mercredi 30 janvier 2008

bagne de Poulo Condor / Con Son (Jean-Michel Rocard)

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un rappel historique sur Poulo-Condor

Jean-Michel ROCARD


La France a du mal à reconnaître les erreurs du passé : c’est le cas de celle, monumentale, du bagne de Poulo-Condor construit dans les années 1880 à l’image de celui de Cayenne (Guyane). Et les Américains, dans les années 1960, et les Vietnamiens de l’Oncle Ho eux-mêmes après leur indépendance ont utilisé ce même bagne, il faut le dire. En effet, les premiers ont été à l’origine d’une extension des camps d’internement qui étaient déjà nombreux sur l’îlot montagneux (environ 100 km2 de surface) ; les seconds s’en sont servis pour se débarrasser des opposants au régime communiste.

Cet archipel, à l’origine inhabité, situé en mer de Chine (appelée maintenant par les Vietnamiens "Mer de l’Est") à180 km au sud-est du Cap Saint-Jacques a un climat chaud et humide avec une végétation luxuriante et subtropicale. Au début des années 1700, c’était un "Établissement anglais" ; l’Empereur d’Annam "Gia Long" le céda à Louis XVI en 1787 mais "Poulo-Condor" (Pu Lao Kundur, en malais, veut dire "île aux courges") ne fut effectivement occupé par les Français qu’en 1861 (Second Empire). L’idée d’y construire un pénitencier d’où les bagnards n’auraient pas la possibilité de s’échapper s’imposa d’elle-même dans les années 1880. J’en ai eu la preuve, personnellement, car, jeune officier de marine pendant mon service militaire, j’ai participé à l’opération de sauvetage de quelques bagnards fugitifs qui avaient tenté de prendre le large en barque au début du mois de février 1953 et qui eussent été dévorés par les requins si nous n’avions pas été là !

Dans les années 1990, le gouvernement vietnamien décida de transformer l’archipel en lieu touristique et le bagne en musée du souvenir. Idée intéressante : en effet, la baie abritée par un cirque de montagnes est magnifique, les touristes sont attirés par les plages , avec possibilité de plongée sous-marine et par le parc national. Nous y sommes allés, mon épouse et moi, le jour du Nouvel An 2008. Elle, en touriste fort intéressée, et moi en pèlerinage : 55 ans après, les souvenirs étaient encore très proches, en particulier ma colère d’alors devant l’impossibilité où je me trouvais de témoigner mon indignation.

Jean-Michel Rocard
Toulouse le 9 janvier 2008

Quelques informations pratiques :
Comment accède-t-on à Con Dao ? Par un avion (ATR 72 de la Vietnam Airlines, 64 places, 45 mn de vol) depuis Ho Chi Minh Ville qui atterrit à l’aéroport de Con Son. Service minimum (un verre d’eau aux voyageurs classés en deux catégories = les touristes attirés par les plages plus que par l’histoire et les familles vietnamiennes qui viennent pour le devoir de mémoire, comme moi mais pas pour les mêmes raisons !)
A 13 km de l’aéroport, par une route sinueuse (jalonnée encore de bornes Michelin !), dominant la baie et son cirque de montagnes (586 m altitude max) et au loin les autres îlots de l’archipel, se trouve l’hôtel d’Etat "Saïgon Con Dao Resort". Accueil chaleureux, petits pavillons (anciennes maisons coloniales), bonne climatisation, propreté impeccable, bon restaurant, le tout en bordure de mer à côté de la villa du Gouverneur du pénitencier, elle-même transformée en musée du souvenir. À 500 m de là se trouve un hôtel privé à 5 * "Con Dao Resort" avec piscine, plage privée en face du port et bureau de tourisme Ces hôtels ont chacun leur site internet.Jean_Michel_Rocard

- cf. site de Jean-Michel Rocard

- Jean-Michel Rocard : biographie (en langue anglaise)


photos de Jean-Michel Rocard


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arrivée en avion

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le port qui n’a pas changé depuis 1953

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Une grande salle de détention

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corvée de nettoyage

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Le cimetière des dizaines de milliers de victimes
(dont le seul crime était de vouloir l’indépendance de leur pays !)


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liens

- quelques photos tirées du site photos.bidouze.com

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- aller voir ce site

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- Vietnam : retour à Poulo Condor, l'île du bagne

- carte situant l'île de Poulo Condor (Con Son)

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mardi 29 janvier 2008

conférence de Benjamin Stora

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France - Algérie :

sortir de la guerre des mémoires


Institut français des relations internationales

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Benjamin STORA
professeur d’histoire du Maghreb à l’INALCO
et auteur de nombreux ouvrages sur l’Algérie et les relations franco-algériennes,
dont le dernier Les mots de la colonisation, ss-dir., presses universitaires du Mirail, janvier 2008

France - Algérie :
sortir de la guerre des mémoires


mercredi 20 février à 18:00

Salle des conférences
27, rue de la Procession 75015 Paris
(métro : Volontaires)

Les relations entre la France et l’Algérie présentent des caractéristiques tout à fait uniques du fait d’une histoire partagée, d’une forte communauté immigrée installée en France et de relations économiques et culturelles très importantes. L’ensemble de ces liens ne peut se résumer à une relation d’anciens colonisateur et colonisé et si l’histoire est nécessaire pour comprendre l’aspect tumultueux de ces rapports, elle est néanmoins insuffisante pour en saisir tous les enjeux. Les procédures qui reviennent, de manière récurrente, sur la nécessité de la repentance française, sur l’examen de la conscience coloniale ou sur la signature d’un traité d’amitié détournent classes politiques et sociétés des deux pays de l’essentiel, c’est-à-dire satisfaire cette «gigantesque envie de vérité» pour rendre l’histoire intelligible en vue de construire l’avenir.

Présidence : Khadija Mohsen-Finan, chercheur, centre Moyen-Orient/Maghreb, Ifri

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Conférence «France-Algérie : sortir de la guerre des mémoires ?»
mercredi 20 février 2008 à 18:00

Bulletin-réponse à ne retourner qu’en cas de réponse positive
Inscription : par fax : 01 40 61 60 60 ou baniamer@ifri.org

Nom :                        Prénom    :
Société :                        Fonction :

Adresse    :
Tél :                Fax :                    Mèl :

N.B. Merci de retourner le formulaire dûment complété de votre mél et de votre fax Pour des raisons de sécurité, seules les personnes inscrites pourront être admises en salle de conférences, par ordre d'arrivée et dans la mesure des places disponibles. Nous vous remercions de nous retourner votre bulletin d'inscription en cas de réponse positive seulement.

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lundi 28 janvier 2008

indépendance des États africains

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indépendance des États africains



Afrique du Sud
indépendance : 31 mai 1961 (république, + sortie Commonwealth)

 

Algérie
indépendance : 3 juillet 1962

Afrique_portugais

Angola
indépendance : 11 novembre 1975
ci-contre à droite : Afrique portugaise

 

Bénin / Dahomey jusqu'en 1975
indépendance : 1er août 1960

 

Botswana / Bechouanaland jusqu'en 1966
indépendance : 30 septembre 1966

 

Burundi
indépendance : 1er juillet 1962

 

CamerounNyob__Moumi__Ouandi_
indépendance : 1er janvier 1960 (Cameroun oriental français)
indépendance : 1er octobre 1961 (Cameroun occidental britannique)
ci-contre à droite : Nyobé, Moumié, Ouandié

 

 

Cap-Vert
indépendance : 5 juillet 1975

 

CentrafriqueBoganda_Centrafrique
indépendance : 13 août 1960
ci-contre à droite : De Gaulle et Barthélémy Boganda à sa gauche (Centrafrique)


 

Comores
indépendance : 6 juillet 1975 (déclaration unilatérale)
indépendance : 3 janvier 1976 (France renonce à sa souveraineté)

 


Congo
indépendance : 15 août 1960

 

Côte d’Ivoire
indépendance : 7 août 1960

 

Djibouti
indépendance : 27 juin 1977

 

Égypte
indépendance : 28 février 1922

 

Éthiopie / ancienne Abyssinie
indépendance : depuis l’Antiquité

 

Gabonmba
indépendance : 17 août 1960
ci-contre à droite : Léon M'Ba, élu président du Gabon en 1961

 

Gambie
indépendance : 18 février 1965

 

Ghana / ancienne Gold Coastnkrumah2
indépendance : 6 mars 1957
ci-contre : Kwame N'Krumah, premier ministre (1957-60) puis président du Ghana (1960-66)

 

Guinée
indépendance : 2 octobre 1958

 

Guinée-Bissau
indépendance : 24 septembre 1973

 

Guinée équatoriale
indépendance : 14 octobre 1968

 

Burkina Faso / Haute-Volta jusqu'en 1984
indépendance : indépendance : 5 août 1960

 

Kenya
indépendance : 12 décembre 1963

 

Lesotho
indépendance : 4 octobre 1966

 

Libéria
indépendance : 26 juillet 1847

- Une société philanthropique américaine fut créée en 1816 : l’American Colonization Society. Son but était de favoriser le retour des victimes de la traite négrière sur le sol africain. En 1822, cette société philanthropique installa, à l'emplacement de l'actuelle ville de Monrovia, une colonie d'esclaves libérés, qui se constitua en république indépendante, dotée d'une constitution semblable à celle des États-Unis. À ce moment-la, le président des États-Unis était James Monroe (1817-1825). La ville, bâtie par les premiers esclaves libérés, prit le nom de Monrovia, en souvenir de James Monroe, et baptisèrent Liberia leur nouveau pays. Le drapeau fut calqué sur celui des États-Unis, avec une seule étoile, et l'anglais fut naturellement choisi comme langue officielle. Le Liberia devint en 1847 le premier État indépendant d'Afrique noire ! (source)image

ci-contre à droite : vers 1880, Noirs américains d'Arkansas partant pour le Libéria


 

Libye
indépendance : 24 décembre 1951

 

Madagascar
indépendance : 26 juin 1960

 

Malawi
indépendance : 6 juillet 1964

 

Mali
indépendance : 22 septembre 1960

 

MarocMaroc_1956_le_roi_et_Pinay
indépendance : 2 mars 1956

ci-contre à droite : Mohammed V et Antoine Pinay, ministre des Affaires étrangères

 

île Maurice
indépendance : 12 mars 1968

 

Mauritanie
indépendance : 28 novembre 1960


Samora_Machel

Mozambique
indépendance : 25 juin 1975
ci-contre, à droite : Samora Machel, premier président du Mozambique, mort dans un accident d'avion le 19 octobre 1986 au-dessus de l'Afrique du Sud

 

Namibie / ancien Sud-Ouest africain
indépendance : 1990


Hamani_Diori_Niger

Niger
indépendance : 3 août 1960
ci-contre, à droite : Hamani Diori, premier président du Niger

 

 




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Nigéria
indépendance : 1er octobre 1960
ci-contre, à droite, Abubakar Tafawa Balewa, premier ministre de 1960 jusqu'au 14 janvier 1966 (assassiné)

 




OugandaMilton_Obot_
indépendance : 9 octobre 1962
ci-contre à droite : Milton Oboté, premier ministre de l'Ouganda, en 1962

 

Rwanda
indépendance : 1er juillet 1962

 

São Tomé et Principe
indépendance : 12 juillet 1975



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Sénégal
indépendance : 20 août 1960
ci-contre, à droite : Léopold Sédar Senghor, président de la république du Sénégal de 1960 à 1980 ; ici, prêtant serment après sa réélection, le 9 décembre 1963 à Dakar

 

Seychelles
indépendance : 28 juin 1976

 

Sierra Leone
indépendance : 27 avril 1961

 

Somalie
indépendance : 26 juin 1960 (Somaliland)
indépendance : 1er juillet 1960 (Somalia + fusion)

 

Soudan
indépendance : 1er janvier 1956

 

Swaziland
indépendance : 6 septembre 1978

 

Tanzanie
indépendance : 2 décembre 1961 (Tanganyika)
indépendance : 10 décembre 1963 (Zanzibar)

 

Tchad
indépendance : 11 août 1960

 

Togo
indépendance : 27 avril 1960

 

Tunisieavril_1956
indépendance : 20 mars 1956
- chronologie tunisienne 1956
ci-contre à droite : Bourguiba et des députés de l'Assemblée nationale constituante en avril 1956



Zaïre
indépendance : 30 juin 1960


Kenneth_Kaunda

Zambie / ancienne Rhodésie du Nord
indépendance : 24 octobre 1964
ci-contre à droite : Kenneth Kaunda, président de la Zambie (1964-1991)


Zimbabwe robert_mugabe2
indépendance : 18 avril 1980
ci-contre à droite : Robert Mugabé, premier ministre de 1980 à 1987, puis président du Zimbabwe depuis 1987




 

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accord tacite entre Londres et les chefs du nationalisme

En lisant l'histoire de l'évolution de l'Afrique anglaise, on est frappé par la sorte d'accord tacote qui, en dépit des luttes violentes, ne cessa d'exister entre Londres et les chefs du nationalisme. Le Colonial Office n'hésita pas à ralentir leur action, à s'y opposer parfois brutalement, mais il ne persista pas lorsqu'il fut convaincu que cette action avait l'appui des peuples. Les historiens anglais, après avoir comparé, en la regrettant, la rapidité de l'évolution constitutionnelle de l'Afrique avec la lenteur des progrès du Canada au siècle dernier, reconnaissent, non sans fierté, qu'en Afrique il fut toujours en fin de compte trouvé aux revendications des nationalistes et d'accord avec ceux-ci, des solutions conformes aux structures législatives créées par la domination anglaise : le cabinet et le système parlementaire.

Henri_Grimal_couvHenri Grimal, La décolonisation, de 1919 à nos jours,
éd. Complexe, 1985, p. 227






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samedi 26 janvier 2008

l'aphasie des idéologues de la fracture

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l'aphasie de

Nicolas Bancel et Pascal Blanchard

face aux critiques historiennes


BancelLa revue Mouvements, qu'on a connue en d'autres temps plus rigoureuse dans ses parrainages intellectuels, a demandé à Nicolas Bancel [ci-contre en haut] et Pascal Blanchard [ci-contre en bas] de répondre aux critiques qu'avait suscitées la publication du recueil de textes la Fracture coloniale aux éditions La Découverte en 2005. Et notamment aux arguments avancés par le spécialiste de l'Afrique des Grands Lacs, Jean-Pierre Chrétien, par l'anthropologue Jean Copans, par le politiste Romain Bertrand (Mémoires d'empire).
BlanchardLeur texte répond à certaines mises en cause mais évite soigneusement celles du livre Pour en finir avec la repentance coloniale de Daniel Lefeuvre, paru à l'automne 2006. Le procédé relève de l'agit-prop : au lieu de lire et de répondre aux arguments, on charge son adversaire de péchés imaginaires en escomptant que le lecteur sera dissuadé d'aller voir lui-même de quoi il s'agit. Privé de l'information nécessaire, il s'en remet au discours qu'on lui sert. C'est du "bourrage de crâne" comme celui auquel oeuvraient les commissions de contrôle de presse des régions militaires française entre 1914 et 1918. Rien de plus. Voici donc l'extrait de leur texte consacré à Daniel Lefeuvre ("l'anti-repentant..."), puis le même texte avec les critiques qu'appelle ce genre de rhétorique.

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L'anti-repentant ou le croisé de l'identité française

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard

Le dernier des quatre ouvrages retenus ici s'inscrit dans le registre de l'attaque directe. Daniel Lefeuvre fait le procès d'un certain nombre de spécialistes de la colonisation qui ne "pensent" pas comme lui et cherchent à démontrer les mécanismes de leurs thèses par d'innombrables exemples, n'hésitant pas à jouer avec les faits, les statistiques et les démonstrations les plus abusives.
En fait, cet ouvrage est la version papier de l'activisme qu'il mène sur son site internet (études coloniales) – avec Marc Michel et Michel Renard -, pour une "véritable histoire coloniale" loin de toute "repentance". Daniel Lefeuvre publie ce livre (Pour en finir avec le repentance coloniale) après avoir été fortement critiqué pour sa participation au conseil scientifique du Musée de la France en Algérie initié par Georges Frêche à Montpellier. La Fracture coloniale n'est pas la cible privilégiée de l'auteur, dont les deux "têtes de turcs" sont Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison. Mais l'ouvrage est cité comme étant représentatif d'un hypothétique "groupe de repentants". Nous renvoyons au compte-rendu, très argumenté, de l'ouvrage par Catherine Coquery-Vidrovitch. Précisons néanmoins un point essentiel. Catherine Coquery-Vidrovitch rappelle que la notion de "repentance" n'a "été utilisée par aucun historien" et qu'il est avant tout "injurieux à l'égard de collègues dont la conscience professionnelle est indéniable", ayant avant tout des objectifs "essentiellement politiques". Et de conclure, "ce que prouve ce pamphlet, c'est l'inculture de son auteur concernant la colonialité".
On atteint, en effet, avec l'ouvrage de Daniel Lefeuvre le summum du mélange des genres, entre prétentions savantes et veine polémique, ce qui autorise son auteur à toutes les outrances.
Pour résumer, parler d'une "fracture coloniale", serait la faire exister. D'où les anachronismes nombreux relevés dans la littérature polémique sur l'ouvrage, entre un projet débuté en 2001, une étude menée sur le terrain à Toulouse en 2003, une synthèse remise au Fasild et à la DIV en 2004, un ouvrage publié en septembre 2005 et les émeutes de novembre 2005. Nous serions non les analystes de la "fracture coloniale", mais les promoteurs de celle-ci. Pour quelques-uns de nos contempteurs, pour résoudre toutes les questions en jeu dans l'ouvrage, le plus simple serait de n'en point parler.

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard
in Mouvements, n° 51, septembre-octobre 2007, p. 46-47.

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L'anti-repentant ou le croisé de l'identité française

[l'anti-repentant, d'accord ; mais pourquoi la référence à l'identé française est-elle accolée au terme de "croisé" : n'existe-il pas d'autre positionnement à l'égard de l'identité française que celle du croisé ?
Michelet, Marc Bloch, la Résistance, Braudel, Nora..., des croisés ?]


Pour_en_finir_repentance_couvdaniel_repentance_couvLe dernier des quatre ouvrages retenus ici s'inscrit dans le registre de l'attaque directe. Daniel Lefeuvre fait le procès [pourquoi procès ? pourquoi pas critique ? parce que celle-ci relève de la controverse intellectuelle que N. Bancel et P. Blanchard ne veulent pas assumer, et que celui-là est imputable à un procureur ou à un juge qui condamne ? – classique procédé discursif de victimisation…] d'un certain nombre de spécialistes de la colonisation [ce sont surtout des non spécialistes qui sont critiqués et contre lesquels sont invoqués les historiens sérieux] qui ne "pensent" pas comme lui et cherchent [ou : cherche ?] à démontrer [ou : démonter ? - dans sa syntaxe d'origine, cette phrase n'a aucun sens : qui est le sujet du reste de la phrase ? DL ou les "spécialistes de la colonisation"...?] les mécanismes de leurs thèses par d'innombrables exemples [le nombre d'exemples serait-il un défaut ? – par ailleurs, il n'y a pas que des exemples, mais des analyses], n'hésitant pas à jouer avec les faits [lesquels…?], les statistiques [établissez-le] et les démonstrations les plus abusives [en quoi seraient-elles abusives ? – tout un vocabulaire de l'exagération pour esquiver la confrontation sur le fond].

En fait, cet ouvrage est la version papier de l'activisme [pourquoi ce terme péjoratif pour décrire la publication de contributions et de documents relatifs à l'histoire coloniale sur internet ?] qu'il mène sur son site internet (études coloniales) – avec Marc Michel et Michel Renard -, pour une "véritable histoire coloniale" loin de toute "repentance". Daniel Lefeuvre publie ce livre (Pour en finir avec la repentance coloniale) après avoir été fortement critiqué pour sa participation au conseil scientifique du Musée de la France en Algérie initié par Georges Frêche à Montpellier [réduire une argumentation analytique à une imaginaire réaction épidermique de dépit..., encore un procédé rhétorique pour fuir le débat de fond]. La Fracture coloniale n'est pas la cible privilégiée de l'auteur, dont les deux "têtes de turcs" sont Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison. Mais l'ouvrage est cité comme étant représentatif d'un hypothétique "groupe de repentants".

Nous renvoyons au compte-rendu, très argumenté, de l'ouvrage par Catherine Coquery-Vidrovitch. [le compte rendu de Catherine Coquery-Vidrovitch a été republié sur ce blog ainsi que la réponse de Daniel Lefeuvre que N. Bancel et P. Blanchard semblent ignorer parce que le site du prétentieux Comité de Vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) n'a pas eu le courage de la publier]. Précisons néanmoins un point essentiel. Catherine Coquery-Vidrovitch rappelle que la notion de "repentance" n'a "été utilisée par aucun historien" et qu'il est avant tout "injurieux à l'égard de collègues dont la conscience professionnelle est indéniable", ayant avant tout des objectifs "essentiellement politiques". Et de conclure, "ce que prouve ce pamphlet, c'est l'inculture de son auteur concernant la colonialité". [une injure n'a jamais fait un argument - si l'on veut respecter la déontologie des échanges intellectuels, le site du CVUH doit publier la réponse de Daniel Lefeuvre qu'il a mis en cause, on verra ce qu'il en est de la culture et de la rigueur historiennes des uns et des autres...]

On atteint, en effet, avec l'ouvrage de Daniel Lefeuvre le summum du mélange des genres, entre prétentions savantes et veine polémique, ce qui autorise son auteur à toutes les outrances [lesquelles... ?].
Pour résumer, parler d'une "fracture coloniale", serait la faire exister. D'où les anachronismes nombreux relevés dans la littérature polémique sur l'ouvrage
[il n'y a aucun anachronisme dans le livre de Daniel Lefeuvre...], entre un projet débuté en 2001, une étude menée sur le terrain à Toulouse en 2003, une synthèse remise au Fasild et à la DIV en 2004, un ouvrage publié en septembre 2005 et les émeutes de novembre 2005. Nous serions non les analystes de la "fracture coloniale", mais les promoteurs de celle-ci. Pour quelques-uns de nos contempteurs, pour résoudre toutes les questions en jeu dans l'ouvrage, le plus simple serait de n'en point parler. [c'est exactement le défaut de N. Bancel et P. Blanchard à l'égard du livre Pour en finir avec la repentance coloniale : censure des arguments et emphase du vocabulaire de la disqualification d'autorité. Au total un mutisme révélateur]

Michel Renard

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aucun argument historique

Michel Renard


daniel_repentance_couvAucun argument pour réfuter les analyses historiques de Pour en finir avec le repentance coloniale n'est fourni par N. Bancel et P. Blanchard. Ils n'aiment pas l'histoire positiviste. Il en allait déjà ainsi dans la Fracture coloniale. Les thèses de la "fracture coloniale" et de la "postcolonialité" qui expliqueraient le vécu et le langage de secteurs de la population française stigmatisés, ethnicisés, déréalisés, etc., ne s'appuient sur aucun travail historique. À la place, on trouve des assertions nébuleuses de sociologue affirmant dans le même temps que les "banlieues" ne sont pas un territoire colonial mais qu'elles sont un "théâtre" qui "ressemble à la colonie (parce que) les rapports humains y sont faux" (Didier Lapeyronnie, in La fracture coloniale, 2005, p. 209-218). On utilise le raccourci rhétorique bien connu : "tout se passe comme si..." qui permet l'économie de la démonstration tout en donnant l'impression qu'on l'a fournie : "La fracture sociale est ainsi alimentée par une fracture coloniale qui lui donne sens comme un ordre normatif, comme si l'immigration s'était inscrite dans la continuité du rapport colonial au-delà des indépendances" (ibid., p. 210). Où est la rigueur dans tout cela ?

L'allégation selon laquelle les "violences du fait colonial" et le "poids de ses héritages au sein de la société française contemporaine" (Fracture coloniale..., p. 20) sont à l'origine d'une "fracture coloniale" devenue une vraie crise française utilise une image militante du passé colonial qui altère gravement la réalité historique de la colonialité. En la schématisant à l'extrême.


les thèses historiennes de Daniel Lefeuvre

Daniel Lefeuvre a rétabli la vérité des rapports complexes et des processus historiques non univoques du temps colonial. Il a montré que les aléas de l'évolution démographique de l'Algérie au XIXe siècle ne sont pas à mettre au compte de la seule conquête et que le concept de "génocide" est totalement inadéquat. Il a montré que les violences militaires de la conquête ne portaient aucune spécificité liée à un racisme anti-arabe.

Daniel Lefeuvre a pointé le manque de méthode de ceux qui reprennent les propos de propagande des coryphées de l'Empire alors que la réalité invalide l'idée d'un apport décisif des colonies à l'économie de métropole. Il a rappelé, après d'autres tels Paul Bairoch et Jacques Marseille, que loin de remplir les caisses de l'État les colonies se sont révélées un tonneau des Danaïdes. Il a restitué la mesure statistique de l'immigration maghrébine après 1945 en métropole (moins de 1% de la population active) et conclu en conséquence à l'outrance des formules militantes selon lesquelles "les immigrés ont reconstruit la France après guerre".

Et sur ce blog, nous essayons de dire que la vérité historique du temps colonial, ce ne furent pas les "massacres" et les "violences". Ceux-ci ont existé mais ils ne sauraient résumer la totalité de cette histoire. Retenir comme grille de lecture deDiapositive1 cette époque la seule ligne de clivage entre dominateurs français et dominés résistants algériens, c'est revenir à une conception de l'histoire à la Jdanov. Au lieu d'alimenter une logomachie creuse sur la post-colonialité, il vaudrait mieux se pencher sur l'étude renouvelée de la colonialité tout court. On éviterait d'entretenir dans leurs clichés et préjugés les groupes militants des "Indigènes de la République".

Mais à quoi bon les appels à la rigueur historienne...? Un politiste comme Olivier Le Cour Grandmaison peut écrire Coloniser, exterminer et se faire étriller par deux historiens irréprochables (Pierre Vidal-Naquet et Gilbert Meynier)... il ne prend pas la peine de répondre. Il continue. Daniel Lefeuvre écrit un livre d'historien pour critiquer les stéréotypes des militants de la mémoire. On le snobe. Seule Catherine Coquery-Vidrovitch a pris la peine de répliquer. On se réfugie alors derrière son texte en oubliant qu'une réponse lui a été apportée...

Il est possible que le savoir historique, à la fois positiviste et problématisant, soit relégué par la puissance des schématisations idéologiques et des revendications mémorielles, toujours plus séduisantes que l'intelligibilité historienne... Il est malgré tout surprenant que ceux qui préfèrent ignorer celle-ci se revendiquent des sciences sociales, de la générosité humaniste, de la démocratie et de la citoyenneté. Toutes références qui, jusqu'à il y a peu, avaient partie liée avec le respect d'un savoir non-jdanovisé.

Michel Renard


Diapositive3
"le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s'y réduire,
la politique coloniale" - appel des "Indigènes de la République", janvier 2005



* cf. aussi "Réplique à un argument de Catherine Coquery-Vidrovitch : un historien peut-il faire dire ce qu'il veut aux statistiques ?" (Michel Renard)


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mercredi 23 janvier 2008

esprit économique impérial

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publication des actes du colloque

L'esprit économique impérial



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Hubert Bonin, Catherine Hodeir & Jean-François Klin (dir.), L’esprit économique impérial (1830-1970). Groupes de pression & réseaux du patronat colonial en France & dans l’empire, Paris, Publications de la SFHOM, janvier 2008 (850 pages).


Pour la première fois, un ouvrage à la fois analytique et synthétique confronte les acquis de l’histoire des réseaux et des groupes de représentation d’intérêts – issus de la sociologie historique, de l’histoire de l’État et de l’histoire d’entreprise – et l’histoire ultramarine coloniale.

Un lobby a-t-il véritablement structuré le «parti colonial» tel que l’ont isolé plusieurs collègues réputés il y a un quart de siècle pour l’orée de la IIIe République et articulé la politique impériale tout au long des régimes et des majorités ?

Cet ouvrage réunit des historiens chevronnés héritiers de l’école française d’histoire des colonies des années 1960-1970 et surtout toute une génération de «juniors» qui constitue un courant de chercheurs dynamique et prometteur, à la base d’une nouvelle école française d’histoire des outre-mers. Ce livre pionnier doit servir de levier à des débats mêlant histoire économique, histoire politique et histoire ultramarine.

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Douala (Cameroun), BNCI [Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie], 1952


Table des matières

Introduction, par Hubert Bonin

I. PISTES BIBLIOGRAPHIQUES
1. «Impérial», «impérialisme» : quelques jalons de réflexion
2. Patronats, élites, chambres de commerce & d’industrie, places marchandes : les enjeux socio-institutionnels et culturels de l’outre-mer impérial
3. Bourgeoisies, élites, développement capitaliste : cultures, valeurs institutionnelles, réseaux, représentation
4. Groupes de pression et réseaux d’influence patronaux

II. LES RÉSEAUX D’INFLUENCE AU COEUR DU SYSTÈME POLITIQUE

•    Francis Démier, professeur à l’Université de Paris 10-Nanterre, “L’esprit impérial” français confronté à la première industrialisation
•    Éric Anceau, maître de conférences à l’Université de Paris 4-Sorbonne, Deux façons de concevoir et d’appliquer la politique coloniale ? Le Prince Napoléon et Prosper de Chasseloup-Laubat, ministre de l’Algérie et des Colonies (juin 1858-novembre 1860)
•    Nicole Tixier, docteur en histoire contemporaine de l’Université de Nantes, La Chine dans la stratégie impériale : le rôle du Quai d’Orsay et de ses agents
•    Julie d’Andurain, doctorante en histoire contemporaine et chercheur-associé au Centre Roland Mousnier, Université de Paris 4-Sorbonne, Réseaux politiques et réseaux d’affaires : le cas d’Eugène Étienne et d’Auguste d’Arenberg
•    Xavier Daumalin, maître de conférenees à l’Université d’Aix-en-Provence, Le pouvoir d’influence de Paul Leroy-Beaulieu sur la politique africaine
•    Jean Vavasseur-Despérier, professeur à l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, Charles Jonnart et le «parti colonial» : économie et politique
•    Claude Prudhomme, professeur à l’Université Lumière-Lyon 2, Le missionnaire et l’entrepreneur colonial
•    Daniel Leplat, doctorant d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1-Sorbonne, Groupes de pression coloniaux et réseaux administratifs face aux usages et à la valeur de la piastre indochinoise (1945-1960)
•    Hugues Tertrais, maître de conférences à l’Université Paris 1-Sorbonne, Le patronat français et la Guerre d’Indochine

III. LES RéSEAUX D’INFLUENCE SUR LES PLACES RÉGIONALES EN FRANCE METROPOLITAINE

•    Laurent Morando, docteur en histoire contemporaine, Université de Provence, Les Instituts coloniaux de province (1893-1940) : une action efficace ?
•    Yves Péhaut, professeur honoraire de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, Le réseau d’influence bordelais : la "doyenne" Maurel & Prom jusqu’en 1914
•    Hubert Bonin, professeur à l’Institut d’études politiques de Bordeaux et au GRETHA-Université de Bordeaux 4, La construction d’un système socio-mental impérial par le monde des affaires ultramarin girondin (des années 1890 aux années 1950)
•    Xavier Daumalin, maître de conférences à l’Université de Provence, Le patronat marseillais face à la politique de la préférence impériale (1931-1939)
•    Guy Durand, doctorant en histoire contemporaine, Université Paris 1-Sorbonne, archiviste, Marseille colonial : quels choix ? quels mythes ? quelles réalités ?
•    Yvan Kharaba, docteur en histoire contemporaine de l’Université de Provence, directeur de l’Académie François Bourdon (Le Creusot), La Chambre de commerce de Toulon et l’Algérie. Histoire d’un projet colonial avorté
•    Jean-François Eck, professeur à l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, Le patronat du Nord et la question coloniale
•    Jean-François Klein, maître de conférences à l’INALCO, chercheur au Centre Roland Mousnier Paris IV-Sorbonne, Une culture impériale consulaire ? L’exemple de la Chambre de commerce de Lyon (1830-1920)
•    Claude Malon, docteur en histoire contemporaine de l’Université de Paris 4-Sorbonne, chercheur associé au Centre Roland Mousnier Paris IV-Sorbonne, Doctrines et pratiques du patronat colonial havrais (1880-1960)
•    Nicolas Stoskopf, professeur à l’Université de Haute-Alsace (UHA-CRESAT), La culture impériale du patronat textile mulhousien (1830-1962)

IV. LES RÉSEAUX D’INFLUENCE AU COEUR DE LA PLACE MARCHANDE ET FINANCIÈRE PARISIENNE

•    Philippe Lacombrade, docteur en histoire contemporaine de l’Université Paris 10-Nanterre, Un esprit colonial parisien ? La Chambre de commerce de Paris et la formation de l’empire français (1880-1914)
•    Yann Bencivengo, doctorant en histoire contemporaine à l’Université Paris 1-Sorbonne,  Les réseaux d'influence de la banque Rothschild : l'exemple de la société Le Nickel en Nouvelle-Calédonie (1880-1914)
•    Hubert Bonin, professeur à Sciences Po Bordeaux, Les réseaux bancaires impériaux parisiens
•    Jean-Marie Moine, maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Université de Tours, La sidérurgie, le Comité des forges et l’empire colonial. Mythes et réalités
•    Annie Lacroix-Riz, professeur à l’Université de Paris 7-Denis Diderot, Les réseaux patronaux franco-allemands dans l’empire au XXe siècle
•    André Nouschi, ancien professeur à l’Université de Nice, Les réseaux d’influence des groupes pétroliers parapublics français en Afrique subsaharienne

V. LES RÉSEAUX D’INFLUENCE SUR LES PLACES D’OUTRE-MER

•    Colette Dubois, professeur à l’Université de Provence, Institut d’études africaines, Charles Michel-Côte et la construction de l’espace économique de Djibouti-ville durant la première moitié du XXe siècle
•    Mohamed-Lazhar Gharbi, maître de conférences à l’Université La Manouba (Tunis), Groupes de pression et déploiement économique en Tunisie
•    Catherine Hodeir, enseignante d’histoire contemporaine à l’Université d’Amiens, chercheuse à l’IDHE-Paris 1-Sorbonne, Jouer Maroc, jouer Tunisie ? Le grand patronat colonial français tente le pari et le réalisme entre 1945 et 1956.
•    Patrice Morlat, docteur en histoire contemporaine de l’Université Diderot-Paris 7, éditeur, Les réseaux patronaux français en Indochine (1918-1928)
•    Caroline Piquet, maître de conférences à l’Université Paris 4-Sorbonne, chercheur au Centre Roland Mousnier (Paris 4-Sorbonne), Les réseaux d’affaires en Égypte : patronat européen, minorités locales et notables égyptiens dans la réforme et l’industrialisation du pays durant l’entre-deux-guerres.
•    Rang-Ri Park-Barjot, docteur en histoire contemporaine de l’Université de Paris 4-Sorbonne, chercheuse au CREOPS, L’influence du patronat des travaux publics dans le développement des
•    Pierre Singaravelou, doctorant en histoire contemporaine à Paris-1-Sorbonne, ATER à la MSHA-Bordeaux, L’empire des économistes. L’enseignement de ’’l’économie coloniale’’ sous la IIIe République
•    Félix Torres, docteur en anthropologie (EHESS), directeur de la société d’histoire conseil Public Histoire et historien, L’obstacle et le paradoxe : le destin contrarié de l’industrie sucrière de La Réunion aux XIXe et XXe siècles
•    Claire Villemagne, doctorante en histoire contemporaine à l’EHESS, Les Chambres de commerce du Tonkin, 1884-1894. Sociabilité culturelle ou mission économique ?
•    Marianne Boucheret, doctorante en histoire contemporaine à l’Université Paris 1-Sorbonne, Les organisations de planteurs de caoutchouc indochinois et l’Etat du début du XXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale
•    Gilles de Gantès, docteur en histoire contemporaine de l’Université Paris 7-Denis Diderot (LCAO) et chercheur associé à l’IRSEA, Le particularisme des milieux d’affaires cochinchinois (1860-1910) : comment intégrer un comptoir asiatique à un empire colonial protégé

VI. CONCLUSIONS GÉNÉRALES

•    Catherine Coquery-Vidrovitch : «Impérialisme», «impérial», «mise en valeur», «colonialistes», «parti colonial», etc.
•    Jacques Marseille : contribution au débat
•    Catherine Hodeir, En quête d’un lobby patronal, entre mythe et réalité
•    Jean-François Klein, Histoire ultramarine, histoire des représentations et histoire des réseaux d’influence et d’action


FRCAOM08_9FI_00127R_P
Préfecture d'Oran, élections pour le renouvellement
en 1919 des membres de la chambre de commerce d'Oran
source : Caom

PRIX DE VENTE PUBLIC : 65 EUROS (+ FRAIS D’ENVOI).
PRIX DE VENTE EN SOUSCRIPTION INDIVIDUELLE, JUSQU’AU 15 FÉVRIER 2008 :
50 EUROS
(TTC ET FRAIS D’ENVOI INCLUS EN UNION EUROPÉENNE ET SUISSE)
(HORS UNION EUROPEENNE : FRAIS DE PORT EN SUS)


COUPON À DÉCOUPER (recopier) ET À ENVOYER À LA SFHOM :

NOM   
ADRESSE   
VILLE   
CODE POSTAL   
NOMBRE D’EXEMPLAIRES COMMANDéS    
SOMME DUE   

JE JOINS UN CHÈQUE DU MONTANT NÉCESSAIRE OU J’EFFECTUE UN VIREMENT SUR LE COMPTE BANCAIRE DE LA SFHOM [SOCIÉTE GÉNÉRALE ARCACHON FR76 30003 04000 00050424319/87]
Adresse de la SFHOM : 15 rue Catulienne 93200 Saint-Denis


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mardi 22 janvier 2008

les aventuriers modernes de Zoé

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Questions sur le naufrage «colonial» des aventuriers

modernes de Zoé, ou

la bonne conscience des 4x4

Jean-Pierre Renaud


Observons tout d’abord que le choix du nom d’Arche de Zoé était emblématique puisque cette association plaçait son aventure, au choix, sous le signe d’une martyre ou sous celui d’une impératrice byzantine corrompue.
Ce naufrage soulève plusieurs questions que nous allons examiner :

La première est celle du manque de culture générale africaine de ces aventuriers modernes de l’humanitaire et de leur absence complète de morale du respect des mœurs, des coutumes, et des traditions des civilisations africaines. Mépris et ignorance qu’ont renvoyés, en des termes inacceptables, et en miroirTCHAD_ANNIVERSAIRE grossissant, déformant, caricatural, la plupart des avocats en défense de ces aventuriers modernes. Avocats rémunérés par qui ? Je vous le demande.

Deuxième question : quel a été le rôle de l’État au niveau de ses représentants au Tchad et au niveau gouvernemental ? Il est tout à fait surprenant que l’action de cette ONG ait pu se déployer au Tchad sans que les représentants de l’État dans ce pays, civils et militaires, n’aient pas tout fait pour stopper leur action. Le même type de question est à poser aux autorités centrales qui ont donné ou se sont abstenues de donner des instructions d’interdiction d’accorder toute aide à l’ONG en question. Comment imaginer que dans le contexte de crise que connaît cette région, avec les initiatives qu’a prises le gouvernement pour contribuer à son dénouement, il n’ait pas été exactement informé du déroulement de cette grosse opération ?

Troisième question, peut être incidente de la deuxième, s’agit-il toujours, dans le cas d’espèce, du «pré carré» de la Françafrique ? Est-ce que dans cette affaire stupide, l’État n’a pas été conduit à agir, comme il l’a fait trop souvent depuis l’indépendance des colonies, comme si rien n’avait changé ? À N’Djamena, la plupart des avocats de la défense ont illustré cette étrange conception du droit international, arrogante et insolente, comme si notre droit national opulent, peut être trop, était un modèle de vertu dans l’application de la justice et de la lutte contre la corruption politique.

Quatrième question, celle de la liberté d’action dont jouissent à l’étranger, les ONG, sous le statut de la loi d’association 1901. On sait qu’en France, cette loi, véritable «mobilier» de la République, autorise presque n’importe quoi, à partir du moment où les associations ne mettent pas en cause l’ordre public ou n’obtiennent pas le concours de fonds publics. Les initiés savent que les contrôles sont faibles, sinon inexistants.

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Éric Breteau, président de l'association l'Arche de Zoé

À l’étranger, cette liberté soulève un problème national, à partir du moment où n’importe quelle ONG, de statut associatif, peut, comme sur le territoire national, prendre n’importe quelle initiative, même si elle met en cause la politique étrangère de la France et son image. Et l’affaire de l’arche de Zoé a parfaitement illustré l’absence complète de règles du jeu de ces associations à l’étranger. Il n’y a pas si longtemps on a vu une petite ONG du Jura mener une bonne action en Afghanistan et obliger l’État à tout faire pour libérer des otages inconscients, pour ne pas dire innocents.

Il appartient donc au Parlement de se saisir de ce dossier et de fixer  le cadre juridique de l’action des ONG à l’étranger : déclaration ou agrément, droit d’opposition aux initiatives avec, en cas d’infraction, l’abandon des intervenants en cause à leurs éventuelles infortunes. Car, il est tout à fait anormal qu’une association envoie ses ressortissants à l’étranger dans n’importe quelles conditions de sécurité, quitte, après, et en cas de problème, à se retourner contre l’État pour un sauve qui peut aux frais du contribuable.

Alors que beaucoup d’ONG françaises mènent des actions utiles à l’étranger, sans donner dans le tout 4X4, il serait dommage que ce genre d’affaire compromette le service humanitaire. Il est donc nécessaire que l’État réagisse.

Peut-être le nom du Noé, salvateur, aurait-il évité le naufrage !

Jean-Pierre Renaud
(1er janvier 2008)

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dimanche 20 janvier 2008

Colonisations, migrations, racisme

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Colonisations, migrations, racisme

autour des recherches de Claude Liauzu


Université Paris 7
Département d’histoire

JOURNÉE D’ÉTUDES DU JEUDI  7 FÉVRIER 2008

- Programme en pdf

Colonisations, migrations, racismes
Autour des recherches de Claude Liauzu


Pour rendre hommage à notre collègue Claude Liauzu, nous  avons  choisi d’organiser une lecture à plusieurs voix de son oeuvre d’historien afin de mettre en valeur ce qu’il apporte à la connaissance. Ce n’est pas le contenu empirique de ses ouvrages (livres, articles, conférences) qui retient notre attention mais les pistes de recherche qu’il a indiquées, les interprétations qu’il a proposées sur l’évolution de notre monde contemporain, ainsi que  les exigences du métier d’historien.
En fonction de ces repères et de ces fils directeurs, nous organisons cette  rencontre d’historiens autour de quatre thèmes principaux qui nous paraissent cristalliser les recherches et l’oeuvre de Claude Liauzu en même temps qu’ils  s’articulent les uns avec les autres de façon cohérente  :  une vision  du Maghreb et de l’Islam, une approche du Tiers Monde  et  du  développement,  les migrations et le débat sur la colonisation, l’expérience d’un séminaire.

Comité Scientifique : Pierre Brocheux, Anne-Emmanuelle Demartini,
André Gueslin, Daniel Hémery, Françoise Raison

Responsable de la journée : Anne-Emmanuelle Demartini
(pour le département d’histoire de l’ université Paris 7)
Tél : 01 44 79 01 35
mèl :  demartini@univ-paris-diderot.fr

Contact : Benjamin Jung, ben86jung@hotmail.com

Lieu : Université Paris 7, Salle des Thèses – Immeuble Montréal 2ème étage – Dalle des Olympiades, 103 rue de Tolbiac / 59 rue Nationale 75013 PARIS
Metro : Olympiades (Ligne 14), Tolbiac (Ligne 7 ), Nationale (Ligne 6)  Bus 62 ou 83

Liauzu_nouvelle_photo















Claude Liauzu, 1940-2007
_____________________________________________________


Programme

Matinée

8 h 45   Arrivée des intervenants et des participants
9 h00    Introduction de la journée par Daniel Hémery (université Paris 7) :
«Claude Liauzu, un fellagha à l’ Université ...»

9 h15 D’une certaine vision du Maghreb et de l’Islam…
Présidence : Jean-Pierre Vallat (université Paris 7)

François Georgeon
(EHESS) : «Claude Liauzu, la Tunisie et le monde musulman : un témoignage».
René Galissot (université Paris 8) : «Le statut des musulmans en Afrique du Nord à l’époque coloniale».
Lecture d’un texte de Gilbert Meynier (université de Nancy) : «L’Algérie, la nation et l’islam : le FLN, 1954-1962 ».
Mohammed Harbi (Historien de l’ Algérie) : Thème à préciser.
Benjamin Stora (INALCO) : «Générations de chercheurs sur le  Maghreb, 1960-1990».

10h30  Débat
11h00  Pause

11h15 ...à une approche du Tiers Monde et du développement...
Présidence : Françoise Raison (université Paris 7)

Jean Piel (université Paris 7) : «Mes raisons d’avoir été solidaire de la plupart des initiatives de Claude Liauzu à Paris 7».
Omar Carlier (université Paris 7) : «Claude Liauzu et le moment Tiers Monde, entre le sujet et l’objet».
Gérard Fay (université Paris 7) : «Pour un dévelop’mentisme  actualisé, global, critique».

12h00  Débat
12h30  Déjeuner

Après-midi

14h00 ...à la thématique des migrations et au débat sur la colonisation
Présidence : Michelle Perrot  (université Paris 7)

Gérard Noiriel (EHESS) : «Migrations : convergences et divergences avec Claude Liauzu».
Pierre Brocheux (université Paris 7) : «Pourquoi un dictionnaire de la colonisation ?».
Daniel Hémery (université Paris 7) : «Un regard sur l’anticolonialisme en France».
Henri Moniot (université Paris 7) : «L’ enseignement de l’histoire coloniale apprécié par Claude Liauzu : devoir d’histoire et conscience des mémoires en jeu».

15h00  Débat
15h30  Pause

15h45 Claude Liauzu, l’université buissonnière
Présidence : André Gueslin (université Paris 7)

Florence Gauthier, Americo Nunes Da Silva, Magali Jacquemin, Nadia Vargaftig, Anne Vollery, Aïda Kekli  et les autres (université Paris 7) :
«Racisme et antiracisme : un séminaire hérétique».
«Claude Liauzu à l’épreuve des étudiants, en images».
«Claude Liauzu et la loi du 23 février 2005, avec les Tréteaux de la colère».
Et pour terminer : une surprise !

16 h45  Débat
17 h15  Conclusion de la journée par Françoise Raison

18h00  Cocktail

Journée d’études organisée par le Département d’histoire de l’université Paris 7, avec le soutien de l’UFR Géographie Histoire Sciences de la Société et du Laboratoire Identités Cultures Territoires.

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samedi 19 janvier 2008

Mémoires d'Algérie

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archives audiovisuelles françaises (copie)

fournies par l'Ina à l'Algérie



04/12/2007 - L'Ina a remis à la télévision publique algérienne une copie des archives audiovisuelles françaises couvrant vingt ans de l'histoire de l'Algérie.

Cet accord de partenariat permet à l'Algérie de retrouver les témoignages audiovisuels de son histoire. Le jour de la signature de l'accord, l'Ina a remis à l'entreprise publique de télévision algérienne (EPTV) 1862 documents issus de la télévision française. Ils s'agit de programmes d'actualités couvrant une période allant de 1940 à 1962 et illustrant la vie du pays dans la diversité de ses aspects : images de fêtes traditionnelles, grands évenements sportifs, guerre d'indépendance, etc.  

La télévision publique algérienne est libre d'utiliser ces images et de les exploiter commercialement

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Vingt années d'histoire algérienne

La majorité des documents mis à disposition de l'EPTV traitent bien sûr de la guerre d'Algérie. Des séquences montrent notamment l'armée française en opération, des images d'attentats à Alger ou bien en France, ainsi que des scènes tournées au cours des évènements de 1954. D'autres documents illustrent les débats qui firent rage au sein de la société française au sujet de l'indépendance de l'Algérie : le procès de l'OAS ou encore les rapatriés d'Algérie.

La Seconde Guerre mondiale est également couverte par ces images. Le bombardement de la flotte française dans le port de Mers el Kebir ou bien l'annonce de la libération à Alger font partie des séquences fortes tournées à cette époque.

L'industrialisation et l'économie de l'Algérie sont largement évoquées, à travers notamment l'inauguration du Transaharien ou la construction des premiers puits de pétrole à Bou Saada.

De nombreuses images de fêtes traditionnelles et religieuses, de caravanes, mais aussi de grands évènements sportifs tels que la finale de la coupe d'Afrique du Nord de football de 1950 illustrent la vie quotidienne des Algériens.

Ces archives symbolisent enfin la naissance d'une nation, à travers des séquences prises au moment du référendum de 1962 ou des premiers jours de l'indépendance de l'Algérie.

 

L'Ina et l'Algérie

La collaboration entre l'Ina et l'Algérie s'exprime également à travers des formations et des expertises réalisées par l'Ina au profit de l'EPTV. Ces opérations portent sur la chaîne de numérisation des archives, l'analyse documentaire ou encore le cadre juridique d'exploitation des archives.

L'Ina a enfin produit quatre films du réalisateur algérien Malek Bensmaïl, et coproduit son dernier film intitulé "Poussières d'écoles", en partenariat avec l'EPTV.

source : ina.fr

 

Un dossier spécial sur "Archives pour tous" :
Les 1862 documents mis à la disposition de l'ENPTV sont intégralement mis en ligne sur le site "Archives pour tous" :

Consulter la totalité des documents


Ina_Alg_rie__1_
le départ des pèlerins pour la Mecque, 24 octobre 1946


Ina_Alg_rie__4_
le voyage de De Gaulle en Algérie, 4 juin 1958


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mercredi 16 janvier 2008

groupe de recherche Sylvie Thénault

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Groupe de recherche

sur l'histoire de l'Algérie coloniale

et de la guerre d'indépendance algérienne

Sylvie THÉNAULT


L’histoire de l’Algérie coloniale et de sa guerre d’indépendance se signale à la fois par sa présence dans le débat public et son dynamisme dans le champ de la recherche.
La dimension polémique de cette histoire, enjeu politique, si ce n’est électoraliste, en effet, a été très récemment réactivée par des initiatives des pouvoirs publics locaux et nationaux dans le domaine de la commémoration et de la recherche, avec notamment l’annonce de la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie.
Un tel contexte d’instrumentation politique n’empêche cependant pas la recherche universitaire d’être féconde. Les travaux en cours, des thèses récemment soutenues et des livres parus témoignent de tendances dessinant ensemble un mouvement de renouvellement de cette histoire sous l’influence de divers facteurs. En dehors du débat politique, en effet, le traitement de cette histoire tend à se banaliser et à s’inscrire dans un champ historique qui ne peut plus être défini comme étant simplement celui de l’histoire de l’Algérie : le temps de désenclavement et de la mise à distance serait-il venu ? La fin de la guerre civile sur place, par ailleurs, rend possible des recherches dans les archives conservées en Algérie, des visites sur les lieux de cette histoire, des rencontres avec ses témoins. Le post-colonialisme et ses approches, enfin, objet d’un vif engouement en France, viennent-il éclairer cette histoire d’un jour nouveau ?

Sylvie Thénault

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Les séances auront lieu le mercredi de 17h30 à 19h30, dans la bibliothèque du centre d’histoire sociale du vingtième siècle (CHS), 9 rue Malher, 6e étage

 

23 janvier : Politique de la mémoire, politique de la recherche
Eric Savarese et Jacques Frémeaux
Quels liens entre des politiques de la mémoire comme l’inauguration d’un mur des disparus à Perpignan et des politiques de la recherche comme la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie ? Comment des historiens et des chercheurs peuvent-ils intervenir dans ce contexte ? Quelles positions diverses, tant déontologiques qu’éthiques, peuvent-ils être amenés à adopter et à défendre ?

20 février : Désenclaver l’histoire de l’Algérie
Yann Scioldo-Zürcher
Yann Scioldo-Zürcher a choisi d’inscrire sa thèse, consacrée à la politique d’intégration des Français d’Algérie rapatriés, dans la catégorie de l’histoire migratoire française, à laquelle il a emprunté méthodologie et approches pluridisciplinaires. Une telle démarche témoigne d’un refus de l’inscription dans un champ de l’historiographie qu’un découpage en aires culturelles conduirait à qualifier d’ «histoire de l’Algérie». Cette qualification tendrait-elle à être de moins en moins pertinente pour catégoriser les travaux ? Qu’apporte le parti pris d’aller chercher des ressources bibliographiques et méthodologiques ailleurs que dans le champ traditionnellement désigné comme étant celui de l’ «histoire de l’Algérie» ? En quoi ce parti pris contribue-t-il à désenclaver cette histoire, en la sortant des problématiques et des interprétations traditionnellement retenues et débattues par ses spécialistes ?

19 mars : Les sources en Algérie
Après une introduction par Sylvie Thénault, cette séance prendra la forme de plusieurs brèves interventions destinées à partager des expériences de recherche en Algérie, tant dans les centres d’archives publiques qu’auprès d’acteurs et de témoins. Le retour d’une relative sécurité en Algérie a en effet permis la multiplication de séjours sur place. Quelles premières conclusions en tirer sur les gisements de sources, leur accessibilité ? Quels enjeux ces séjours, porteurs d’échanges entre les deux pays, font-ils apparaître tant en France qu’en Algérie ?

9 avril : Mettre à distance
Jean-Pierre Peyroulou
Auteur d’une thèse sur les massacres de mai-juin 1945 à Guelma, Jean-Pierre Peyroulou expliquera les partis pris méthodologiques et les choix d’écriture auxquels il a recourus dans le but de mettre à distance des événements aussi dramatiques, traumatisants et chargés d’enjeux au présent, y compris dans les relations bilatérales franco-algériennes. Plus généralement, alors que l’espace public est saturé de polémiques entretenues par des usages politiques de vécus traumatisants – la remarque vaut aussi pour les harkis, par exemple – l’historien peut-il se doter de moyens spécifiques, dans ses protocoles de recherche et d’écriture, pour s’en extraire ?

14 mai : Qu’est-ce qu’une approche post-coloniale de la guerre d’Algérie ?
Jim House et Neil MacMaster (sous réserve)
Dans leur livre Algerians, State Terror and Memory (Oxford University Press, 2006), Jim House et Neil MacMaster ont proposé une relecture des événements d’octobre 1961 en région parisienne. Dans quelle mesure leur travail relève-t-il d’une approche post-coloniale ? Qu’ont-ils puisé dans les travaux antérieurs s’en réclamant ? Qu’apporte une telle approche au renouvellement de l’histoire de cette période ?

18 juin : De l’histoire des Algériens à celle de l’Empire
Emmanuel Blanchard
À partir de son travail sur le traitement des Algériens par la police en région parisienne de 1945 à la fin de la guerre d’Algérie, Emmanuel Blanchard se propose de réfléchir à l’articulation des espaces au sein de l’espace impérial français. Au-delà du seul lien entre Algérie et métropole, comment repenser la relation entre espace régional, espace métropolitain, espace algérien, espace maghrébin… alors même qu’à l’époque ces espaces n’étaient pas cloisonnés, séparés, ni dans la circulation des hommes, ni dans l’esprit des contemporains ?


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Algérie coloniale : Tlemcen, la rue Kaldoun


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lundi 14 janvier 2008

mots de la colonisation

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parution du livre

Les mots de la colonisation

Sophie DULUCQ, Jean-François KLEIN, Benjamin STORA



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Cet ouvrage est centré sur la colonisation des XIXe et XXe siècle, qui a façonné la France contemporaine et sa relation à de nombreux pays du Sud. L'étude des discours constitue une entrée privilégiée dans la compréhension de ce passé tumultueux. À travers l'analyse d'une centaine de mots - ceux des colonisateurs comme ceux des colonisés, mots de l'historiographie spécialisée aussi -, où se côtoient bled et brousse, nègre et néocolonialisme, opium et otages, ce kaléidoscope linguistique veut permettre au lecteur d'appréhender la variété et la complexité des situations coloniales.

Sophie Dulucq, professeure à l'université de Toulouse 2 (Afrique)

Jean-François Klein, maître de conférence à l'Inalco (Indochine)

Benjamin Stora, professeur à l'Inalco (Maghreb)

- Les mots de la colonisation, dir. Sophie Dulucq, Jean-François Klein, Benjamin Stora, Presses universitaires du Mirail (Toulouse), 2008.


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Avant propos

Le passé colonial constitue l’un des points de cristallisation de la réflexion fébrile qui s’est nouée çà et là autour de l’«identité nationale», au sein d’une société française éminemment diverse dans ses origines. Ainsi en atteste la virulence de débats récents autour de la loi du 23 février 2005, du manifeste des «Indigènes de la République» et des dangers de la «repentance», ou à propos des traumatismes laissés par l’esclavage. Or, on le pressent, les souvenirs de la colonisation ont laissé des traces fort inégales : l’Algérie y occupe une place centrale alors que des pans entiers de ce passé n’apparaissent plus qu’en demi-teinte – par exemple l’Afrique subsaharienne – ou sombrent quasiment dans l’oubli – comme pour l’Indochine, Madagascar ou l’Océanie française.

Pourtant, il y a moins de cent ans, durant l’apogée de l’entre-deux-guerres, cet empire colonial compte près de 100 millions d’habitants, couvre plus de 12 millions de km2 et s’étend sur quatre continents. A la suite des guerres napoléoniennes, le premier domaine colonial, constitué entre le XVIe et le XVIIIe siècle, s’est retrouvé en grande partie démantelé, réduit à quelques «vieilles colonies» que Louis XVIII et Charles X récupèrent tant bien que mal (Antilles, comptoirs de l’Inde et de la côte d’Afrique, la Réunion et quelques archipels de l’Océan indien). Mais la France – comme la plupart des puissances européennes – connaît un second souffle colonial lié, en grande partie, au développement du libéralisme, au retour du patriotisme de drapeau et, surtout, aux besoins de la révolution industrielle. Cette vague, née en 1817, prend de l’ampleur sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire pour déferler dans les années 1880-1900. Les conquêtes se succèdent, de l’Algérie (soumise entre 1830 et 1870) au Tonkin et en Annam (de 1883 à 1885), de la Polynésie (1843) à la Nouvelle-Calédonie (colonisée en 1853), de la boucle du Niger à Madagascar (dominés dans la décennie 1890), en passant par la Tunisie et le Maroc (établissement de protectorats, respectivement en 1881 et en 1912). On assiste à la naissance d’un véritable système impérial interconnecté à la métropole grâce aux nouveaux moyens techniques de l’époque. Systématiquement exploité sur le plan économique, l’Empire devient aussi un élément central de l’identité, de la puissance et de la modernité française. C’est cette colonisation des XIXe et XXe siècles qui se trouve être le cœur du présent ouvrage.

Aujourd’hui, le jeu de mémoires souvent antagonistes braque le projecteur sur tout ce pan, un temps négligé, de l’histoire nationale. Les historiens du fait colonial n’ont pourtant jamais cessé de travailler ces questions depuis des décennies. Spécialistes de la «première» colonisation (XVIe-XVIIIe siècles) ou de la «seconde» colonisation (XIXe-XXe siècles), historiens de l’Algérie, des Antilles, de l’Afrique, de l’Indochine, etc., ils ont réussi à accumuler une somme de connaissances approfondies sur le système colonial français et sur l’émergence de sociétés «impériales» (incluant colonisés et colonisateurs), sur la diversité des populations dominées et sur leurs réponses à la présence européenne. Ils ont également contribué à mettre en évidence la complexité d’un phénomène historique protéiforme et ambivalent. Cependant, force est de constater que ces savoirs historiens se sont finalement peu ou mal diffusés hors des cénacles de spécialistes : le cloisonnement des domaines de compétence, ainsi que la faiblesse générale de la demande sociale sur les questions coloniales, ont durablement marginalisé les recherches en histoire de la colonisation.

À partir des années 1960-70, la structuration des laboratoires autour d’«aires culturelles» a limité la recherche collective : l’Empire français s’est bien sûr étendu à tous les continents, mais les chercheurs, rattachés à tel laboratoire d’études «africaines», «maghrébines» ou sur l’«Asie du Sud-Est», ont peut-être parfois perdu de vue l’intérêt qu’il y a à analyser la domination coloniale dans sa globalité. L’actuel regain d’intérêt pour le passé impérial fournit donc l’occasion de renforcer le dialogue entre spécialistes de diverses « expériences » coloniales particulières, de rapiécer, dans le champ du savoir, les morceaux épars de l’Empire français – et ce, non pas dans la perspective de lever le «tabou colonial» qui pèserait sur la société française (tabou largement fantasmé), mais dans la volonté de diffuser auprès d’un large public des connaissances rigoureuses.

Les Mots de la colonisation se proposent donc de participer à ce chantier collectif déjà bien amorcé. Contrairement à un dictionnaire, cet ouvrage n'a pas de prétention à l'exhaustivité, mais il incite à la réflexion à partir d’une sélection – forcément réduite – de termes qui ont tissé la trame coloniale. Dans l'esprit de la collection, nous avons choisi de faire entendre des vocables effectivement en usage au temps des colonies, si datés ou péjoratifs qu'ils puissent paraître aujourd'hui («nègre», «race», «mission civilisatrice»…), mais également de mettre en évidence certains termes qui ont permis aux chercheurs de penser le fait colonial («situation coloniale», «impérialisme»…).

La plupart des termes qui composent ce lexique ont été utilisés d’un bout à l’autre de l’empire français ; à l’inverse, certains des mots retenus ont prospéré dans des espaces plus délimités, en Indochine, au Maghreb ou en Afrique subsaharienne ; d’autres, enfin, correspondent à des notions que manient actuellement les historiens lorsqu’ils analysent l’histoire coloniale de la France. Certaines entrées sont plus descriptives, d’autres plus conceptuelles. Si nous avons essayé de maintenir la balance entre les trois grands pôles de l’Empire – Maghreb, Indochine, Afrique –, ce choix nous a sans doute conduits à évoquer un peu vite les «vieilles colonies» (Antilles, Réunion, Inde) ou les établissements français du Pacifique. En revanche, nous avons veillé à tenir à part égale les approches relevant de l’histoire politique, économique et sociale, tout en réservant une place importante à l’histoire culturelle de la colonisation, chantier historiographique fort dynamique depuis plusieurs années.

L’équilibre de ce petit lexique s’établit au carrefour des mots d’alors et des mots d’aujourd’hui, dans une réflexion sous-tendue par les débats historiographiques en cours. Cette sélection induit des rapprochements parfois incongrus ou cocasses, où se côtoient l’«opium» et l’«outre-mer», où le «broussard» d’Afrique occidentale rencontre la «congaï» vietnamienne. Le télescopage des mots doit permettre une initiation originale à l’histoire de la colonisation et le lecteur saura se frayer son propre chemin dans l’ouvrage. Selon leurs centres d’intérêt, certains s’arrêteront sans doute aux entrées consacrées à telle ou telle partie de l’Empire français ; d’autres choisiront de commencer par les articles les plus généraux, intéressant l’ensemble du domaine colonial ; d’autres enfin préféreront justement de se laisser porter par les associations inattendues, imputables au seul ordre alphabétique.

Puisse ce petit ouvrage fournir un outil de travail commode aux étudiants d’histoire, de science politique, de lettres (etc.), aux enseignants du secondaire et au large public intéressé par ces questions. Puisse-t-il aussi proposer un point d’entrée dans l’histoire contemporaine de la France, dont la dimension coloniale, loin de constituer un épiphénomène, fait partie intégrante de l’histoire nationale. Gageons enfin que ce kaléidoscope de mots contribuera à faire saisir la complexité et la variété des situations coloniales passées.

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Sous la coordination de Sophie Dulucq, Jean-François Klein et Benjamin Stora, une équipe d’une quarantaine de spécialistes de la colonisation française a été mise à contribution pour la rédaction de ce livre. La longueur de la liste des contributeurs est un bon indice de la richesse, du dynamisme et du renouveau de l’histoire de la colonisation, mais aussi de la constance et de la continuité de la recherche en ce domaine :

Robert Aldrich, Pascale Barthélémy, Hélène Blais, Claude Blanckaert, Hubert Bonin, Bénédicte Brunet La Ruche, Jean-Pierre Chrétien, Alice Conklin, Henri Copin, Christine Deslaurier, Bernard Droz, Guy Durand, Jacques Frémeaux, Jean Fremigacci, Ruth Ginio, Odile Goerg, Philippe Haudrère, Daniel Hémery, Anne Hugon, Grégory Kourilsky, Hélène Lavois, Philippe Le Failler, Sarah Mohamed-Gaillard, Patrice Morlat, Aurélie Roger, Laurence Monnais, Nguyên Thê Anh, Philippe Papin, Claude Prudhomme, Alain Ruscio, Nathalie Rezzi, Oissila Saaïdia, Francis Simonis, Emmanuelle Sibeud, Pierre Singaravélou, Marie-Albane de Suremain, Isabelle Surun, Frédéric Turpin, Frédéric Thomas, Pierre Vermeren, Laurick Zerbini.

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Soudanite

Le mot est utilisé à partir des années 1890 pour désigner une maladie aux contours flous, caractérisée par des malaises de nature variée – tant physiques que psychiques –, qui touche militaires, colons etla_soudanite fonctionnaires européens en poste dans les cercles reculés du Soudan. Ce syndrome mal défini est imputé aux effets conjugués du climat tropical, des fièvres et de la solitude qui assaillent l’homme blanc isolé au milieu des Noirs. L’alcool a sans doute sa part dans les assauts de ce mal des tropiques, même si l’on minimise systématiquement ses effets. Quoi qu’il en soit, la menace de la soudanite renforce encore la stature héroïque des pionniers de la colonisation, décidemment prêts à tous les sacrifices.

Voir BrousseBroussard

 

DAFANCAOM01_30FI011N038_P
une factorie de brousse, Mali
(source Caom)


DAFANCAOM01_30FI114N029_P
une fumerie d'opium, Annam, 1931 (source Caom)


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Posté par michelrenard à 08:47 - - Commentaires [2] - Permalien [#]