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«Rien dans les archives

n'évoque une volonté de génocide»

Benjamin STORA


François Malye, Le Point - Peut-on dire que la guerre d'Agérie a, en réalité, commencé ce 8 mai 1945 ? 
Benjamin Stora : D'une certaine façon, oui. C'est un tournant. Après la répression, on passe du nationalisme pacifique classique, politique, à une volonté d'avoir recours à d'autres méthodes.    

Quel a été l'impact de ces journées ? 
Énorme. La répression a été absolument terrible et les trois villes de Sétif, Guelma et Kherrata sont devenues des symboles. Côté Européens, c'est un choc. Bon nombre d'entre eux quittent les campagnes pour rejoindre les villes.

Pourquoi, à l'époque, cette peur des Européens face à la population musulmane ? 
D'abord parce que les deux communautés cohabitent dans l'espace public, mais pas au-delà. Il n'y a pas de mixité sociale, sexuelle. C'est un univers comparable à celui du sud des États-Unis au XIXe siècle. Ce sont des pionniers, des défricheurs qui vivent dans la peur de la rébellion indigène. Avec de tels hommes, le moindre incident dégénère très vite.

Peut-on parler de génocide comme le font les Algériens ? 
Non. Il n'y a pas trace dans les archives d'une planification, d'une anticipation de la destruction de la population indigène. Le système colonial est fondé sur la conquête, la dépossession foncière, mais pas sur l'extermination des populations, dont on a d'ailleurs besoin comme main-d'oeuvre.  

Comment interprétez-vous les récentes déclarations de l'ambassadeur de France, Bernard Bajolet ? 
C'est très important, fondamental. C'est la première fois qu'un représentant de la France évoque des «épouvantables massacres». Cela reconnaît la blessure de l'autre, et c'est finalement ce que demandent les Algériens. Et puis cela vient après le premier discours important d'un chef d'État français. Quand Nicolas Sarkozy, dans son discours de Constantine, rend hommage à Abd el-Kader et déclare que le système colonial a été un «système d'asservissement» , on avance vers une plus juste mémoire.    

Pourquoi une telle douleur, de part et d'autre, autour de l'Algérie ? 
L'Algérie est un cas unique qu'on ne peut comparer à rien d'autre dans l'histoire coloniale mondiale. C'est à la fois une guerre horrible et un pays où l'on a bâti. Mais 5 millions de Français - militaires, pieds-noirs, immigrés, harkis - ont été touchés, d'une façon ou d'une autre, par le drame algérien. Pour les Français, la perte de l'Algérie est une blessure narcissique. Il faut se souvenir qu'Alger a été la capitale de la France libre. Quant aux Algériens, si l'on s'en tient aux morts de la guerre, on est, par rapport aux Européens, dans un rapport de dix contre un.  

Qu'aurait dû faire la France après Sétif ? 
La grande erreur des Européens a été de ne pas combler le fossé qui s'était creusé entre les deux communautés. Il aurait fallu jeter des passerelles, trouver des représentants. C'est ce qu'avait compris Albert Camus. «Nous sommes tellement étrangers les uns aux autres», disait-il. Mais quand il veut organiser une trêve civile en 1956, il se fait huer par les Européens lors d'un meeting. L'un des organisateurs de cette «claque» est justement André Achiary, le sous-préfet de Guelma qui a conduit, ici, les exécutions de civils. Le monde des Européens n'a pas de traduction politique, pas de leader, et personne n'essaie de comprendre les nationalistes. Il faut attendre 1962 pour que Jean-Jacques Susini, de l'OAS, rencontre un membre du FLN. Mais il est bien trop tard.

propos recueillis par François Malye
source : Le Point, n° 1862, 22 mai 2008

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Guelma au début du XXe siècle

                                      

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Guelma, rue Scipion, début du XXe siècle


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Guelma, rue d'Announa, début du XXe siècle


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Guelma, rue Medjez Amar, début du XXe siècle


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Guelma, école d'Alembert, début du XXe siècle


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Guelma, alentours de la ville


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Guelma à l'époque coloniale


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