17_octobre_1961


Témoignage sur la désinformation,

le 24 novembre 2010 devant la 17ème Chambre correctionnelle

Maurice FAIVRE


La Nouvelle Revue d’Histoire m’a demandé en avril de témoigner sur les erreurs et les falsifications historiques de certains cinéastes et écrivains qui ont porté plainte contre madame Dupont-Tingaud.
Je précise que je ne suis pas pied-noir, que je ne connaissais pas cette dame auparavant, et que je n’appartiens à aucun parti politique. Ayant servi 3 ans au Maroc et 5 ans en guerre d’Algérie, j’ai poursuivi ensuite des recherches de renseignement militaire sur l’armée soviétique, ai soutenu en 1986 une thèse de doctorat en science politico-militaire, et ai participé en 1988 à la fondation de l’Institut de la désinformation.

Mes recherches historiques, à partir de 1989, ont porté sur la guerre d’Algérie, après consultation de centaines de documents d’archives militaires, diplomatiques et sociales, obtenues par dérogation, et qui m’ont permis de publier 9 livres, de participer à 8 ouvrages collectifs et de rédiger tous les ans des dizaines d’articles. Mes travaux ont été reconnus par la Commission française d’Histoire militaire (CFHM) qui m’a élu vice-président, et par l’Académie des sciences d’outremer, dont je suis membre assidu.
J’entretiens des relations suivies avec des historiens qui apprécient mon objectivité ( .Frémeaux, D.Lefeuvre, JP Brunet, M.Renard, M.Vaisse, J.Valette, Ph.Conrad, JJ Jordi, R.Vétillard, J.Monneret). Guy Pervillé me cite une trentaine de fois dans son ouvrage de référence sur l’histoire de la guerre d’Algérie. En revanche, il m’arrive de critiquer des auteurs qui commettent des erreurs factuelles ou font preuve de partialité (Ageron, Manceron, Stora).
Je précise qu’en 2005 je n’ai pas approuvé l’article 4 de la loi qui reconnaissait le rôle positif de la présence française en Afrique. Reçu par J.-L. Debré, j’ai estimé que l’État ne devait pas imposer son interprétation de l’Histoire, et que la colonisation présentait des aspects positifs et négatifs.

J’ai relevé chez M.Mehdi Lalaoui certaines manipulations de l’histoire, liées sans doute à ses activités dans la Fondation algérienne du 8 mai 1945, et dans l’association "Au nom de la mémoire du 17 octobre 1961". L’historien Jauffret voit dans sa présentation de la thèse de Boucif Mekhaled «un très bel exemple de désinformation, la version du FLN reconduite sans aucune référence sérieuse ou non tronquée. Dans son film sur les massacres de Sétif, il falsifie la réalité en reproduisant deux extraits de films de la Fox Movietone, qui se passent dix ans plus tard en août 1955 à Ain Abid, et qui sont un montage de journalistes, ainsi que le démontrent les photos publiées en 1955 par les magazines Life et Express (photos jointes).

La Fondation du 8 mai 1945 créée en 1990 par l’ex-ministre Masmoudi a répandu la légende d’un génocide de 45.000 victimes, alors que le général Tubert chargé de l’enquête estime le bilan de la répression à 3 ou 4.000. 45.000 c’est le nombre des manifestants ; l’historien algérien Hammoudi estime que ce n’est pas un génocide, et Ferhat Abbas, dans son testament, porte un jugement négatif sur «les organisateurs d’émeutes, les hommes à courte vue qui prêchaient la révolte sans savoir où elle mène..ceux qui tels des chiens sauvages se sont jetés sur Albert Denier, communiste de Sétif, auquel un salaud sectionna les mains à coup de hache». Cette sauvagerie explique, sans la justifier, la brutalité de la répression.

Une image de propagande, exposée dans les gorges de Kerrata par la Fondation du 8 mai constitue une autre manipulation : il n’y a pas eu de transport de cadavres, mais des opérations ponctuelles de la Légion contre un petit nombre d’émeutiers qui harcelaient la circulation des véhicules. Le film de Lalaoui «le silence du fleuve» déforme gravement la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris. La légende des centaines de cadavres jetés dans la Seine est démentie par les historiens qui ont eu accès à toutes les archives de cette affaire : JP Brunet et le Conseiller Mandelkem, confirmés récemment par l’historien François Dosse, décomptent une douzaine de morts avérés, moins de 30 au total. L’association «au nom de la mémoire» porte ces chiffres à 200 ou 400, ce qui confirme la tendance algérienne à décupler les pertes (1,5 million de martyrs de la Révolution).

Olivier Le Cour Grandmaison est impliqué dans les mêmes exagérations, puisqu’il dirige cette association. Il faut rappeler que ses militants ont distribué à l’entrée du Stade de France, le 6 octobre 2001, des tracts virulents appelant la République à reconnaître le massacre des Algériens à Paris. Le résultat a été immédiat, c’est le jour où la Marseillaise a été sifflée par les jeunes maghrébins présents dans les tribunes.

C’est dans Coloniser, exterminer que Le Cour Grandmaison exprime son idéologie anti-colonialiste. Ses calculs des victimes de la conquête de l’Algérie ont été démentis par Daniel Lefeuvre,  Jacques Frémeaux et Guy Pervillé. On peut sans doute parler d’extermination des Indiens d’Amérique et des Aborigènes d’Australie, mais pas des Indigènes des colonies françaises.

C’est ce que confirme Mohammed Harbi, historien du FLN : «les crimes de guerre dont est jalonné son chemin vers l’indépendance de l’Algérie ne sont pas le résultat d’une idéologie visant à l’extinction totale d’un peuple». Enfin, l’idée que la guerre totale a été conçue et mise en œuvre pour les conquêtes coloniales est une idée fausse. Le colloque international d’histoire militaire de Stockholm en août 2000 a démontré que les guerres coloniales sont des conflits de basse intensité En France, c’est la Convention qui a inventé le concept de guerre totale, sur le plan intérieur (Vendée) et extérieur, conformément aux directives de Lazare Carnot : «Allez en pays ennemi, que la terreur vous précède.»

Cinéaste engagé aux côtés du FLN, René Vautier n’hésite pas à falsifier les documents. C’est ainsi qu’il transfère la photo des victimes de la répression de Philippeville le 20 août 1955, dix ans plus tôt et à Guelma. Cette transposition a été remarquée par Benjamin Stora et Jean-Louis Planche.

S’agissant de son film «avoir 20 ans dans les Aurès», son titre traduit une méconnaissance géographique, car on dit l’Aurès et non pas les Aurès, ceci n’est qu’un détail. Quant au sujet du film, il s’agit d’une caricature de la réalité. Les combattants des commandos de chasse étaient des soldats d’élite, volontaires pour cette mission, parfaitement disciplinés, et non pas les bidasses farfelus et violents que nous présente Monsieur Vautier et qui rappellent les tristesses de l’escadron du siècle dernier.

général Maurice Faivre

Considérations éventuelles
- colonialisme et colonisation, une idéologie républicaine (Victor Hugo),
- la colonisation gréco-romaine de la France,
- l’anachronisme des crimes contre l’humanité ,
- le révisionnisme et l’amnésie française, la culture de guerre du FLN et la repentance unilatérale, la guerre des mémoires de Boumaza.

 


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