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guerre d'Algérie

les vérités qui dérangent

Pierre BARON et Georgette ELGEY

 

Comme souvent, les images sont trompeuses. La beauté minérale des paysages du film L'Ennemi intime (tourné au Maroc) contraste cruellement avec l'oppressante réalité des événements.

Nous sommes en 1959. les opérations militaires s'intensifient. Notamment dans les hautes montagnes kabyles. Un décor somptueux, digne d'une descente en enfer. Collective et vertigineuse. Un engrenage qui aura raison d'un régime, la IVe République, et qui laissera des deux côtés de la Méditerranée des blessures toujours ouvertes photo_L_Ennemi_intime_2007_11presque cinquante ans plus tard. Contrairement aux poilus de la Grande Guerre qui abreuvaient leur entourage de leurs souvenirs, les combattants français de la guerre d'Algérie ont choisi pendant des décennies de ne pas parler de leur passage sous les armes. Sans doute certains avaient-ils été confrontés à des événements qu'ils ne pouvaient accepter. Sans doute d'autres ne pouvaient-ils supporter le rappel de tant d'efforts finalement inutiles. Puis est venu le temps où témoignages et études affluent. On veut savoir. Et, à tort, on croit trop souvent savoir.

Lorsqu'on interroge les responsables des archives départementales sur les recherches le plus souvent menées par nos concitoyens, on apprend que la guerre d'Algérie figure, avec l'Occupation, comme la période la plus demandée. On peut se dire que, le temps passant, les hommes vieillissant, les plaies auraient fini par se refermer, celles des pieds-noirs, celle des harkis comme celles des indépendantistes. Mais on peut aussi se dire que la part de manipulation, la (haute) dose de contrevérités, de propagande etphoto_L_Ennemi_intime_2007_7 de mensonges d'État à laquelle ont été soumises l'opinion française et la population algérienne ne font rien pour arranger les choses. Image obsolète. Car il y a déjà longtemps que les archives, y compris militaires, se sont ouvertes, et que les historiens qui se sont simplement donné la peine de faire leur métier savent. Et qu'ils le font savoir du reste dans leurs nombreuses publications.

Pour autant les consciences ne sont apaisées. Et pour cause. Démontrer que Jeanne d'Arc n'a jamais été une bergère ou que Vercingétorix fut autant victime des autres tribus gauloises que de César ne dérange pas grande monde. Mais apprendre, faits à l'appui, que la torture n'est pas l'apanage des seuls soldats français, qu'un grand nombre d'appelés n'ont pas entendu un seul coup de feu pendant leur service militaire ou que l'opinion française, y compris ses représentants à l'Assemblée nationale a, de 1954 à 1956, considéré l'affaire algérienne comme une simple photo_L_Ennemi_intime_2007_3succession de faits divers, voilà qui fera pousser des cris d'orfraie à tous les tenants de la vérité officielle. À commencer par les plus hauts responsables algériens venus donner des leçons de droits de l'homme aux élus du Palais-Bourbon ou parlant à propos de cette guerre du "génocide commis par les Français". À continuer par certains adeptes de la repentance qui osent affirmer que l'armée française en Algérie a copié le modèle des SS.

Eh bien, non. L'idéologie n'a rien à faire dans ces pages. Celles-ci nous sont dictées par la simple honnêteté intellectuelle, par le simple respect des travaux menés ces dernières années par les historiens et les chercheurs. On peut toujours exploiter jusqu'à la nausée le filon de la repentance. À condition de vouloir démêler le vrai du faux. Pour nous, la sortie en salles (le 3 octobre) du film de Florent-Emilio Siri est enRotman_interview cela une aubaine. Tant elle permet d'éclairer factuellement un certain nombre de thèmes, de balayer des idées reçues, de sortir d'un manichéisme puéril qui a trop longtemps sévi. Comme le dit si judicieusement Patrick Rotman, le scénariste du film : "L'idée de militantisme est une aberration".

L'Ennemi intime, film de guerre ? Non : film sur ce que la guerre fait des hommes, quelle que soit leur cause. En dépit de nos réserves, ce n'est pas là son moindre mérite. Notamment pour les enfants ou les petits-enfants des combattants des deux camps. Cette œuvre nous incite à comprendre ce qui s'est vraiment passé plutôt que de lancer l'anathème ou d'entendre siffler La Marseillaise dans un stade de football, à l'occasion d'une rencontre… amicale.

Pierre Baron
ennemidirecteur de la rédaction d'Historia
Georgette Elgey
membre du comité éditorial

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