la lutte contre-révolutionnaire. In fine, la rupture de cette unité d’action s’était traduite par une politique de concessions unilatérales. Tout cela n’a pas été dit.

des accusations mensongères rejetées par la Cour d'Appel

S. Thénault a par ailleurs reconnu que le FLN, minoritaire dans la population musulmane, s’était imposé par la violence, absolument nécessaire pour les Algériens selon Malika Rahal (2). C’est ce qu’a confirmé Jacques Julliard : «Incapable de provoquer un soulèvement généralisé, le FLN  a eu recours à la terreur et aux atrocités» (Nouvel Obs du 10 mai 2001). Charles Sylvestre a célébré l’appel des douze (3) qui avait suivi la campagne de presse lancée en 2000 par Louisa Ighilariz.  En réalité,  à l’issue d’une longue bataille judiciaire, les accusations mensongères de Pouillot et d’Ighilariz  ont été rejetées par les Cours d’appel de Paris et d’Aix-en-Provence en 2005, confirmées par la Cour de Cassation le 9 janvier 2007.

L’animateur a essayé de faire confirmer par François Pouillot ses aveux d’avoir donné un  coup de main (sic) aux tortionnaires de la villa Sesini. Il n’a pas été difficile à Maurice Faivre de démontrer que Pouillot n’avait pu séjourner dans cette villa en 1961, mettant à mal l’ensemble de son témoignage. Jacques Inrep confirme que tous les acteurs de la guerre d’Algérie n’étaient pas des tortionnaires.

S’agissant de la connaissance des généraux Schmitt et Faivre sur l’affaire Audin, elle est uniquement documentaire ; aucun des deux n’était à Alger au moment de sa disparition. L’objectif du débat étant de provoquer une condamnation du gouvernement et de l’armée de 1957, Maurice Faivre a affirmé qu’une repentance éventuelle ne pourrait être que bilatérale. Le professeur Mandouze, qui collabora avec Vidal-Naquet, l’a reconnu dans ses Mémoires d’outre-siècle ; un autre collaborateur, le philosophe Paul Thibaud considère la guerre d’indépendance algérienne comme un événement tragiquement négatif. Dans ce débat inégal, quelques vérités ont cependant pu être dites.

Maurice Faivre
le 15 février 2011

* visionner le débat

1 - Commission de Sauvegarde. Dossiers 3134, 3161. Réf. Maurice Faivre, Conflits d’autorité durant la guerre d’Algérie, L’Harmattan, 2004, pages 62 et 119.

2 - Faisant la biographie d’Ali Boumendjel, Malika Rahal confirme la thèse d’Aussaresses sur l’assassinat de Boumendjel. Cette thèse a été mise en doute par le professeur Richet de la Commission de Sauvegarde, selon lequel Boumendjel a renouvelé une tentative précédente de suicide.

3 - Les douze avaient alors demandé au ministre de la Défense que le général Faivre soit sanctionné pour ses déclarations sur Henri Alleg.

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samedi 12 février 2011

un documentaire sur Maurice Audin

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Maurice Audin - la disparition

général Maurice FAIVRE


Ce documentaire de François Demerliac produit par «Chaya films et virtuel» a été diffusé une dizaine de fois entre le 19 juillet 2010 et le 13 février 2011 par la chaîne politique Public Sénat. Un débat enregistré le 4 février par Benoît Duquesne et Elise Lucet, intitulé Guerre d’Algérie : l’éternelle déchirure est diffusé le 12 février à 23.00, puis le 13 février à 19.00 et le 20 février à 10.00. Il réunit François Demerliac, Maurice Faivre, François Pouillot, Malika Rahal, Charles Sylvestre (Sylvie Thénault  non citée ?) .

Le documentaire a provoqué des protestations horrifiées de la part des anciens combattants, des rapatriés, harkis  et EMSI qui l’ont vu. C’est en effet un film anti-colonialiste, anti-miltariste, pro-FLN et pour tout dire anti-français. A défaut d’une  recension,  voici un aperçu sur les protagonistes du documentaire :

- Josette Audin, dont le mari a disparu le 21 juin 1957 après avoir été arrêté par les parachutistes le 11 juin, exprime une douleur que l’on comprend. Son mari n’était pas un terroriste, mais un universitaire, propagandiste et militant communiste. La bavure policière (attribuable sans doute à Aussaresses) est évidente, mais l’enquête a été totalement négative. 1 700 Français d’Algérie ont également disparu pendant ce conflit, dont seulement 72 corps ont été retrouvés ; la douleur des familles est comparable, mais n’a fait l’objet d’aucun documentaire (1). Cela explique peut-être que le chef de l’État ne réponde pas aux lettres de madame Audin demandant la condamnation du gouvernement de 1957

- historien de la Grèce et militant contre la guerre d’Algérie, Vidal-Naquet a proposé une thèse (2) sur la mort d’Audin. Il imagine qu’une évasion simulée a été montée par le lieutenant Charbonnier pour camoufler la mort d’Audin sous la torture ; ce n’est qu’une hypothèse pour laquelle il n’apporte aucune preuve. Demerliac semble ignorer les recherches infructueuses effectuées par la Commission de Sauvegarde du droit et des libertés et par le Procureur Reliquet. Michel Debré, premier ministre, a alors estimé que le journal de Vidal-Naquet Vérité-Liberté «devrait être interdit et des perquisitions ordonnées».

- plusieurs avocats  (Braun, Borker, Nicole Dreyfus, Badinter) soutiennent la thèse de Vidal-Naquet et demandent que la vérité soit recherchée par de nouvelles enquêtes. Il faut rappeler que les avocats du FLN sont suivis dans un dossier du premier ministre (3) « les avocats félons »… «ces hommes dont le président Patin n’a cessé de dire qu’ils trahissaient». Nicole Dreyfus se réclame des valeurs de la Révolution française ; celles de Robespierre sont en effet imitées par le FLN ; au XIXe siècle en revanche, les valeurs de la colonisation relèvent d’une idéologie républicaine (V. Hugo, J. Ferry, L. Blum).

- plusieurs témoins (Nallet, Rambaud, Bonnardot, Alleg, Pouillot) font état des tortures, des viols et des exécutions sommaires à grande échelle dont ils ont été témoins ou victimes. Mais suivant les errements de Patrick Rotman, aucun de ces témoignages n’est recoupé. Le cas d’Henri Alleg, en particulier, mérite d’être souligné. Massu affirme (4) qu’Alleg a reçu une paire de giffles de la part du capitaine Faulques. Me Badinter, défenseur de l’Express devant la 17ème Chambre correctionnelle (14 avril 1970), a reconnu que les sévices sur Alleg et Audin ne pouvaient être imputés à Faulques. Quant au professeur Pierre Michaux de la faculté de médecine d’Alger, qui eut à étudier le dossier Alleg, il observe que la plainte a été retirée et il conclut : «Alors de deux choses l'une, ou Alleg a menti et n'a jamais eu de brûlures électriques ou bien, ce qui n'est pas non plus à son honneur, il aurait eu peur d'une simple petite biopsie cutanée pour faire la preuve de l'origine électrique de sa cicatrice». Le pourvoi d’Alleg a d’ailleurs été rejeté par la Cour de Cassation le 10 août 1960.


approximations et erreurs

D’autres approximations ou erreurs historiques, reprises dans le documentaire, doivent être corrigées :

- il n’y avait pas d’apartheid en Algérie, mais un certain complexe de supériorité, tempéré par des relations de confiance employeur-employé, confirmées par l’accueil que les anciens colons reçoivent aujourd’hui en Algérie ;

– la scolarisation, rejetée initialement comme l’école du diable, a notablement prospéré après 1920, pour atteindre 15% en 1954, 40% en 1960 et 68% en 1961 ;

- les pouvoirs spéciaux, votés par le parti communiste le 12 mars 1956, donnaient des pouvoirs de maintien de l’ordre aux autorités civiles (et non militaires) et promouvaient des réformes sociales ; - l’assignation à résidence a été légalisée par la loi sur l’état d’urgence du 3 avril  1955, confirmée par l’Instruction du 7 juillet ;

- la généralisation de la torture a été démentie par les délégués suisses du CICR (plus de 400 rapports) qui estiment son taux à environ 20% des internés ; quant au colonel Trinquier, il était formellement opposé à l’emploi de la torture (témoignages Messmer, professeur Dabezies et général Jacquinet) ;

- la liste des disparus de la bataille d’Alger établie par Paul Teitgen a été démentie par le colonel Godard et mise en doute par l’historien Pervillé ; le ministre Edmond Michelet déplore la déclaration de Teitgen au procès Jeanson, et Michel Debré constate que son récit est mensonger, sa conduite n’est  pas admissible et ses propos non tolérables ;

- à l’audience de 1967 qui reconnaît la mort suspecte de Maurice Audin, Edmond Michelet n’est plus Garde des sceaux depuis six ans ;

- le témoignage de Pouillot sur la villa Sesini en 1961-62 est un faux ; le Commissaire Le Cornec et le commandant d’unité de Pouillot en 1962 (le capitaine  Guy Hardy) le démentent totalement. La diffusion du débat L’éternelle déchirure devrait susciter d’autres commentaires.

Maurice Faivre
le 12 février 2011


1 - un film «la valise ou le cercueil» serait en préparation. Souhaitons qu’il bénéficie de la même attention des médias

2 - Pierre Vidal-Naquet, L’affaire Audin, éd. de Minuit, 1958. Sous sa direction, cinq comités publient un  memorandum Audin «Nous accusons», qui dénonce de multiples exactions, tortures, génocides, arrestation d’avocats. Le professeur Richet écrit que certains faits sont douloureux, mais que le memorandum contient des absurdités. Les procureurs étudient le document et concluent : aucune trace, non-lieu, classé sans suite, affaire inconnue. La Justice militaire poursuit cependant quelques affaires

3 - fonds privé Debré 2DE 14-22. Maurice Patin préside la Commission de Sauvegarde du droit et des libertés.

4 - général Massu, La vraie bataille d’Alger, Plon, p. 246. Grâce à cet interrogatoire, le secrétaire du PCA, André Moine, a pu être arrêté et condamné à 20 ans de réclusion pour atteinte à la sûreté de l’État. Amnistié en 1962, il est devenu animateur de la FNACA.

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