mercredi 24 septembre 2008

un livre sur le 17 octobre 1961

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sur la méthodologie et la déontologie

de l'historien.

retour sur le 17 octobre 1961

Jean-Paul BRUNET

Initialement paru dans la revue Commentaire (été 2008, vol. 31, n° 122), cet article est reproduit ici avec l'accord de cette publication et un titre rectifié. En effet, à la suite d'un dysfonctionnement, les titre et sous-titre originels de l'article avaient été malencontreusement modifiés. Il fallait lire : "Sur la méthodologie et la déontologie de l'historien. Retour sur le 17 octobre 1961". Il s'agit d'une lecture critique de l'ouvrage de Jim House et Neil MacMaster, Paris 1961. Les Algériens, la mémoire et la terreur d'État (Tallandier, 2008). Études Coloniales

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Depuis quelques années, la répression menée par la police parisienne, le 17 octobre 1961, contre la manifestation des Algériens du FLN, fait l’objet de controverses. Pourtant les auteurs qui ont écrit sur cette affaire s’accordent sur un point capital : l’ampleur et la violence de cette répression. Le livre que j’ai consacré à ce drame il y a plusieurs années atteste amplement cette sauvagerie (1).

J’ai insisté sur «l’engrenage infernal» qui s’était mis en place : victimes d’attentats quasi permanents de la part du FLN (47 tués, 140 blessés en total cumulé), les policiers parisiens, gangrenés par le racisme, ne faisaient plus de distinction entre Nord-Africains et FLN. Ils crurent tenir leur vengeance le 17 octobre 1961. Ce soir-là, la Fédération de France du FLN avait ordonné à tous les Algériens de la région parisienne de descendre dans la rue pour manifester de façon pacifique leur opposition au couvre-feu que le préfet de police Maurice Papon venait de décréter à l’égard des Nord-Africains. Inadmissible en droit, ce couvre-feu avait pour but de priver le FLN d’oxygène, ainsi que de mettre un terme aux assassinats répétés qu’il commettait à l’encontre des Algériens qui refusaient sa tutelle (2).



faire le point sur les controverses

Sur quoi portent les controverses ? Sur des points comme la valeur des sources policières, qui pour certains seraient de nature «douteuse», et sur le nombre de morts : on estime parfois que l’évaluation à laquelle je suis parvenu de plusieurs dizaines (de 30 à 50, en comptant large (3)), minimiserait la responsabilité de Maurice Papon… La parution d’une étude de deux auteurs britanniques fournit l’occasion de faire le point sur ce drame d’octobre 1961, en revenant sur la méthodologie et la déontologie dont l’historien ne saurait se départir (4).

9782847344912Tout au long de leur livre, J. House et N. Macmaster émettent les critiques les plus nettes à l’égard des archives policières, qui seraient «falsifiées» dans leur constitution même  et qui semblent rendre impossible à l’historien la tâche «de découvrir la vérité» (p. 143). Étonnante assertion, car y a-t-il des archives qui ne portent pas la marque du milieu qui les a produites, avec ses a priori voire ses «falsifications» ?

J’ai par exemple montré que les rapports de l’Inspection générale des Services (IGS) conservés aux Archives de la préfecture de police de Paris (APP) révèlent une partialité qui confine au cynisme et qu’en ce qui concerne les sévices à l’égard des Algériens, il existait une connivence générale du monde policier. Mais l’IGS avait aussi parfois beau jeu de démonter les dossiers de plainte déposés par les avocats du FLN : certaines de ces plaintes ont été «arrangées» et regroupent des griefs envers la police qui ont été avancés en diverses circonstances par des plaignants différents. Dans ce combat qui touchait aussi la propagande et la contre-propagande, tous les coups étaient permis. En tout cas, minimisés ou maximisés, ces dossiers doivent être utilisés après une critique adéquate.


Un autre exemple montre l’information dont peut être riche un document de police : Maurice Legay, directeur général de la police municipale, lance à ses services, dans la nuit du 17 au 18 octobre, à 1 h 50,  l’ordre de lui faire connaître pour 4 heures le nombre de Nord-Africains tués, blessés et arrêtés lors de la manifestation. Les chiffres détaillés qui arrivent sont les suivants : 2 morts [un 3e va s’y ajouter très vite], 1.200 blessés et 11.538 détenus. Des morts ont-ils été dissimulés par les services de district ?

Tout un faisceau d’arguments laisse à penser qu’il n’en a rien été : depuis longtemps la culture policière rejetait toute dissimulation de cadavre ; des responsables de police alors en poste et dont la parole n’est pas suspecte (tels les commissaires Jacques Delarue et Paul Roux (5)) affirment que jamais un officier de police n’aurait couvert de pareils agissements et que c’eût été d’ailleurs une faute extrême
et un motif de révocation. Ensuite, les policiers du rang étaient censés s’être fait attaquer par les manifestants, et tout l’appareil de l’État, depuis arton226le général de Gaulle jusqu’au préfet, considérait qu’il était du devoir de la police d’empêcher une manifestation susceptible de faire évoluer au détriment de la France le rapport de force qui l’opposait au FLN. Enfin aucun autre document ne laisse apparaître la moindre contradiction avec les réponses faites au directeur de la police municipale. Nous pouvons donc tenir les chiffres avancés pour authentiques. À une importante réserve près : les chiffres des morts, des blessés et des détenus reflètent la situation enregistrée à quatre heures du matin, ce qui n’exclut en rien que d’autres morts et surtout d’autres blessés ne viennent s’y ajouter.


au sujet de la disqualification des sources policières

J. House et N. Macmaster, qui ne pratiquent guère ce type de raisonnement méthodologique, préfèrent disqualifier les sources policières. Ils me reprochent en outre d’accorder plus de crédibilité aux archives officielles et à la parole d’anciens  commissaires de police qu’au témoignage d’Algériens et de militants anticolonialistes. Relevons au passage que ces deux auteurs ne recourent jamais aux sources orales et qu’ils procèdent souvent à des empilements de références non recoupées qui, pour un historien, n’ont  jamais fait des vérités.

Parfois même (cf. p. 170-171), ils considèrent des faits comme établis, alors qu’ils ne reposent que sur une référence unique et fort douteuse (6). Par ailleurs, sans en apporter la moindre preuve, J. House et N. Macmaster croient pouvoir affirmer que la police s’est livrée, durant quelque huit semaines, à partir du 29 août 1961, à des «assassinats de masse» sur la population algérienne, dont les 17 et 18 octobre auraient été «un pic plus visible» (p. 142) ; qu’il n’y avait pas alors d’ «assassinats fratricides» dans cette communauté et que «le chiffre de 108 à 121 morts reflète  quasi intégralement les violences policières» (p. 210-211) (7).


Tout cela est pur produit de l'imagination. Car nos auteurs gardent un silence total sur une source capitale, que j’ai abondamment utilisée et discutée, les dossiers de procédure de la police judiciaire. Sans doute est-ce à cette documentation énorme qu’ils font allusion en glissant, de façon bien légère, qu’il faudrait, pour exploiter les archives relatives au 17 octobre, «toute une équipe de chercheurs, plusieurs années de travail et une base de données informatique» (p. 205).

Rappelons ce que sont les procédures judiciaires. Ouvertes en principe après toute mort suspecte ou toute tentative d’homicide suivie du dépôt d’une plainte, elles sont instruites avec la méthode et la méticulosité de professionnels. Bien entendu, il ne convient pas d’en accepter les conclusions sans une critique méthodique, mais on ne saurait les écarter sans examen, car ce ne sont en rien des ragots de police. Elles contiennent les procès-verbaux d’audition des membres de la famille de chaque victime, de son entourage professionnel, de ses amis, de son voisinage. Ces procès-verbaux sont sans doute recueillis par des policiers et rédigés en langage policier, mais dans le cadre d’enquêtes qui restent sous la responsabilité d’un juge d’instruction, où le travail est codifié par une longue pratique administrative et encadré par une hiérarchie tout à fait différente de celle de la police municipale (8).



des victimes qui ne furent pas toujours

celles de la police parisienne

En faisant mon travail d’historien, c’est-à-dire en effectuant la critique méthodique de cette source (j’y ai trouvé et j’ai souligné dans mon livre des cas de partialité patente), il m’a semblé certain que de nombreux cadavres de Nord-Africains, parmi les 140 qui ont été enregistrés à l’Institut médico-légal en septembre et en octobre 1961, n’ont aucun rapport avec la police parisienne.

Certains sont ceux de harkis ou d’anciens harkis, de membres ou d’anciens membres du Mouvement national algérien, de «traîtres» divers refusant d’obéir aux directives du FLN-: anciens combattants de l’armée française, maris de métropolitaines refusant de le rejoindre ; Algériens n’acceptant pas de payer la capitation mensuelle exigée par le Front ; Algériens rétifs à la loi coranique, par exemple s’adonnant à la boisson et refusant de s’amender, ou faisant appel aux tribunaux français pour régler un litige, etc. Tout cela, je l’ai longuement écrit et argumenté. Or sur ce point J. House et N. Macmaster restent d’un mutisme absolu. Non seulement il ne glissent aucune allusion à ce que j’ai cru établir, mais ils font comme si la source n’existait pas ! Pourquoi donc – c’était le moins qu’on pouvait leur demander – n’ont-ils pas au moins cherché à consulter par sondage tel ou tel dossier de police judiciaire, afin de vérifier ce que j’avais avancé ?


on attend leurs preuves

Sur cette pente glissante, nos auteurs ne s’arrêtent pas en chemin. J’avais souligné l’importance de la «violence périphérique» en considérant comme vraisemblable qu’au cours des mois de septembre et surtout d’octobre 1961, nombre d’Algériens avaient été victimes d’équipes de policiers et parfois de civils, les premiers agissant soit en service, soit dans le cadre d’équipes de «parapoliciers» qui entendaient pratiquer elles-mêmes une manière de justice distributive. House et Macmaster (p. 217) me reprochent à cet égard d’avoir exonéré en partie «la préfecture de police de la responsabilité des meurtres», car pour eux, c’était la préfecture qui actionnait ces commandos… On attend leurs preuves.

En outre à leurs yeux, des Algériens tués par la police ont  probablement été «enterrés en secret par des amis et des proches» (p. 157) – hormis peut-être quelques cas extrêmes, on voit mal comment dans un pays démocratique cette éventualité aurait pu se produire et comment, après presque un demi-siècle, des restes humains n’aient pas été retrouvés. Des cadavres d’Algériens auraient aussi pu dériver sur la Seine et se perdre à jamais, hypothèse dont j’ai montré l’aspect invraisemblable… (9)


Dans ces conditions, après une «histoire» écrite de la sorte, les deux cents autres pages sur «Octobre et sa mémoire revisités», titre de la deuxième partie de l'ouvrage, ne reposent-elles pas sur une base fragile-? Une attitude de «politiquement correct» a pu naguère encourager des auteurs de divers horizons à pratiquer une telle dénaturation de l’histoire. Mais la réalité de la répression policière d’octobre 1961 a été assez terrible pour qu’on évite de tomber dans des exagérations outrancières. Sur ce sujet, les jeunes historiens ont encore devant eux de nombreux travaux à mener. Il est à souhaiter qu’ils le fassent avec la méthodologie et la déontologie spécifiques à notre science.

Jean-Paul Brunet, Professeur émérite à l’Université Paris-IV
ancien directeur du Département d’histoire de l’École normale supérieure

9782080676917FS

_________________________________________________________

(1) Police contre FLN. Le drame d’octobre 1961, Flammarion, 1999. Dans Charonne. Lumières sur une tragédie, Flammarion, 2003, j’ai consacré les deux premiers chapitres à faire le point sur ce sujet.
(2) François Maspero écrit que la Fédération de France du FLN a manipulé la population algérienne que, pour des raisons purement politiques, elle a exposée sciemment à des risques tragiques (postface à Paulette Péju, Ratonnades à Paris, La Découverte, 2000, p. 199).
(3) À l’issue d’une analyse nominale, je distingue 13 cas «certains ou quasi-certains» de décès dus à la répression policière (dont plusieurs blessés décédés par la suite), 8 cas vraisemblables et 4 probables – d’autres décès sont à attribuer à la «violence périphérique», due à des policiers ou à des civils, et qui a largement débordé le «17 octobre».
(4) Jim House and Neil Macmaster, Paris 1961. Les Algériens, la terreur et la mémoire, Tallandier, 2008.
(5) Jacques Delarue est devenu l’historien et le témoin bien connu ; homme de gauche, Paul Roux  fut Directeur général des RG en 1981, puis préfet – il a ensuite exercé les fonctions bénévoles d’expert auprès de la Ligue des Droits de l’homme. D’autres témoignages vont dans le même sens.
(6) Parmi leurs erreurs «annexes», Debré, Frey et Papon sont d’emblée  qualifiés d’«ultras» (p. 20)... Un peu plus loin (p. 131), en affirmant qu’à partir du 5 septembre «plus de cinq cents hommes» allaient être «arrêtés chaque jour, contrôlés au CIV et, dans quelques cas, internés dans des camps ou déportés en Algérie», ils confondent contrôles d’identité et arrestations.
(7) Il s’agit des cadavres de Nord-Africains passés par l’Institut médico-légal – on s’interroge sur le sens de l’expression «quasi intégralement».
(8) Les originaux de cette source devraient se trouver aux Archives du ministère de la Justice. Ce sont les doubles qui avaient été conservés quai des Orfèvres, et qui ont été versés aux APP il y a quelque trois ans.
(9) Les auteurs connaissent l’existence du barrage de Suresnes, dont ils tiennent compte dans leur «argumentation», mais pas celle de celui de Bezons. Sur ce point, voir Charonne, p. 30-31.

9782080683410FS


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mercredi 10 septembre 2008

du colonialisme à la Belle Époque

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Du colonialisme à la Belle Époque

(1871-1913)

La bande dessinée Larousse le Monde

du 6 septembre 2008

Jean-Pierre RENAUD

Une première observation de lecture : l’aventure coloniale est assez bien décrite et résumée, sans exagération négative ou positive, je dirais volontiers avec une certaine rigueur historique.

La description de la plupart des personnages choisis est correcte. En ce qui concerne Samory, il aurait été plus juste de dire qu’en 1880 son empire avait atteint sa pleine puissance, et donc qu’il n’avait pas besoin de le porter «à bout de bras». L’anecdote sur le fusil Kropatchek est pertinente, car elle donne un témoignage précis sur le degré d’évolution technique de son armée.

Le personnage de Behanzin est bien évoqué, la puissance de son armée, mais aussi la force des coutumes sacrificielles qui régnaient à sa cour.

En ce qui concerne les explorateurs, on peut s’interroger sur le choix de Soleillet qu’on  peut ne pas considérer comme très représentatif de cette espèce d’explorateurs, civils ou militaires, qui, au mépris de tous les dangers, parcouraient une Afrique noire encore inconnue. Le sultan Ahmadou  de Ségou le garda d’ailleurs prisonnier pendant plusieurs mois.

Dans une autre bulle, Reybaud ? Inconnu au bataillon !

Et précisément au sujet des événements retenus, et de la prise de Sabouciré par les troupes coloniales, en 1878, on n’est pas obligé de partager à ce sujet le jugement de l’historien Person qui fit de la prise de ce tata, un fait historique fondateur de la conquête coloniale du Soudan.

Une simple allusion à la conquête du Tonkin, peut être, mais le texte de la bulle ne correspond pas du tout à la réalité historique, je cite : Quand les troupes françaises occupent le Tonkin en 1884-1885, elles affrontent un adversaire encore médiéval… avec la bataille de Bac Ninh. La citadelle en question était occupée par des troupes régulières chinoises, armées d’armes modernes. Par ailleurs, la citadelle était truffée d’ouvrages de défense très sophistiqués, comme savait les construire l’armée chinoise. Le combat fut donc loin d’être médiéval !

la magie exotique des images ?

On peut regretter d’ailleurs que pour une représentation historique plus fidèle, l’Indochine n’ait reçu qu’une part infime des bulles, et Madagascar, aucune. Une des cartes de la troisième page est d’ailleurs inexacte, puisque l’île n’était pas une colonie en 1890, pas plus que le Maroc qui a été évoqué plus loin. La Tunisie également absente des bulles !

Le même problème de représentativité se pose pour la place qu’occupe dans l’ouvrage l’aventure coloniale, une page sur trois, alors que les journaux de l’époque n’ont pas consacré une page sur trois à ces sujets, pas plus que le Parlement en nombre d’interpellations ou de sessions.

Est-ce que les auteurs de l’ouvrage n’ont pas été trop séduits par la magie exotique des images, plus que par la relation historique des faits ?

Cela dit, dans l’ambiance actuelle d’une contrition souvent revendiquée et d’un anachronisme colonial un peu trop agressif à mon goût, ces pages sont les bienvenues.

Jean Pierre Renaud,
le 10 septembre 2008


Note pour l’information du lecteur

Rien dans la couverture, ni dans la quatrième de couverture de l’opuscule en question, ne permet de penser qu’il s’agit de la réédition d’un des opuscules de l’histoire de France édité par Larousse en 1978. Il faut lire la préface pour en avoir conscience.

Or il se trouve que sous la responsabilité du journal Le Monde, la partie rééditée, intitulée, L’aventure coloniale, est rigoureusement la même en images, bulles et textes, que celle publiée par Larousse, mais sous un titre tout à fait différent, La France d’Outre-Mer.

Le lecteur en tirera toute conclusion qu’il voudra, mais est-ce que cela veut dire que le journal Le Monde accrédite la version historique proposée en 1978, plus de quinze ans après la décolonisation ?

J.-P. Renaud


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dimanche 7 septembre 2008

In memoriam. Charles-Robert Ageron (1923-2008) (Guy Pervillé)

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In memoriam.

Charles-Robert Ageron (1923-2008)

Guy PERVILLÉ

Charles-Robert Ageron, historien de l’Algérie coloniale et de la décolonisation française, est décédé dans la nuit du 2 au 3 septembre 2008 à l’âge de 84 ans, après une longue maladie. Cette nouvelle, outre les réactions naturelles de condoléances que suscite normalement tout décès, risque de provoquer des réactions divergentes. Pour tous les historiens de l’Algérie et de la colonisation française, quelle que soit leur nationalité, sa mort ne peut être ressentie que comme une lourde perte, car Charles-Robert Ageron fut pendant de longues années, après la retraite de Charles-André Julien, le maître reconnu et incontesté de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation françaises.

Mais pour d’autres, et notamment pour ceux des Français d’Algérie restés partisans de l’Algérie française, il est à craindre que son décès soit avant tout ressenti comme celui d’un adversaire de leur cause, même si ses anciens élèves d’Alger ont conservé du respect pour lui sans avoir nécessairement partagé ses opinions politiques. C’est pourquoi il convient de revenir sur son œuvre et sur ses motivations pour mieux comprendre les raisons de ces jugements divergents, et pour les surmonter.

Une oeuvre et ses motivations

Charles-Robert Ageron, né à Lyon en 1923, a été marqué dans sa jeunesse par les idées des historiens catholiques de gauche Henri-Irénée Marrou et André Mandouze, et par l’expérience de l’occupation allemande et de la Résistance. En convalescence en Algérie, où il avait de la famille, durant l’été de 1945, il n’en retira pas le projet de lui consacrer son activité d’historien, bien au contraire.

C’est après avoir réussi l’agrégation d’histoire, en 1947, qu’il y fut nommé contre son gré. Il resta pendant dix ans en poste dans un grand lycée d’Alger, où il entama ses recherches sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie. À partir de la rentrée 1957 il enseigna dans la banlieue parisienne, puis fut chargé de cours à la Sorbonne. Dès 1964, il se fit connaître en publiant un «Que-sais-je ?» intitulé Histoire de l’Algérie contemporaine, qui révisait le passé de l’Algérie française à la lumière de son échec final.

Sa thèse de doctorat d’Etat, réalisé sous la direction de Charles-André Julien, et intitulée Les Algériens musulmans et la France (1871-1919), publiée en 1968, fut remarquée pour son ampleur quasi-encyclopédique, Ageron_musulet par la fermeté de sa conclusion, indiquant que l’inachèvement des réformes de 1919 avait signifié l’échec de la politique d’assimilation, et condamné à terme l’Algérie française : «L’historien n’a ni à le regretter, ni à s’en réjouir. Il doit seulement marquer que le péché d’omission de la politique française tellement évident à la date du Centenaire, en 1930, était prévisible, dès lors qu’en 1919 la France avait, pour ménager les préjugés d’une partie de ses nationaux, renoncé à ses principes et à la logique de ses traditions» (1). Œuvre monumentale qu’il reprit et compléta en publiant en 1979, sous le même titre et chez le même éditeur que son «Que-sais-je ?», Histoire de l’Algérie contemporaine, t. 2, 1871-1954 (2).

À la suite de sa thèse, il fut élu professeur à l’Université de Tours (où il fonda le Centre d’étude de la presse et de l’opinion), puis à celle de Paris-XII-Créteil. Il dirigea des thèses en rapport avec l’histoire de la colonisation et de la décolonisation à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais il contribua surtout au développement de l’histoire dite coloniale en animant d’abord le Groupe d’études et de recherches maghrébines (GERM) dans les années 1970 et 1980, et un groupe de recherche sur l’histoire de l’Empire colonial français dans le Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale, qui devint ensuite le groupe de recherche sur la décolonisation de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) à partir des années 1980.

En plus d’un séminaire régulier, ce groupe organisa et publia sous son impulsion toute une série de colloques :
- Les chemins de la décolonisation de l’empire colonial français, 1936-1956 (3)  ;
- Brazzaville, janvier-février 1944, Aux sources de la décolonisation (4) ;
- L’Afrique noire française : l’heure des indépendances (5) ;
- L’ère des décolonisations, actes du colloque international d’Aix-en-Provence (1993) (6).

À quoi il faut encore ajouter sa participation à une grande Histoire de la France coloniale en deux tomes  (7), œuvre collective qu’il préfaça, et deux colloques sur la guerre d’Algérie :
- La France en guerre d’Algérie, publié sous la direction de Jean-Pierre Rioux (8) ;
- La guerre d’Algérie et les Algériens (9) , colloque franco-algérien.

Et aussi un grand nombre d’œuvres moins importantes par leurs dimensions, publiées sous forme de livres, de communications dans des ouvrages collectifs ou d’articles dans des revues. Une republication de ses principaux écrits en cinq grands volumes a été heureusement réalisée par Gilbert Meynier pour les éditions Bouchène (Saint-Denis) en 2005.

Reconnu par ses pairs

Il n’est donc pas étonnant que Charles-Robert Ageron ait été honoré deux fois par des Mélanges qui lui ont été Ageron_miroir_1offerts devant une nombreuse assistance d’historiens. D’abord les Mélanges Charles-Robert Ageron en deux tomes, réalisés par la Fondation du professeur Abdeljelil Temimi à Zaghouan (Tunisie) et remis à l’occasion du premier colloque d’histoire maghrébine le 27 novembre 1997. Puis le colloque intitulé La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises, organisé à la Sorbonne en novembre 2000, et publié en même temps par la Société française d’histoire d’outre-mer (10) .

On comprend ainsi pourquoi Charles-Robert Ageron a été reconnu par tous ses pairs comme le modèle incontesté des historiens de la colonisation française – il présida pendant plusieurs années la Société française d’histoire d’Outre-mer - et pas seulement de celle de l’Algérie. Et aussi bien par les historiens français que par les Algériens et par ceux d’autres pays décolonisés.

Pourtant, en France tout au moins, les historiens plus jeunes de l’Afrique du Nord qui s’étaient formés dans la lutte anti-impérialiste l’avaient longtemps considéré comme un «libéral» (au mauvais sens du terme dans leur esprit), c’est-à-dire un homme trop modéré, attaché à relever les «occasions perdues» par la France en Algérie au lieu de condamner en bloc la colonisation capitaliste.  Ils ont ensuite révisé leur jugement, comme l’a rappelé Gilbert Meynier.

"Conscience française" contre "présence française"

Mais les préventions les plus fortes et les plus durables contre sa personne sont encore le fait des partisans de l’Algérie française. Le fait est que nombre d’entre eux n’ont pas oublié sa participation au groupe de «libéraux» qui tentaient en 1956 et au début 1957 de publier le bulletin Espoir-Algérie, ses tentatives de tirer des leçons politiques de l’histoire de l’Algérie coloniale dans la revue socialiste Demain, puis son ralliement à la politique algérienne du général de Gaulle.

Et ils pouvaient d’autant moins l’oublier qu’il avait conclu son «Que-sais-je ?» de 1964 par deux pages de réflexions très sévères sur les causes et les responsabilités de l’échec de la France en Algérie, qui avaient le ton d’un réquisitoire : «Bien des aspects de cette longue tragédie algérienne échappent encore à l’historien, qui ne saurait donc porter sur ces derniers moments des jugements motivés. Du moins se doit-il de rejeter les explications trop commodes des esprits partisans, de ceux surtout qui ne savent pas encore qu’ils ne peuvent accuser personne qu’eux-mêmes.»

Il indiquait que, selon les observateurs les plus lucides, «entre les Musulmans gagnés à l’idée nationale et les Européens rebelles à toute évolution libérale, le rôle de la France ne pouvait être que celui d’un arbitrage constant, aidant à la délivrance de ce nationalisme et permettant pour l’avenir la construction d’une nation algérienne authentiquement franco-musulmane. ‘Quand on veut éviter une Révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même’ (Rivarol)».

Et plus loin vers la fin : «il n’y a pas à désigner de ‘bradeur‘ de l’Algérie française : quel que fût son régime, jamais la France n’aurait pu mener à terme la francisation de l’Algérie par une guerre  engagée, à l’âge de la décolonisation, contre un nationalisme arabe. Les vrais responsables sont ceux qui, obstinément de 1919 à 1954, refusèrent ou sabotèrent toutes les réformes et qui, après 1958, prêchèrent l’intégration, comme alibi commode et mensonger. C’est dire qu’est surtout engagée la responsabilité collective des Européens d’Algérie ; ceux-ci font aujourd’hui reproche aux divers gouvernements de la France de n’avoir pas su imposer la politique métropolitaine en brisant ‘la résistance de quelques élus locaux‘. En fait les Européens d’Algérie furent toujours unanimes dans leur hostilité à toute forme de politique libérale envers les Musulmans. Les retards successifs exigés par leurs élus, puis par les divers fronts de l’Algérie coloniale, aboutirent seulement au déracinement final du peuple européen d’Algérie» (11) .

Ces formules-choc, où l’on voyait s’effacer la différence souhaitable entre l’histoire et la politique, donnèrent l’impression d’une hostilité fondamentale envers l’ensemble des Européens d’Algérie, ne distinguant même plus entre «colonialistes» et «anticolonialistes» ou «libéraux». Et l’on comprend aussi que par la suite, certains n’aient pas été apaisés par la citation de Tocqueville qu’il avait placée en tête du tome 2 de l’Histoire de l’Algérie contemporaine :  «Je n’ai craint, je le confesse, de blesser personne, ni individus, ni classes, ni opinions, ni souvenirs, quelques respectables qu’ils puissent être. Je l’ai souvent fait avec regret, mais toujours sans remords. Que ceux auxquels j’ai pu déplaire me pardonnent en considération du but désintéressé et honnête que je poursuis» (12). 

C’est pourquoi il n’est pas étonnant qu’il ait été visé par certains de ses collègues qui ne partageaient pas ses options politiques. Ce fut d’abord l’historien algérois Xavier Yacono, qui publia un point de vue critique sur sa thèse dans la Revue historique en 1970 (13). Charles-Robert Ageron déplaça le débat dans le numéro suivant (pp. 355-365) en déclarant que ses analyses et celles de son contradicteur s’expliquaient par leur appartenance aux deux tendances que l’on pouvait symboliser par des noms bien connus à l’époque : «Conscience française » et «Présence française». Xavier Yacono, dans la réponse qu’il publia dans la Revue d’histoire et de civilisation du Maghreb  (14), eut l’habileté de rester sur le terrain de l’analyse de faits historiques. Plus tard, Charles-Robert Ageron me dit qu’il avait eu tort de politiser ainsi le débat et qu’il ne le referait plus.

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Polémique sur l'historiographie algérienne

Une deuxième polémique fut déclenchée contre lui par François Caron, historien spécialiste de l’histoire économique et auteur d’un ouvrage de synthèse intitulé La France des patriotes, 1852-1919 (15). Celui-ci y attaquait le caractère outrancier de l’histoire coloniale, et d’elle seule, dans son orientation bibliographique, après avoir rendu hommage au renouvellement de toutes les spécialités historiques (16) : «Un seul domaine reste en dehors du champ de cette relecture : c’est celui de l’histoire coloniale. Celle-ci est trop souvent tombée dans la dénonciation polémique et le pamphlet injurieux. Le cas de l’historiographie algérienne est à cet égard caricatural. Ce retard est inexplicable».

Auparavant, il avait directement attaqué : «Charles Ageron, historien quasi officiel de l’Algérie, voue à cette population une haine et un mépris féroces parfaitement inexplicables. Il s’appuie sur la pire des littératures du temps. Il entretient le mythe absurde d’une ‘fusion des races’ d’origine européenne qui se serait immédiatement réalisée et aurait abouti à la formation d’un ‘peuple franco-algérien’, différent du peuple français… Il décrit cet ‘Algérien’ comme uns sorte de matamore inculte et orgueilleux, imbu d’un ‘sentiment de supériorité ‘ sans limite, dont l’attachement à la France s’explique uniquement par la peur des ‘indigènes’, et va jusqu’à prétendre que les Français d’Algérie   se sont ‘embusqués’ en masse pendant la guerre, alors que c’est l’inverse qui est vrai ! La réalité est en effet différente de celle décrite par Ageron : la communauté française d’Algérie est infiniment diverse dans ses opinions et dans ses comportements, comme le sont les Français de métropole. Ils fournissent une image exacerbée, caricaturale parfois, des passions françaises. Il n’y a pas de Français d’Algérie, mais des Français tout court !» (17)

Et après avoir donné ses propres analyses, il conclut : «Il convient donc d’aborder les problèmes de l’histoire coloniale avec plus de sérénité que ne le font les historiens universitaires actuels : la colonisation ne fut pas seulement une vaste entreprise d’exploitation et de massacre. Elle fut aussi dans bien des cas une étape possible vers le développement (…)» (18).

Cette fois-ci, Charles-Robert Ageron réagit beaucoup plus habilement par une réponse dactylographiée qu’il envoya à la plupart des historiens français de la colonisation. Il défendit ces derniers, que François Caron avait eu l’imprudence d’attaquer tous en bloc, puis réfuta point par point toutes les accusations portées contre lui, et conclut en les rejetant : «M’étant toujours imposé l’impartialité, je ne puis accepter des accusations infondées et des propos volontairement blessants et diffamatoires».

Quelques années plus tard, dans la préface de l’Histoire de la France coloniale écrite en 1990, il exprima de nouveau l’idée que les conditions étaient réunies pour une «histoire scientifique de la France coloniale», et que «au-delà des affrontements stériles de naguère entre chantres et détracteurs de la colonisation, nous avons tenté d’écrire, sinon ‘l’histoire totale’ de la France coloniale, du moins une approche large des réalités multiples que contient ce concept (…) dont nous voudrions ressusciter la richesse» (19).


Une histoire "dépassionnée" ?

Peu après l’un de ses premiers disciples, l’historien Daniel Rivet, publia dans XXème siècle, un important article intitulé «Le fait colonial et nous, histoire d’un éloignement» (20), qui permettait de remettre toutes ces controverses à leur juste place. Il retraçait dialectiquement en trois grandes étapes l’évolution de l’histoire dite coloniale. D’abord le temps de l’histoire coloniale triomphante, jusqu’au milieu des années 1950. Puis à partir des années 1960, le temps de l’histoire anti-coloniale victorieuse, mais avec une résistance au «tiers-mondisme de la part d’historiens néo-coloniaux (tels que Xavier Yacono et Raoul Girardet) et aussi d’inclassables tels que Charles-Robert Ageron». Et enfin la situation actuelle, caractérisée à la fois par l’absence d’une école unique ou dominante,  le «refus du rejet de l’histoire historicisante par les deux premières générations de l’école des Annales» (sic), et une polarisation entre deux grandes tendances : l’étude de la colonisation comme processus en fonction des forces profondes et des décisions (suivant les conceptions des grands maîtres de l’histoire politique (Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et René Rémond),  et celle de la colonisation comme système suivant des conceptions structuralo-marxistes.

Si la plupart des auteurs de l’Histoire de la France coloniale appartenaient à cette dernière tendance, comme par exemple Gilbert Meynier ou Annie Rey-Godzeiguer,  Charles-Robert Ageron appartenait incontestablement à la première. Mais l’article de Daniel Rivet, que je résume beaucoup trop brièvement, surestimait largement ce qu’il estimait être une tendance générale au dépassionnement de l’histoire en fonction du temps écoulé.

On hésitera sans doute à croire que cette savante analyse correspondait bien à l’évolution réelle des travaux d’historiens sur la période coloniale et la décolonisation, et à celle de  Charles-Robert Ageron en particulier. Pourtant, la phrase de Charles-André Julien qu’il aimait à citer, «J’ai vécu ces événements, donc je ne les connais pas», témoigne de la réalité de ses scrupules intellectuels, qui lui interdisaient de prétendre apporter la vérité scientifique sur la guerre d’Algérie avant le début de l’ouverture des archives publiques (juillet 1992).

Par la suite, sa présentation du recueil d’articles de la revue L’Histoire , L’Algérie des Français (21), intitulée «Pour une histoire critique de l’Algérie de 1830 à 1962», confirma la réalité de ces scrupules. Il s’en prenait désormais, non plus seulement aux illusions des Français d’Algérie, mais à toutes les erreurs admises dans les  deux pays : «Nos contemporains ont subi successivement les effets d’affirmations scolaires, d’informations partiales et contradictoires. Aux mythes de l’Algérie française se sont surimposés les mythes de l’Algérie algérienne pour le plus grand dommage d’une histoire authentique. Or c’est à une histoire résolument critique que je voudrais appeler dans cette préface, invitant tous les historiens à s’y associer des deux côtés de la Méditerranée».

Équilibre entre les mythes «colonialistes»
et «anticolonialistes»

Il commençait par réfuter, dans l’ordre chronologique, toutes les idées fausses qu’il distinguait dans les conceptions historiques chères aux deux pays, avec une impartialité manifeste entre les nationalités et entre les tendances. Mais il ne se faisait pas trop d’illusions sur ce que les historiens pouvaient faire : «Il faut admettre, hélas, qu’il est pour l’heure impossible d’écrire une histoire scientifique de la guerre d’Algérie. Trente ans après ce drame, des blessures restent ouvertes et les passions flambent à chaque rappel imposé aux mémoires.  On ne peut demander une vision sereine à ceux qui croient avoir perdu ou gagné une guerre, moins encore à ceux qui souffrent d’être des "expatriés" et non des rapatriés. Pour l’heure les historiens, qui ne disposent pas de l’ensemble des archives conservées par les deux parties, peuvent du moins travailler à éliminer les affabulations ou les chiffres nés de la guerre psychologique ou de partis pris idéologiques».

Et il concluait : «s’agissant de drames récents dont la mémoire risque d’être transmise déformée aux jeunes générations qui n’ont connue ni ‘l’Algérie de papa’ ni ‘l’Algérie des colonialistes’, les historiens ont le devoir d’être plus prudents encore que leur métier ne l’exige habituellement. Si l’objectivité est philosophiquement impossible,  l’impartialité est une vertu que tout historien peut et doit s’imposer. Et les enfants de France comme les enfants d’Algérie ont un droit semblable à la vérité de leur histoire» (22).

La réalité de cette position d’équilibre entre les mythes «colonialistes» et «anticolonialistes» fut prouvée peu après, quand Charles-Robert Ageron fut attaqué pour son refus d’admettre des nombres mythiques de victimes, aussi bien par des auteurs «anticolonialistes» protestant contre la réduction des prétendus bilans admis jusque-là sans examen critique (Yves Benot, dans son livre Massacres coloniaux) que par des auteurs «colonialistes» comme un défenseur des «150.000 harkis massacrés de la vérité historique» (23).

La formulation d’accusations semblables contre le même homme par des militants aux opinions diamétralement opposées aurait dû suffire à leur en démontrer l’inanité. Il n’avait fait que son devoir d’historien en refusant d’admettre des nombres mythiques répétés sans examen critique et en vertu de l’argument d’autorité, qu’il s’agisse de massacres coloniaux ou de massacres anti-coloniaux. Ceux qui l’avaient accusé ne croyaient avoir rien en commun, mais ils partageaient pourtant le même attachement à des convictions dogmatiques symbolisées par des nombres également sacralisés (bien que différents), et la même intolérance envers leur remise en question.

Il est pourtant vrai que, durant les années 1990 et surtout à partir de 1995 ou 1997, l’essor du «devoir de mémoire» prenant le pas sur le «devoir d’histoire» a de plus en plus démenti les prévisions de Daniel Rivet sur la tendance naturelle au dépassionnement des événements qui s’éloignent de nous, comme si l’écoulement naturel du temps s’était subitement inversé. Trop d’historiens s’y sont laissés prendre, et se sont laissés utiliser comme garants de revendications mémorielles de tel ou tel camp, mais pas de tous à la fois.

Charles-Robert Ageron a lui aussi été impliqué dans certaines querelles (concernant la valeur des estimations hautes du nombre de harkis massacrés admises par Mohand Hamoumou, et le crédit qu’il  crut devoir accorder aux Mémoires du général Katz, en acceptant de les préfacer, sur les tragiques événements d’Oran en 1962) (24). Certains ont vu dans ses prises de position un retour à ses partis pris politiques gaullistes de l’époque de la guerre d’Algérie, et ce n’était pas nécessairement faux dans la mesure où la notion de «devoir de mémoire» confondait de nouveau l’histoire du passé avec la politique actuelle. On doit regretter qu’il ne se soit pas suffisamment gardé de cette confusion, mais le fait est qu’il ne fut malheureusement pas le seul dans ce cas (25).

Résistance à la version officielle algérienne

À ceux qui ne seraient pas suffisamment convaincus que Charles-Robert Ageron avait clairement indiqué, au début des années 1990, l’attitude qui devait être celle des historiens,  je veux citer encore plusieurs faits précis. Dans son article sur «L’opinion française à travers les sondages», d’abord publié en 1976 dans la Revue française d’histoire d’Outre-mer (n° 231, 2ème trimestre 1976, pp. 256-285, et republié en 1990 dans La guerre d’Algérie et les Français, il écrivait  au sujet de l’approbation massive des accords d’Evian en métropole par le référendum du 8 avril 1962 : «Faut-il s’indigner de l’indifférence  avec laquelle les Français acceptent d’avance les résultats du référendum d’autodétermination quels qu’ils soient, alors que plus de la moitié d’entre eux ne se sentent plus solidaires des Européens d’Algérie ? Ont pourtant voté oui des métropolitains qui se posaient avec angoisse la question ‘Qu’as-tu fait de ton frère ?’ Mais l’historien ne peut cacher les marques d’un égoïsme déplaisant : ainsi, en août 1961, alors qu’une majorité relative de Français pensait que les Européens n’auraient pas la possibilité de rester dans l’Algérie indépendante, 69% refusaient d’être mis à contribution pour les indemniser» (26).

Dans le même colloque de 1988, publié en 1990, il terminait sa communication sur «Les Français devant la guerre civile algérienne» (FLN-MNA) en posant la question : «les réactions de peur et de colère face au terrorisme algérien, sous-estimées aujourd’hui par les chroniqueurs, ne furent-elles pas l’une des composantes de l’opinion profonde des couches populaires ? Et n’ont-elles pas contribué à renforcer les stéréotypes racistes de l’Algérien agressif et violent, vindicatif et impitoyable ? Parmi les séquelles de la guerre d’Algérie, on aurait probablement tort d’oublier la marque, dans la mémoire des Français, de cette guerre entre Algériens qu’ils jugèrent absurde et révoltante» (27).

En 1992, alors qu’il avait présenté et publié dans XXème siècle une analyse des accords d’Évian  beaucoup plus optimiste que la mienne, il me demanda un article sur la question pour la Revue française d’histoire d’Outre-mer (29),  qu’il dirigeait alors, en sachant très bien que mes analyses risquaient d’être sensiblement différentes des siennes. Enfin, les trois études qu’il consacra aux événements de mai 1945 témoignent avec éclat de sa volonté de ne pas être dominé par ses premières réactions personnelles très défavorables à la répression quand il en avait  recueilli l’écho en 1945. Que ce soit dans les pp. 572 à 578 du tome 2 de l’Histoire de l’Algérie contemporaine  paru en 1979, ou dans son article : «Les troubles du Nord-Constantinois en mai 1945 : une tentative insurrectionnelle ?», paru dans XXème siècle en 1984 (30), ou enfin dans «Mai 1945 en Algérie, enjeu de mémoire et d’histoire», paru dans Matériaux pour l’histoire de notre temps en 1996 (31), il a très fermement résisté à la version officielle algérienne faisant de cette répression implacable d’une insurrection manquée un «génocide» ou un «crime contre l’humanité» assimilable à celui commis contre les juifs par les nazis.

Pour ma part, je retiens de ma fréquentation de Charles-Robert Ageron pendant près d’un tiers de siècle le fait qu’il n’a jamais prétendu me diriger à sa guise en me mettant à son service, comme un «mandarin». Au contraire, il m’a accordé toute sa confiance et m’a laissé me diriger moi-même (en lui demandant conseil chaque fois que j’en ressentais le besoin, mais sans qu’il exigeât rien de ma part).

En cela, il fut un modèle de libéralisme au meilleur sens du terme. Et j’en conserve précieusement les traces écrites, telles que son appréciation sur mes articles historiographiques de l’Annuaire de l’Afrique du Nord, (à voir sur mon site), ou son avant-dernière lettre me remerciant, après l’avoir lu, pour l’envoi de mon livre Pour une histoire de la guerre d’Algérie en 2002 : «Je vous félicite et je vous remercie au nom de tous les historiens». J’y vois un juste retour pour tout ce que je lui dois.

Guy Pervillé
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1 - Paris, Presses universitaires de France, 1968, t. 2, p. 1227.
2 - Paris, PUF, 1979, 643 p. Le tome 1, «Conquête et colonisation», avait été publié en 1964 par son maître Charles-André Julien.
3 - Paris, Editions du CNRS, 1986, 564 p.
4 - Paris, Institut Charles de Gaulle, IHTP, et Plon, 1988, 384 p.
5 - Paris, CNRS Editions, 1992, 729 p.
6 - Paris, Karthala, 1995, 516 p., et  un deuxième volume publié en souscription par les Presses de l’Université de Provence à Aix-en-Provence.
7 - Paris, Armand Colin, 1990, t. 1, 846 p. et t. 2, 654 p.
8 - Paris, Fayard, 1990, 700 p.
9 - Paris, Armand Colin, 1997, 346 p.
10 - Paris, SFHOM, 2000, 688 p.

11 - 7ème édition, 1980, pp. 112-114.s
12 - Histoire de l’Algérie contemporaine, t. 2, p. 4.
13 - Revue historique, Paris, janvier-mars 1970, pp. 121-134.
14 - Alger, juillet 1970, n° 9, pp. 108-115.
15 - La France des patriotes, 1852-1919, Fayard, 1985.
16 - Ibid., p. 625.
17 - Ibid., p. 550.
18 - Ibid., p. 552.
19 - Histoire de la France coloniale, t. 1, pp. 7-9.
20 - XXème siècle, revue d’histoire, n° 33, janvier-mars 1992, pp. 127-138.
21 - Paris, Le Seuil, collection Points-histoire, 1993.

22 - Ibid., pp. 7, 10 et 13.

23 - Voir dans mon article «Les historiens de la guerre d’Algérie et ses enjeux politiques en France», paru en 2003, sur mon site, rubrique Textes.
24 - Ibid. Voir aussi mon exposé «Mémoire, justice et histoire : à propos de la plainte contre le général Katz  (2000), sur mon site, rubrique Textes.

25 - Voir notamment mon article déjà cité plus haut, «Les historiens de la guerre d’Algérie et ses enjeux politiques en France», paru en 2003,

26 - La guerre d’Algérie et les Français, op. cit., pp. 25-44.
27 - Ibid., p. 62.
28 - «Les accords d’Evian (1962)»,  XXème siècle, n° 35, juillet-septembre 1992, pp. 3-15.
29 - «Trente ans après : réflexions sur les accords d’Evian (1992)», Revue française d’histoire d’outre-mer, n° 296, 3ème trimestre 1992, pp. 365-379.
30 - XXème siècle, revue d’histoire, n° 4, octobre 1984, pp. 23-38.
31 - Matériaux pour l’histoire de notre temps, Nanterre, BDIC, n° 39, juillet-décembre 1995, pp. 52-56.

- site de Guy Pervillé, professeur d'histoire contemporaine à l'université Toulouse-Le Mirail

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mercredi 3 septembre 2008

décès de Charles-Robert Ageron

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Charles-Robert Ageron,

un grand historien

Benjamin Stora
       

Je viens d'apprendre aujourd'hui, mercredi 3 septembre, le décès de mon maître en histoire de l'Algérie, Charles-Robert Ageron. Voici le texte que je lui ai consacré dans mon livre Les guerres sans fin, à paraitre aux éditions Stock.

Une rencontre

J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire algérienne en préparant ma thèse, en 1974, sur Messali Hadj, l’homme qui avait construit les premières organisations nationalistes algériennes, puis avait été vaincu par le FLN pendant la guerre d’Algérie. Le choix d’un directeur de recherches était délicat, peu de professeurs d’universités s’intéressaient dans le début des années 1970 à l’histoire algérienne.

Un nom cependant s’imposait, celui de Charles-Robert Ageron, auteur d’une monumentale thèse sur les Algériens musulmans et la France soutenue en 1968. Je l’avais croisé pour la première fois dans un séminaire d’histoire à la faculté de Nanterre. Il était grand, impressionnant par sa corpulence physique, un mince collier de barbe entourait son visage. Mais il ne fallait se fier à ce physique de géant.

Discret, quasi effacé, il était constamment à l’écoute de ses étudiants ou d’autres universitaires, et de sa voix calme s’attachait à révéler, par des expressions simples, les fissures et les ombres de l’histoire. Affable, souriant, il ne laissait rien paraître de ses désaccords intérieurs, sans pour autant renoncer à n’en faire qu’à sa tête, bref il était à l’opposé des tribuns, des orateurs aux voix assurées et puissantes que je pouvais entendre du haut les tribunes des meetings de l’époque.

Né en 1923 à Lyon, Charles-Robert Ageron, agrégé d’histoire, avait rencontré l’Algérie en pleine guerre, au moment de la fameuse «Bataille d’Alger» en 1957, alors qu’il enseignait au lycée de cette ville. Il appartenait au groupe des «libéraux», ces hommes et ces femmes qui avaient cru possible une réconciliation des communautés en Algérie, et, qui, sans se prononcer de manière explicite pour l’indépendance de l’Algérie, se battaient pour la paix. Sa position, à la charnière des camps qui se déchiraient, complexe et ambiguë, m’intriguait rétrospectivement.

J’étais convaincu que l’indépendance algérienne était inéluctable, et que cette idée d’une conciliation sans rupture avec la France, manquait de réalisme. Cette position était toujours sévèrement jugée par les historiens de l’après indépendance. Les questions qu’Ageron soulevaient alors, celles des «occasions perdues» et des «bifurcations échouées» dans l’Algérie coloniale, m’apparaissaient plus pertinentes, à l’époque, que les certitudes définitives de ceux qui regardaient l’histoire déjà accomplie. En procédant de la sorte, il donnait plus d’épaisseur humaine aux situations historiques, en mouvement, en devenir, loin des victoires spectaculaires données d’avance.

C’est lui que j’ai choisi pour commencer mes recherches, il était alors professeur d’histoire contemporaine dans une université de province, à Tours, n’ayant pas pu imposer un enseignement d’histoire de la colonisation à la Sorbonne où il avait été assistant. En 1975, rue Richelieu, à Paris, dans le silence et le calme de la Bibliothèque Nationale, mes rencontres avec lui étaient des moments de coupure dans le tourbillon de la vie militante des années 1970. Nous allions dans la cour de la BN, ou au café, et il écoutait mes démonstrations laborieuses sur «la révolution algérienne» et la mise à l’écart des messalistes, les algériens adversaires du Front de Libération Nationale (FLN)[1]. Puis il posait quelques questions me ramenant toujours aux faits, aux dates, aux personnages, aux archives.

Tout dans son récit était d’une logique irréfutable. Nous étions de part et d’autre d’un continent, l’histoire de l’Algérie et de la France, à explorer : j’étais dans la débrouillardise nomade de celui qui croit savoir, et va enfin révéler une vérité dissimulée ; il avait l’espièglerie de l’érudit qui patiente, face au culot désinvolte du jeune chercheur. Je lui apparaissais certainement comme un «cosaque de l’histoire» parcourant un siècle d’histoire algérienne à bride abattue, et il m’incitait, avec patience, à construire des typologies de faits,une sociologie des acteurs des mouvements politiques en situation coloniale. Il me demandait de ne pas concevoir cette histoire comme une machinerie à dénoncer perpétuellement sans préciser qui étaient les acteurs, comment fonctionnait le pouvoir colonial, bref, de construire des nuances.

Je possédais l’impatience du néophyte avançant en territoire inconnu, nouveau de cette histoire (l’élimination de militants algériens par d’autres militants….), et il me disait qu’il fallait s’appuyer sur les textes, suivre leur sédimentation, leur constitution, d’étudier les archives autrement. J’ai aussi découvert, au fur et à mesure de nos entretiens un chercheur capable, contrairement aux apparences, de se remettre en question, de bousculer les certitudes acquises et d’accepter les critiques pour faire avancer les connaissances. La relation entre un étudiant et son directeur de recherche est, on le sait, éminemment complexe, toujours forte et particulière. À évoquer ce souvenir, c’est sans doute l’idée de confiance qui me vient d’emblée à l’esprit. Une confiance qui, une fois acquise allait de soi.

Le professeur Ageron m’a montré comment dissocier l’écriture de l’histoire de ses enjeux idéologiques. J’étais alors profondément marqué par mes engagements politiques à l’extrême gauche, dans la période toujours bouillonnante de l’après 1968[2]. Il m’a appris à traquer les faits, à me défier des idéologies simples et «totalisantes», à chercher et croiser des sources, à ne pas me laisser séduire par les discours enthousiastes des acteurs-militants. Bref, à aller à la recherche du réel, à écrire l’histoire, à m’éloigner des rivages de la pure idéologie. Sous sa direction, j’ai soutenu en mai 1978 ma thèse à l’EHESS, avec un jury présidé par le regretté Jacques Berque, et où siégeait Annie Rey Goldzeiguer, auteur d’un grand livre sur le Royaume Arabe au temps de Napoléon III [3].

Puis il m’a encouragé à poursuivre dans le sens d’un plus grand dévoilement des histoires algériennes, ou françaises. C’était l’époque des séances du GERM (Groupe d’Etudes et de Recherches Maghrébines) qu’il animait. Je me souviens, en 1979-1983, des réunions de travail du samedi matin à la MSH où nous nous retrouvions en petit comité, en général une quinzaine de chercheurs. Il invitait les jeunes à livrer le fruit de leurs réflexions, ce que nous faisions bien volontiers. Puis il s’exprimait à son tour et parvenait, en quelques phrases, à structurer notre propos, explicitant les liens qui les sous-tendaient.

Au GERM, nous avons aussi écouté les interventions de l’historien Mohamed Harbi, du sociologue Abdelmalek Sayad avec qui je me suis lié d’amitié, ou les propos contradictoires de Charles-André Julien et René Gallissot, sur les rapports conflictuels entre nationalisme et communisme au Maghreb dans la période coloniale. Puisque j’étais saisi, depuis l’âge de dix sept ans, et pour si longtemps, de cette passion typique du XXe siècle qu’est la politique, il parait raisonnable de se demander quel part cet engagement occupait dans mon activité universitaire, intellectuelle. C’est difficile à reconstruire.

Ma génération a vécu dans une atmosphère imprégnée de politique, et les affaires du vaste monde occupaient en permanence nos esprits. Le problème consistait à faire la distinction entre mes lectures personnelles, académiques, et les personnes que je voyais alors, engagées dans une activité militante. Avec Charlesb-Robert Ageron, il me fallait pratiquer les distances, les écarts voulus par le travail de l’historien avec les fidélités des milieux d’où je venais et que je fréquentais.

Benjamin Stora

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[1] Le FLN, qui a lancé la guerre contre la France le 1er novembre 1954 s’est affronté à d’autres militants indépendantistes algériens, les partisans du Mouvement National Algérien de Messali Hadj. Le FLN l’emportera dans cette guerre fratricide.

[2] Sur mon engagement à l’extrême-gauche, voir La dernière génération d’octobre, op. cit., Hachette, poche, 2008.

[3] Annie Rey Goldzeiguer, Le Royaume arabe, Alger, SNED, 1977

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Obsèques de Charles-Robert Ageron

 

Chers collègues,

 

Nous avons la tristesse de vous faire part du décès de Charles-Robert Ageron dans la nuit du 2 au 3 septembre.

Nous vous informons que ses obsèques auront lieu le mardi 9 septembre à 10h30 en l'église Saint Léonard à l'Häy-les-Roses.

Pour s'y rendre, si vous êtes disponible à ce moment-là, vous pouvez emprunter le RER B en descendant à Bourg-la-Reine (autobus n° 172 : arrêt à l'église de l'Haÿ-les-Roses) ou bien prendre, place d'Italie, le bus n° 186 (arrêt Henri Thirard).

Notre liste d'adresses écrite dans la précipitation est très incomplète. Pouvez-vous répercuter la nouvelle, en particulier auprès de ses collègues et amis algériens ?

Avec nos sentiments cordiaux.

Guy Pervillé, Daniel Rivet, Benjamin Stora

 

 

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église Saint-Léonard
11, avenue Aristide Briand
94240 - L'Hay-les-Roses

 

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Charles-Robert Ageron : bio-bibliographie

 

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Charles-Robert AGERON
ancien professeur à l'université Paris-XII
- bibliographie : catalogue des bibliothèques du service historique de la Marine
- bio-biblio : SFHOM
- hommage à Charles-Robert Ageron sur le site des éditions Bouchène
commander les livres de Charles-Robert Ageron réédités chez Bouchène

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Charles-Robert Ageron  ageron_puf

commander : La guerre d'Algérie et les Algériens, 1954-1962 (Colin, 1997)
commander : Histoire de l'Algérie contemporaine (Puf, "Que sais-je ?", 1999)
commander : L'ère des décolonisations : colloque "Décolonisations comparées", Aix-en-Provence, 1993 (avec Marc Michel, Karthala, 2000)
commander : L'Algérie des Français (dir., Seuil, 1993)2020203030.08.lzzzzzzz1
commander : La décolonisation française (Colin, "Cursus", 1994)

article : Le "parti" colonial (L'Histoire, hors-série n° 11, avril 2001)
page personnelle de Pierre Ageron (fils de Charles-Robert)

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le parcours de Charles-Robert AGERON
Professeur au lycée Lakanal de Sceaux (1957-1959)
Attaché de recherches au CNRS (1959-1961)
Assistant puis maître-assistant à la Sorbonne (1961-1969)
Doctorat d'État ès-lettres (1968) : Les Algériens musulmans et la France (1871-1919)
Maître de conférences, puis professeur à l'Université de Tours (1969-1981)
Professeur, puis professeur émérite à l'Université Paris XII (1981-)

président d'honneur de la SFHOM
membre de l'Académie des sciences d'outre-mer 

 

Ageron couv Puf
Charles-Robert Ageron, Histoire de l'Algérie contemporaine, 2 / 1871-1954, Puf, 1979

 

9782200018955FS

 

9782912946683FS

 

9782200215767FS

 

9782020203036FS

9782130421597FS

 

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liens

 

- La Tribune d'Alger, 4 septembre 2008

- Algérie-Express, 4 septembre 2008

- Sur deux livres de Charles-Robert Ageron (1981), Guy Pervillé

- liste des articles parus dans la REMMM (Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée)

- Charles-Robert Ageron sur dzlit

- le professeur Charles-Robert Ageron n'est plus (Amar Naït Messaoud)

- Mohammed Harbi : "Nous avons une dette à son égard" (Quotidien d'Oran)

- "Spécialiste de l'histoire de l'Algérie : décès de l'historien Charles-Robert Ageron" (El Moudjahid)

- Charles-Robert Ageron, historien de l'Algérie coloniale. Le chercheur nous laisse une oeuvre riche et rigoureuse (Gilbert Meynier, L'Humanité, 8 septembre 2008)

 

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hommages

 

en souvenir de Charles Robert Ageron

J'étais responsable éditorial de la Revue française d'Outre-mer (puis Outre-mers. Revue d'Histoire) lorsque C-R Ageron présidait la Société française d'Histoire d'Outre-mer. J'ai conservé un excellent souvenir de cette collaboration confiante qui a duré presque une décennie. Pour moi, Charles-Robert Ageron est un grand historien et mieux, un authentique historien qui fait honneur à l'école historique française. Chapeau bas devant lui !

Pierre BROCHEUX

La souplesse d'esprit

J'ai connu Charles-Robert AGERON à travers ses écrits sur l'histoire de l'Algérie coloniale. Vers les années 70 du dernier siècle, je l'avais connu comme conférencier à l'université de Tunis alors que j'étais encore étudiant. Vers les années 80 du même siècle, il venait à Tunis lors des colloques annuels et internationaux sur l'histoire de la Tunisie contemporaine et notamment celle du mouvement national tunisien.

Charles-Robert AGERON s'imposait à tous les niveaux. La Fondation TEMIMI (en Tunisie) lui a offert des mélanges de valeur et à sa hauteur ; il avait servi la science historique de l'école républicaine ; sa modestie et son savoir-faire le rapprochaient beaucoup des chercheurs et des étudiants. Il méritait et mérite encore tout le respect et toute la reconnaissance.

Ahmed JDEY, Historien, Universitaire, Tunisie



Ageron_portrait_1
Charles-Robert Ageron, 1923-2008

 

 

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Posté par michelrenard à 21:57 - - Commentaires [13] - Permalien [#]