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le film "L’ennemi intime"

général Maurice FAIVRE, historien


L’ennemi intime de Florent Emilio Siri fait suite au documentaire assez orienté de Patrick Rotman, ayant le même titre, et dont le réalisateur se défend de toute «démarche militante». Venant après les porteurs de valises et la guerre sans nom cette affirmation nous semble poser problème ; ayant franchi la ligne rouge du dénigrement dans ses documentaires, il paraît difficile qu’il revienne en arrière. Les brûlures de l’histoire, c’est du journalisme, c’est la repentance en images.

L’action est centrée sur la confrontation d’un jeune lieutenant (engagé ?) et de son sous-officier adjoint, stéréotype de l’ancien d’Indochine. Ils conduisent au combat une section d’infanterie franco-musulmane, en juillet 1959, dans les montagnes de Kabylie. Là aussi, les atrocités envers la population sont partagées entre les deux camps, les habitants d’une mechta sont horriblement massacrés par les «moudjahidines», mais à mesure qu’on progresse dans l’action, ce sont les atrocités françaises qui prédominent : tortures, exécutions sommaires, destruction d’un village, et semble-t-il, assassinat de ses habitants. Il ne manque que les viols.

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Les actions de combat, filmées avec un réalisme qui rappelle les films américains du Vietnam, présentent une succession de situations exceptionnelles :
- l’embuscade où l’on inflige des pertes sensibles à une unité amie ;
- la section isolée dans un djebel impénétrable, qui ne semble pas avoir de capitaine, et qui se heurte à des katibas omniprésentes ;
- le vétéran de Monte Cassino (clin d’oeil aux Indigènes qui assassine dans le dos l’un de ses anciens compagnons d’armes ;
- un commandant vêtu de noir (un SS ?) qui donne des ordres insensés ;
- le sergent devenu fou, qui se fait torturer à la gégène par un soldat musulman ;
- les arbres abattus par le tir des fusils-mitrailleurs (on se croirait à Verdun) ;
- l’officier de renseignement tortionnaire, qui a subi les supplices de la Gestapo.
Tout cela est faux, quand ce n’est pas ridicule. On comprend parfaitement le drame de conscience de ce jeune officier placé dans des circonstances d’exception. Penser que tous les officiers d’Algérie ont vécu le même drame n’est pas conforme à l’histoire.

C’est donc une section atypique qui est engagée sans soutiens, au coeur de l’opération Jumelles (22 juillet 1959 au 8 avril 1960), au moment où les katibas se sont dispersées, et où le combat est conduit au moins au niveau de la compagnie parachutiste. Le scénario regroupe cependant une katiba, ce qui permet d’émouvoir les spectateurs en leur montrant les horribles dégâts causés par le napalm (1).

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Alors que l’exploitation du renseignement relève du niveau régiment, cette section dispose d’un poste C9 avec génératrice, luxe inouï ! Elle torture les prisonniers (pris les armes à la main), alors que la directive Salan du 19 mars 1958 prescrit de les diriger vers les CMI (centres militaires d’internement, approuvés par le CICR) où ils seront rééduqués.

Ignorée également, l’action sociale conduite envers la population par les SAS, les EMSI, les médecins de l’AMG, les instituteurs du contingent, les moniteurs des foyers sportifs. On notera pour finir quelques erreurs historiques : - le FLN aurait demandé à négocier le 1er novembre 1954 – 2 millions d’appelés auraient servi en Algérie – 300 à 600.000 musulmans auraient été tués. Reconnaissons cependant que les paysages du Maroc sont d’une sauvagerie impressionnante, et que les acteurs sont magnifiquement dirigés, même si la mauvaise qualité de leur diction nuit souvent à la compréhension des dialogues.

Maurice Faivre


1 – Les spectateurs ne manqueront pas d’être choqués par la vision des hommes atrocement brûlés, comparables à ceux d’Hiroshima. Il faut rappeler que le napalm a été employé en Corée, en Indochine et en Algérie. Il a été autorisé le 6 avril 1956 par le général Lorillot, sauf sur les habitations. Le Comité international de la Croix Rouge n’en interdit pas formellement l’emploi contre des objectifs militaires. En 1980, une Convention des Nations-Unies en a proscrit l’emploi contre la population civile.

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- pour contre-balancer ce point de vue, lire les propos de Patrick Rotman repoussant tout simplisme et toute repentance, cliquer ici

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