mercredi 29 août 2007

Pierre Messmer, un colonial décolonisateur (1916-2007)

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Pierre Messmer

un colonial décolonisateur


Pierre Messmer est décédé le 29 août 2007.

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biographie de Pierre Messmer éditée sur le site de l'Ordre de la Libération

Pierre Messmer est né le 20 mars 1916 à Vincennes, son père était industriel.

Après des études secondaires aux lycées Charlemagne et Louis-le-Grand, Bachelier en 1933, il est breveté de l'Ecole nationale  de la France d'Outre-mer (1934-1937), docteur en droit (1938) et diplômé de l'Ecole des langues orientales.

Élève administrateur des colonies, EOR à Saint-Cyr, Pierre Messmer effectue son service militaire de 1937 àmessmer_1 1939 au 12e Régiment de tirailleurs sénégalais (12e RTS).

Il effectue un stage d'observateur en avion à Tours et est replié dans le Puy de Dôme, à quelques kilomètres de la base d'Aulnat, lorsque, entendant, le 17 juin 1940, le discours du maréchal Pétain à la radio, il décide immédiatement, avec le lieutenant Jean Simon, de tout faire pour continuer le combat.

Tous deux prennent la direction du sud de la France et, au moyen d’une moto puis en auto-stop, arrivent à Marseille, d'où ils parviennent, grâce à la complicité du commandant de marine marchande Vuillemin, à se faire embarquer comme hommes d'équipage à bord d'un cargo italien, le Capo Olmo, qui se prépare à partir en convoi pour l'Afrique du Nord.

Au cours du voyage, le commandant  Vuillemin, Pierre Messmer et Jean Simon, avec quelques camarades embarqués clandestinement mais contre l'avis des officiers du bord, déroutent le Capo Olmo vers Gibraltar après avoir convaincu l'équipage.

Le bâtiment rallie ensuite Liverpool, le 17 juillet 1940, apportant à la France libre, outre une trentaine de volontaires, une précieuse cargaison de matières premières et d'avions Glenn Martin en pièces détachées dont la vente permettra de payer les frais de fonctionnement de la France Libre pendant près de trois mois.

Pierre Messmer s'engage alors dans les Forces françaises libres et est affecté, à sa demande, à la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE). Chef de section à la 3e compagnie commandée par Jacques de Lamaze, il participe aux opérations de Dakar et du Gabon entre septembre et novembre 1940.

Il se distingue ensuite lors de la campagne d'Erythrée où, sa section étant déjà fortement éprouvée, il s'empare, dans la nuit du 13  au 14 mars 1941, des pentes du Sud du Grand Willy. De nouveau, le 8 avril, à Massaoua, il enlève à la mitraillette et à la grenade, par une habile manoeuvre, deux fortins ennemis puissamment armés, capturant trois officiers et 70 marins.

Deux fois cité, il est décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle au camp de Qastina en Palestine à l'issue de la campagne d'Erythrée, le 27 mai 1941. Il combat ensuite lors de la douloureuse campagne de Syrie comme commandant de la 3e compagnie.

En septembre 1941, Pierre Messmer est promu capitaine.

book_6Au sein de la 1ère Brigade française libre commandée par le général Koenig, la 13e DBLE participe ensuite à la campagne de Libye et à la défense de Bir-Hakeim [27 mai-11 juin 1942]. Au cours du siège de Bir-Hakeim, Pierre Messmer qui commande une compagnie du 3e Bataillon de Légion, relève dans des conditions difficiles et au contact de l'ennemi, une autre compagnie particulièrement éprouvée. Il parvient ainsi à maintenir, malgré  de furieux assauts ennemis, l'intégrité de la position.

Au cours de la bataille d'El Alamein, dans la nuit du 23 au 24 octobre 1942, il entraîne sa compagnie à l'assaut de la position solidement défendue de Nag-rala, infligeant de lourdes pertes à l'ennemi. Par la suite, son activité suit toutes les campagnes de son unité.

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En juillet 1943, après la campagne de Tunisie, Pierre Messmer est envoyé en mission aux Antilles où règne une agitation militaire et civile importante.

De retour en Angleterre en octobre 1943, le capitaine Messmer suit un stage parachutiste dans le but d'être envoyé en France mais finalement, en janvier 1944, il est affecté, à Londres, à l’État-major du général Koenig, nommé commandant en chef des Forces françaises en Angleterre et des Forces françaises de l’Intérieur.

Le capitaine Messmer débarque en août 1944 en Normandie ; il dirige vers Paris le convoi de l'Etat-major et entre dans la capitale, dont Koenig a été nommé gouverneur militaire, le 25 août en même temps que la 2e DB.

En janvier 1945, promu commandant, il est envoyé à Calcutta pour y créer une Mission militaire de liaison administrative en qualité de commissaire de la République par intérim.

Parachuté le 25 août 1945 au Tonkin pour y créer une nouvelle mission, il est fait prisonnier par le Viet-Minh. Après deux mois de captivité, il s’évade dans des conditions particulièrement difficiles et rejoint les forces françaises.

Secrétaire général du comité interministériel de l'Indochine en 1946, il est ensuite directeur de cabinet d'Émile Bollaert, haut-commissaire en Indochine.
             
Il redevient ensuite administrateur en chef de la France d'Outre-mer en 1950, puis gouverneur de Mauritanie (1952) et de Côte d'Ivoire (1954-1956).

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Le puits de Freiwa (subdivision de Nouakchott), Mauritanie,1955

Haut-commissaire de la République au Cameroun en 1956-1958, puis Haut-commissaire en AEF puis en  AOF en 1958 et 1959, Pierre Messmer est ministre des Armées de 1960 à 1969, ministre d'Etat chargé des DOM-TOM (1971-1972) et Premier ministre de juillet 1972 au mois de mai 1974.

Pierre Messmer est également député UDR puis RPR de Moselle (1968-1988), conseiller régional (1968-1992) et président du Conseil régional de Lorraine, conseiller général de Moselle (mars 1970-mars 1982) et maire de Sarrebourg pendant 18 ans (1971-1989).

Il préside le groupe RPR à l'Assemblée nationale de 1986 à 1988.

Pierre Messmer est par ailleurs membre de l'Académie des sciences d'Outre-mer depuis 1976 et membre, depuis 1988, de l'Académie des sciences morales et politiques avant d'en devenir le secrétaire perpétuel (1995-1998). Il est également Chancelier de l'Institut de France (1998-2005) puis chancelier honoraire.

Par ailleurs président de l'Institut Charles de Gaulle (1992-1995) puis de la Fondation Charles de Gaulle (1995-1998), Pierre Messmer est élu, le 25 mars 1999, à l'Académie française au fauteuil de Maurice Schumann.

En octobre 2001, Pierre Messmer succède au général d'armée Jean Simon à la présidence de la Fondation de la France libre.

Par décret du Président de la République du 6 juin 2006, Pierre Messmer est nommé Chancelier de l'Ordre de la Libération en remplacement du général d'armée Alain de Boissieu décédé.

Pierre Messmer est décédé le 29 août 2007 à l'Hôpital du Val-de-Grâce à Paris.  


• Grand Croix de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 23 juin 1941
• Croix de Guerre 39/45 (6 citations)
• Médaille de la Résistance
• Médaille des Evadés
• Médaille Coloniale avec agrafes "Erythrée", "Libye", "Bir-Hakeim"
• Médaille Commémorative 39/45
• Officier de l'American Legion
• Commandeur du Nichan Iftikhar (Tunisie)
• Commandeur de l'Ordre Royal du Cambodge
             

Principales publications :

              • Le Régime administratif des emprunts coloniaux, Paris 1939
              • De la répression des fraudes commerciales, Strasbourg 1954
              • Les écrits militaires de Charles de Gaulle, avec Alain Larcan, Paris, 1985
              • Après tant de batailles, Mémoires, Paris, 1992 (Prix Louis-Marin 1993)
              • Les Blancs s'en vont, récits de décolonisation, Paris 1998
              Le Rôle et la place de l'Etat au début du XXIe siècle, Paris 2001
              La Patrouille perdue, Paris 2002
              • Ma part de France. Entretiens avec Philippe de Saint-Robert, Paris 2003

source


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1960, en Algérie avec les Harkis


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samedi 25 août 2007

Un cas d’école «au carré» sur la conquête du Soudan (Jean-Pierre Renaud)

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debout à gauche, Archinard au fort de Kita (Mali, ex-Soudan)




Un cas d’école «au carré» sur la

conquête du Soudan

Jean-Pierre RENAUD



cas d’école historique dans la méthode et dans l’interprétation, avec

la prise de Mourgoula en 1882 et de Koundian en 1889 : discipline,

fait accompli, et liberté de commandement ?


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La Revue Historique des Armées a fait paraître dans son dernier numéro (n° 247, juin 2007) un article du lieutenant Benjamin Leroy,  intitulé : "Les troupes de marine en Afrique à la fin du XIXème siècle, le cas du Soudan français" (p. 114-123).

La lecture de cet article soulève beaucoup de questions, mais nous porterons pour le  moment notre attention uniquement sur une des affirmations de l’auteur, quant aux opérations militaires qu’il cite pour illustrer l’indiscipline des officiers coloniaux et leur pratique du fait accompli.

Citons le passage concerné :

"L’expansion coloniale est donc le fait des troupes de marine qui, peu à peu, imposent leur autonomie. À chaque campagne, la France s’engage plus loin dans la conquête, souvent sous l’impulsion des commandants supérieurs ou des officiers qui agissent sans en référer au ministère ou au gouverneur, parce qu’il faut une décision rapide ou parce qu’ils l’ont délibérément voulu. Avec une attitude de mépris et d’indiscipline calculée envers Paris, ils placent plusieurs fois le ministère et le gouverneur devant le fait accompli pour obliger le gouvernement à entériner l’avance coloniale. Comme c’est le cas avec les affaires de Mourgoula, en décembre 1882, de Koundian, en 1889, et avec la prise de Tombouctou par le lieutenant de vaisseau Boiteux". (page 119)

Qu’en a-t-il été exactement pour autant que l’on puisse proposer une approximation de la vérité historique ?


Le cadre géographique et historique :

La première affaire citée, Mourgoula, se situe le 22 décembre 1882, à l’occasion de la deuxième campagne du commandant supérieur Borgnis-Desbordes. Il en fit trois. La deuxième affaire citée, Koundian, eut lieu le 18 février 1889, au cours de la première campagne du commandant supérieur Archinard. Il en fit quatre.

1882, au tout début de la conquête du Haut Sénégal vers le bassin du Niger. Cette année là, le gouvernement donna le feu vert aux troupes de marine pour atteindre le Niger, et fonder un poste à Bamako. Cette avance continua à ébranler l’empire Toucouleur d’Ahmadou installé à Ségou, sur le fleuve Niger. Ahmadou était le fils d’Hadj El Omar, vaincu par Faidherbe dans le Fouta.

En 1889, la France était solidement installée sur le fleuve Niger et avait signé avec Samory, fondateur récent d’un nouvel empire dans le haut Niger, un traité qui lui laissait les mains libres sur la rive gauche du fleuve. La partie politique et militaire se jouait à présent entre la France et Samory.

Le tata de Koundian faisait toujours partie de l’empire Toucouleur d’Ahmadou.

La forteresse de Mourgoula, située entre Kita et Bamako, distance entre les deux d’environ 200 kilomètres, contrôlait la rivière Bakhoy, voie d’accès naturelle vers Bamako, donc d’intérêt stratégique pour un chef militaire La citadelle était tenue par un vassal féodal d’Ahmadou. Ce tata très bien fortifié, doté de trois enceintes de défense, faisait partie du dispositif militaire de contrôle des voies de communication et des territoires de l’empire déclinant d’Ahmadou, avec les forteresses de Ségou, Nioro, Mourgoula, et Dinguiraye.

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la porte principale du fort de Kita (Mali, ex-Soudan), capitaine Archinard debout

Koundian était située sur le Bafing, voie d’accès naturelle vers le haut Niger, donc vers l’empire de Samory et sa capitale, à un peu plus de cent kilomètres de Kita. Dans la perspective d’une confrontation avec Samory, souhaitée par Archinard, le contrôle du tata de Koudian revêtait également un intérêt stratégique.

La stratégie de conquête du Soudan imposait donc le contrôle de ces tatas, pacifique ou non, à partir du moment où le gouvernement aurait pris la décision d’aller sur le Niger, et d’étendre ses conquêtes en amont (Samory) ou en aval  (Ahmadou) de Bamako.

Nous laisserons de côté le cas de Tombouctou, où l’indiscipline du lieutenant de vaisseau se manifeste dans un contexte de relations et d’ambitions qui complique sérieusement l’analyse du fait accompli.

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Kayes, ex-Soudan, à l'époque coloniale (carte postale ancienne)


Question : les prises de Mourgoula et de Koundian sont-elles à ranger dans la catégorie des faits accomplis par les deux commandants supérieurs Borgnis Desbordes et Archinard ?

L’auteur fait sans doute référence, sans la citer, au texte du grand historien Henri Brunschwig qui dans son livre Le partage de l’Afrique Noire, écrivait :

"Au cours de ces vingt ans, les militaires du Soudan imposèrent leur politique de conquête aussi bien aux Africains qu’au gouvernement français. Ils n’hésitèrent pas à engager des opérations malgré les instructions qui le leur interdisaient. Borgnis Desbordes, par exemple, s’empara par surprise, en décembre 1882, de Mourgoula, dont l’émir était ami de la France, et que le ministre de la Marine Jauréguiberry, avait explicitement ordonné de ménager. Archinard de même, en 1889, prit Koundian, dont le traité de protectorat, signé l’année précédente par Gallieni avec Aguibou de Dinguirraye, reconnaissait la souveraineté de ce dernier : mais le lieutenant colonel avait besoin d’un succès pour être inscrit au tableau d’avancement" (éd. Flammarion, p. 38).

En ce qui concerne Mourgoula, la réalité est un peu différente, et je me demande encore si Brunschwig n’a pas confondu l’épisode de Kéniera avec celui de Mourgoula. Car une colonne commandée par Borgnis Desbordes passa une première fois à proximité de la forteresse en février 1882, sans anicroche, lorsqu’elle se dirigeait vers Kéniera, au-delà du fleuve Niger, au secours des chefs de ce village. C’était la première fois qu’une colonne française franchissait le Niger. La colonne arriva trop tard. Samory avait brûlé le village et emmené les habitants en captivité.

Folle entreprise, dont la conclusion fut heureuse, et qui s’inscrivait effectivement dans la catégorie des faits non seulement accomplis, mais imprudents dans le contexte de l’époque.

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Bafoulabé (Mali, ex-Soudan), la Résidence

Je me suis également demandé s’il n’y avait pas eu une confusion avec la destruction du village de Goubanko, en février 1881, destruction qui dépassait les instructions données, mais qui pouvaient avoir une explication dans la nécessité absolue d’obtenir du ravitaillement, que les habitants de Goubanko  refusaient de céder. Ce ravitaillement était devenu vital pour la colonne, à plus de mille deux cents kilomètres de Saint Louis, compte tenu des pertes subies, lors de son transport sur le fleuve Sénégal.

Car la prise de Mourgoula le 22 décembre 1882 se fit sans coups de fusils (1) (Person, p. 402, sans source indiquée), uniquement parce que Borgnis Desbordes, à la tête d’une colonne militaire puissante, marchant vers le Niger et son objectif Bamako, sur instructions du gouvernement, négocia la reddition de son almamy et l’évacuation de la place par ses troupes. Person notait d’ailleurs que les Toucouleurs avaient pris possession de ce pays quarante ans auparavant.

Toutes les sources consultées concordent à ce sujet, et l’expression «s’empara par surprise, en décembre 1882, de Mourgoula», est pour le moins ambiguë, mais nul n’est à l’abri d’erreurs ponctuelles, fusse le grand historien mis en cause à ce sujet. Kanya Forstner (2) écrit que Borgnis Desbordes expulsa la garnison Toucouleur et détruisit les fortifications (p. 94) et plus loin (p. 97), il utilise le mot «capture». Le lieutenant Gatelet (3) (p. 45) relate ces faits dans son récit, rédigé à partir des rapports d’opérations des officiers.

Dire que la chute de cette forteresse fut un fait accompli des troupes de marine ne semble pas une formulation exacte, en tout cas pas dans le sens donné au concept de fait accompli, avec son élément de violence, et parallèlement avec celui d’une liberté de commandement nécessaire à un chef militaire.

Alors qu’il y eut bien fait accompli, avec usage de la force des armes avec la prise du tata Toucouleur de Koundian par Archinard en 1889. Marchand, le célèbre Marchand de Fachoda, en qualité de sous lieutenant, s’y illustra lors des combats qui précédèrent le contrôle du tata.

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pirogue d'Européen sur le Niger (carte postale envoyée en 1909)


Ce "fait accompli"  soulève d’autres questions relatives :

1°) Aux relations très ambiguës qu’entretenait Archinard avec le personnel politique, qui soulèvent la question de fond : à savoir fait accompli de tel ou tel ministre, ou de tel clan colonial, ou celui du chef militaire qui exerce le commandement sur place ?

2°) À la problématique de l’obéissance militaire et de la liberté de commandement nécessaire à tout chef militaire.

Car, il convient de rappeler le contexte stratégique de l’époque en matière de communications, grandes difficultés de communication verbale dans la chaîne de commandement (ordres et comptes rendus) et matérielle (hommes, armement et ravitaillement), avec pour conséquence une grande et nécessaire liberté de commandement. Il ne faut jamais oublier que les colonnes du Soudan ne pouvaient compter que sur leurs propres forces pour réussir, et quelquefois survivre. Kita était à plus de douze cents kilomètres de Saint Louis, et à plus de trois cents kilomètres de Kayes, qui ne pouvait être ravitaillé par chalands qu’en période de hautes eaux du Sénégal.

Or la prise de cette citadelle Toucouleur entrait parfaitement dans le champ de la deuxième observation, puisqu’il était nécessaire de contrôler la voie d’accès vers les territoires du haut Niger, et vers l’empire de Samory, dont incontestablement Archinard voulait la destruction.

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l'Almamy (chef religieux et militaire) Samory-Touré (1830-1900)

Le plus surprenant dans cette affaire de citation d’exemples vrais ou supposés de faits accomplis militaires est que le grand historien Brunschwig aurait pu choisir d’autres exemples beaucoup plus éclatants d’insubordination, à rattacher au proconsulat d’Archinard, la prise de Kankan en 1891, celle de Ségou, la même année, puis celle de Djenné et de Bandiagara, l’année suivante.

Mais avec la complicité incontestable des hommes politiques, puisque tout le monde savait à Paris, Saint Louis, et Kayes, qu’il s’était procuré de gros canons de 95 pour aller prendre la forteresse de Ségou.

Une analyse minutieuse du déroulement de la conquête du Soudan marque une frontière, celle de 1888, date à laquelle Gallieni céda son commandement à Archinard.

Mais la véritable question, mentionnée plus haut, qui se pose à ce sujet est celle de savoir s’il s’agissait de faits accomplis militaires, ou politiques, ou mi-politiques, mi-militaires, avec la problématique difficile de la liberté de commandement délicate à apprécier à des milliers de kilomètres de Paris. Et même dans le cas extrême d’Archinard, il est possible de plaider en faveur de l’une des trois hypothèses.

Et pour conclusion, une question : est-ce que cette lecture de l’histoire, la citation que nous venons d’analyser, apporte une plus-value à la recherche historique sur la conquête du Soudan ?

Jean Pierre Renaud, Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large
- Rôle de la communication et des communications
dans les conquêtes coloniales de la France- 1870-1900


Sources - (1) Yves Person, Samory (trois tomes), 1968 (2) Kanya-Forstner, The conquest of western Soudan A study in French  military impérialism (3) Lieutenant Gatelet, Histoire de la conquête du Soudan Français, 1901.

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- résumé de l'article de Benjamin Leroy (Revue Historique des Armées, n° 247, 2007)

La conquête du Soudan s’est déroulée dans des conditions particulières et cela en fait un cas à part dans l’histoire de la colonisation française car les motivations économiques sont pratiquement absentes. Le moteur de cette expansion est le nationalisme débridé des officiers des troupes de marine ; motivée par la volonté de contribuer à «la plus grande France» en lui donnant un nouveau morceau de terre. Les officiers des troupes de marine entretiennent un lien privilégié avec le Soudan et, sous plusieurs aspects, cette colonie apparaît même comme leur «chose». Ils n’ont jamais eu ailleurs une telle liberté d’action que sur ce territoire qu’ils dirigent sans partage durant les vingt premières années de la conquête. Avec une attitude de mépris et d’indiscipline calculée envers Paris, les officiers pratiquent volontiers la politique du fait accompli pour obliger le gouvernement à entériner la conquête. À bien des égards, et à l’instar des territoires militaires en Algérie, c’est le «règne du sabre», selon l’expression de l’époque, qui est le mode de gouvernement. Dans ce territoire les civils n’ont  pas leur place et les relations sont souvent tendues avec les militaires. Mais cela va progressivement prendre fin avec la mise en place du gouvernement général de l’AOF en 1899.


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Djenné, la mosquée


- sur la bataille de Goubanko, cf. la communication de Martine Cuttier, (2004)

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Jean-Pierre Renaud
- Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large,  éd. JPR, 2006.
-  Courriel des éditions JPR : commande@editionsjpr.fr


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mardi 21 août 2007

Les tribulations sarkoziennes en Afrique et l’histoire à l’école (Bernard Girard)

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Les tribulations sarkoziennes en Afrique


et l’histoire à l’école


Bernard GIRARD,

professeur d’Histoire-géographie à Laval


Il ne viendrait probablement pas à l’esprit d’un chef d’État africain d’évoquer dans un discours officiel «l’homme européen», «l’homme américain» ou «l’homme asiatique», un homme fantasmé, imaginaire, enfermant derrière une figure unique, dans un stéréotype, la diversité du genre humain.

[Commentaire] Certes, plusieurs passages du discours présidentiel sont marqués par une tendance à la généralisation, par un essentialisme voilant la réalité historique. Mais ce défaut n'est pas propre à "l'homme européen". Combien d'auteurs africains parlent-ils de "l'homme blanc"...? Les exemples seraient légion. Senghor l'a fait - de manière très positive. Mais le colonel Khadafi, au 8e sommet de l'Union africaine en février dernier, déclarait sans mesure : "Il fut un moment où l’homme blanc se croyant supérieur, nous a traités comme des animaux". Le site Africamaat, qui se revendique des ouvrages de Cheikh Anta Diop parle du "Démon blanc" à qui il faut faire la guerre parce qu'il est un "ennemi de l'Afrique"... (MR)

C’est pourtant à ce genre de généralisation abusive que s’est livré Sarkozy dans son discours de Dakar, poussant même la caricature et l’ignorance jusqu’à nier que ce fameux «homme africain» ait pu avoir une histoire : «Le drame de l’Afrique, pérore-t-il, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Jamais il ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» On se sait s’il faut avoir honte ou franchement rire de ces paroles pontifiantes qui révèlent, au-delà d’un formidable orgueil, une profonde méconnaissance de l’Afrique mais aussi, tout bonnement, de l’histoire.

Plusieurs écrivains africains lui ont répondu par une lettre ouverte (Libération, 10 août 2007), leçon d’histoire fort divertissante : «Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette leçon d’histoire que vous semblez fort mal connaître.» À la décharge de Sarkozy, on pourra toujours dire qu’il n’est sans doute pas le seul à fort mal connaître l’histoire de l’Afrique. Cette histoire d’un continent séparé de l’Europe par une petite quinzaine de kilomètres (la largeur du détroit de Gibraltar), reste superbement ignorée par les Français et tout spécialement par les programmes scolaires.

Les propos du Président révèlent l’inadaptation

de certains programmes scolaires français.

Alors que plusieurs millions de citoyens français ont leurs ancêtres proches en Afrique, alors que, sauf découverte contraire des paléontologues, l’Afrique reste le berceau de l’humanité et que, d’une certaine façon, nous sommes tous des Africains, l’Éducation nationale persiste à mépriser l’histoire de l’Afrique, comme si elle n’existait pas ou n’était pas digne d’intérêt. Constatation qui vaut également pour les autres parties du monde. À la rigueur — et c’est là une singulière limite — les élèves feront connaissance avec les civilisations étrangères lorsque l’Europe établit un contact avec elles mais c’est toujours l’Européen qui impose son regard : les Amérindiens n’apparaissent dans la conscience des élèves que lorsqu’ils sont «découverts» par Christophe Colomb, comme les Chinois sous la plume de Marco Polo. Il est vrai que le point de vue sur l’Afrique a commencé à s’ouvrir depuis quelques années : sous diverses influences et malgré bien des oppositions — cf. l’inénarrable amendement parlementaire sur les «effets positifs de la colonisation» — la colonisation et l’esclavage ne sont plus des sujets tabous.

[Commentaire] Qu'est-ce qu'un "tabou" ? C'est ce dont on ne doit pas parler par crainte ou par pudeur, c'est aussi un interdit à06d5_1 caractère religieux. Dans ce cas la colonisation et l'esclavage n'ont jamais été des sujets "tabous"... Deux exemples pour rétablir la vérité.
Le manuel Malet-Isaac de 1937, destiné à l'enseignement primaire supérieur, couvre l'histoire contemporaine de 1852 à 1914 sur 410 pages de texte serré. La leçon X s'intitule "la formation d'un nouvel empire colonial français" (p. 135 à 159). De nombreuses connaissances sont délivrées, centrées sur les différentes phases de la conquête. Évidemment, l'idéologie sous-jacente est celle de la bonne conscience coloniale : "Comme dans tous les empires coloniaux, la question indigène soulève de graves difficultés. Dans les colonies comme l'Afrique occidentale, les noirs à demi civilisés ont acepté facilement la domination française qui, malgré certains abus, s'est montrée généralement bienfaisante. Par contre, les peuples plus civilisés de l'Indochine et de l'Afrique du Nord se sont montrés plus réfractaires. On ne peut espérer se les concilier que par une politique d'éducation et de collaboration, en respectant leurs croyances et leurs traditions, en allégeant les charges qui pèsent sur eux, et en les faisant participer aux profits de l'oeuvre économique" (p. 147).
Autre exemple. Le manuel de l'éditeur Delagrave pour la classe de Première, en 1972, couvre l'histoire contemporaine, 1848-1914 ; il l'est l'oeuvre de J.-M. d'Hoop, maître-assistant à la faculté des Lettres et sciences humaines de Paris, et de R. Hubac, inspecteur général (445 pages de texte dense). Les chapitres "l'expansion européenne dans le monde", "l'empire colonial français" et "la colonisation européenne" vont de la page 329 à la page 383. On ne cache pas les conquêtes, ni la répression, ni la "pacification". Mais il est vrai que l'horizon reste "la diffusion de la civilisation européenne dans le monde" (p. 339), qui ne nie pas cependant les "résistances".
Pourquoi donc créer des légendes sur de prétendus "tabous", sinon pour apparaître soi-même comme un courageux pourfendeur de chimériques "interdits"...?
(MR)

On observera néanmoins qu’ils interviennent bien tardivement dans le cursus scolaire, présents surtout dans les programmes de lycée bien davantage que dans ceux de collège ou de l’école primaire. Faire découvrir l’Afrique lorsque les marchands d’esclaves ou les colons y mettent les pieds n’est d’ailleurs pas dénué d’une certaine ambiguïté dont il n’est par sûr que les écrivains auteurs de la lettre ouverte à Sarkozy, comme les historiens qui militent sur ces thèmes, arrivent à se départir totalement. Car d’une certaine manière, raconter l’histoire de l’Afrique à partir du Code noir ou des premières incursions portugaises au XVe siècle, apparaît étrangement réducteur pour un continent qui a connu l’homme de Toumaï et les Australopithèques. Est-ce à dire que les Africains ne pourraient décidément avoir d’autonomie, d’existence propre, en dehors de leur rencontre avec des peuples extérieurs ?

On peut se demander si cette fixation exclusive sur la période coloniale n’aboutit pas, d’une certaine manière, à conforter l’image sarkozienne et les clichés complaisamment véhiculés sur «l’homme africain [qui] n’est pas assez entré dans l’histoire». Parce qu’il ne serait pas entré dans le champ de vision des autres ? Les errements de l’enseignement de l’histoire à l’école n’expliquent évidemment pas tout et ne sont pas responsables à eux tout seuls des aberrations ou de l’inanité de la politique étrangère d’un pays. ­Disons simplement qu’ils y aident.

L’histoire à l’école reste encore trop exclusivement centrée sur l’histoire de France [contre-vérité aberrante pour qui connaît un peu les programmes scolaires : voir note ci-dessous], construction romancée et en grande partie imaginaire destinée, selon la formule qui avait cours il y a encore peu de temps, «à faire naître chez l’enfant une conscience nationale» (1). Comme s’il n’y avait rien de mieux à faire que de corseter labloch_etrange_defaite_l25 conscience enfantine dans le cadre étriqué de la nation. [Voilà bien une formule convenue... et assez ignorante  de la réalité historique de la nation française... L’historien Marc Bloch, fondateur des Annales, écrivait qu’en mai 1940, “sur les hommes qui en ont fait leur chant de ralliement, la Marseillaise n’avait pas cessé de souffler, d’une même haleine, le culte de la patrie et l’exécration des tyrans. (…) Je n’ai jamais cru qu’aimer sa patrie empêchât d’aimer ses enfants ; je n’aperçois point davantage que l’internationalisme de l’esprit ou de la classe soit irréconciliable avec le culte de la patrie ” (L’étrange défaite, examen de conscience d’un Français). MR] Cadre étriqué et pernicieux : on peut penser que les réflexes de méfiance, de xénophobie ou de racisme, profondément enracinés chez beaucoup de Français, trouvent au moins en partie leur source dans un récit historique, celui véhiculé par les programmes scolaires, qui ne montre l’étranger que sous l’angle du danger, lors des guerres et des invasions. Leur désintérêt marqué pour les enjeux internationaux, qui laisse la place libre aux discours farfelus des dirigeants — comme ­celui de Sarkozy à Dakar — ou les initiatives les plus extravagantes, par exemple la vente d’un réacteur nucléaire et de missiles à un dictateur connu pour sa complaisance envers le terrorisme, peut s’éclairer à la lueur de la profonde ignorance de l’histoire du monde dans laquelle ils sont éduqués.

Bernard Girard
Libération, page "Rebonds", lundi 20 août 2007
© Libération

(1) Suzanne Citron, le Mythe national (éditions Ouvrières, 1987).

note sur les programmes scolaires
Les programmes de collège couvrent toute la période du néolithique au 11 septembre 2001. En classe de 6e, seules deux pages concernent la Gaule. Les élèves apprennent l'histoire de l'Égypte ancienne, des Hébreux, de la Grèce et de la Rome anciennes. En classe de 5e, sont traitées les civilisations de Byzance, de l'Islam et de l'Occident chrétien, puis de la Renaissance. En 4e, la dimension européenne domine les leçons d'histoire, et en 3e on étudie les deux guerres mondiales et le monde jusqu'en 1989 et même jusqu'en 2001…
Au lycée, en classe de 2e, il n'y a que 3 chapitres sur 10 (…!) qui évoquent la France, et en 1ère, une partie du programme sur trois… Ne parlons pas de la Terminale.
Il y a belle lurette que le "centrage" sur l'histoire de France a été abandonné...

Michel Renard

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lundi 13 août 2007

en attendant la rentrée...

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quelques livres d'histoire coloniale

pour les vacances


(suspension estivale de la publication d'articles)



lefeuvre_repentance

- Pour en finir avec la repentance coloniale, Daniel Lefeuvre, Flammarion, septembre 2006.

Après celle de la guerre d'Algérie, une nouvelle génération d'anticolonialistes s'est levée, qui mène combat pour dénoncer le péché capital que nous devons tous expier : notre passé colonial, à nous Français. Battons notre coulpe, car la liste de nos crimes est longue Nous avons pressuré les colonies pour nourrir notre prospérité, les laissant exsangues à l'heure de leur indépendance ; nous avons fait venir les "indigènes" au lendemain des deux guerres mondiales pour reconstruire la France, quitte à les sommer de s'en aller quand nous n'avions plus besoin d'eux ; surtout, nous avons bâti cet empire colonial dans le sang et les larmes, puisque la colonisation a été rien moins qu'une entreprise de génocide : Jules Ferry, c'était, déjà, Hitler ! Contrevérités, billevesées, bricolage... voilà en quoi consiste le réquisitoire des Repentants, que l'auteur de ce livre, spécialiste de l'Algérie coloniale et professeur d'histoire à l'université Paris-8, a entrepris de démonter, à l'aide des bons vieux outils de l'historien - les sources, les chiffres, le contexte. Pas pour se faire le chantre de la colonisation, mais pour en finir avec la repentance, avant qu'elle transforme notre Histoire en un album bien commode à feuilleter, où s'affrontent les gentils et les méchants.

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- Dictionnaire de la colonisation française, dir. Claude Liauzu, Larousse, avril 2007.

Jamais la colonisation, un demi-siècle après les guerres d'Indochine et d'Algérie, jamais l'esclavage - 150 ans après l'abolition - n'ont été aussi présents dans la vie publique. Le temps des colonies apparaît comme un passé qui ne passe pas, l'enjeu de conflits de mémoires, sur fond de malaise de la mémoire officielle. Ce dictionnaire veut être pour un large public, loin de tout manichéisme, un ouvrage de référence en présentant des informations sûres, les débats et les points de vue représentatifs des études françaises et étrangères, les renouvellements des connaissances. Il étudie les aspects multiples de la situation coloniale qui a imprimé sa marque dans les domaines les plus divers. Comment comprendre notre monde sans donner toute sa place à ce phénomène majeur ?

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Marc_Michel_couv

- Les Africains et la Grande Guerre : l'appel à l'Afrique (1914-1918), Marc Michel, Karthala, 2003.

Pendant la Grande Guerre, 200 000 "Sénégalais" d'AOF ont servi la France, plus de 135 000 sont venus combattre en Europe,30 000 d'entre eux, soit un sur cinq, n'ont jamais revu les leurs... Dans le malheur de la guerre, ces sacrifiés ne le furent ni plus ni moins que leurs frères d'armes, les fantassins de la métropole. Néanmoins, leur sacrifice constitue encore aujourd'hui un élément très sensible des relations entre la France et l'Afrique. La "cristallisation" des pensions, autrement dit le gel de la dette contractée par la métropole, reste au coeur du contentieux. C'est l'histoire de cet engagement des Africains au service de la France que retrace d'abord ce livre.

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Tananarive (Madagascar), bibliothèque du Gouvernement général, 1930/1947
source : base Ulysse du Centre des Archives d'outre-mer

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- Les médecins français au Maroc, combats en urgence (1912-1956), Marie-Claire Micouleau-Sicault, L'Harmattan, 2000.

De 1912 à 1956 la présence française au Maroc a représenté pour de jeunes médecins qui commençaient leur carrière, l'accomplissement d'un destin qu'ils consacrèrent avec passion au soulagement des souffrances de populations décimées par les épidémies et la malnutrition infantile. Cette histoire est celle de l'aventure extraordinaire de ces jeunes équipes médicales qui ont su construire au Maroc un vrai réseau sanitaire, dans le respect de la culture et des traditions du pays.

Marie-Claire Micouleau-Sicault - Née à Rabat, professeur de Lettres classiques, fille du Dr G. Sicault, directeur de la santé publique au Maroc sous le Protectorat, j'ai été témoin de la création de la première politique de santé publique du tiers-monde.

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- Sétif, 1945 : histoire d'un massacre annoncé, Jean-Louis Planche, Perrin, 2006.

Le 8 mai 19445, deux faits mineurs survenus à Sétif et à Guelma déclenchent le plus grand massacre de l'histoire de la France contemporaine, en temps de paix : au moins 20 000 et probablement 30 000 Algériens sont tués par les Européens. Grâce au dépouillement des archives des ministères de l'Intérieur, de la Guerre et de Matignon, à de multiples entretiens avec des témoins, des acteurs et des journalistes, l'historien Jean-Louis Planche reconstitue le processus de cette "Grande Peur", survenue dans le département d'Algérie le moins politisé. Il montre, à l'origine, l'imbrication entre les conséquences immédiates de la guerre mondiale (notamment la présence américaine), les ravages du marché noir qui a déstructuré la société coloniale et une épuration politique manquée. Il explique comment on passe d'une psychose complotière à une peur de l'insurrection générale, puis à une répression aveugle. Il analyse le rôle des partis politiques prompts à instrumentaliser l'affaire, au moment où ils se déchirent pour le contrôle du pouvoir dans la France d'après guerre. Résultat : deux mois tragiques pour le Constantinois et une chape de plomb qui, soixante ans après, continue de peser sur les relations franco-algériennes et de hanter la mémoire nationale. Ce livre lève enfin le voile.

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- Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large, Jean-Pierre Renaud, éd. JPR, 2006. -  Courriel des éditions JPR : commande@editionsjpr.fr

Ancien élève de l'École nationale de la France d'Outre-Mer (ENFOM) et ancien haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, Jean-Pierre Renaud publie Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large. Dans cet ouvrage de 553 pages, l'auteur expose le rôle de la communication et des communications dans les conquêtes coloniales de la France entre 1870 et 1900 (Afrique, Tonkin, Madagascar en terminant par Fachoda). À chacune des étapes de la colonisation française, il souligne le rôle tantôt auxiliaire, tantôt prépondérant  des moyens de communications.


* Lyautey à propos de la deuxième affaire de Lang Son (1885) : "La moralité, c'est que le télégraphe est un engin dangereux et que le premier acte de tout général en chef qui opère à 3 000 lieues devrait être de couper le fil, aussi bien pour se libérer des harcelantes instructions de la métropole que pour se garantir contre ses propres entraînements."

cité par Jean-Pierre Renaud, op. cit., p. 531

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- Les colonies dans la Grande Guerre. Combats et épreuves des peuples d'outre-mer, Jacques Frémeaux,  éd. Napoléon 1er, 2006.

Entre 1914 et 1918, la nation, plongée dans la Première Guerre mondiale, n'a guère mesuré l'ampleur des efforts et des sacrifices de ce qui était alors son empire colonial. De nos jours encore, ces efforts et ces sacrifices sont largement méconnus. Jacques Frémeaux entend ici remédier à cette
ignorance. Dans les histoires générales de la France contemporaine, l'empire colonial n'occupe le plus souvent qu'une place limitée, circonscrite à quelques paragraphes, au mieux à un chapitre unique. C'est sans doute une preuve des faibles rapports que la masse des Français ont entretenus avec l'épisode colonial. Lorsque la question bénéficie de plus longs développements, c'est, le plus souvent, à l'occasion de débats sur l'immigration en France ou sur le devenir des anciennes colonies, trop actuels pour ne pas biaiser les faits. Il n'est question ni de bâtir une légende dorée, ni de nourrir des rancœurs, mais d'aider, si possible, les descendants des combattants et des travailleurs de toutes origines, à mieux connaître les éléments communs de leur histoire, et, par-delà les clichés et les caricatures, à mieux se comprendre.

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1796

- Les Instituts coloniaux et l'Afrique, 1893-1940. Ambitions nationales, réussites locales, Laurent Morando, Karthala, mai 2007.

De nombreux ouvrages et travaux historiques sont parus en France et à l'étranger depuis plus de trente ans concernant l'idée coloniale en France. Ils concernent presque exclusivement les institutions parisiennes du "parti colonial" : groupes coloniaux de la Chambre des députés et du Sénat, différents comités, Union coloniale et associations de moindre importance. Parallèlement à ces associations parisiennes, des Instituts coloniaux sont créés en province à Marseille (1893). Bordeaux (1901), Nancy (1902), Nice (1927), le Havre (1929) et Montpellier (1931). Les Chambres de commerce de Lyon et Nantes créent en 1899 et en 1902 des enseignements coloniaux supérieurs. L'Institut colonial français fondé en 1920 est la seule création parisienne. Ces Instituts coloniaux n'ont fait l'objet que d'études ponctuelles ou partielles. A part l'Institut colonial français, ces associations locales, créées le plus souvent par leurs chambres de commerce respectives, ont été au service des intérêts commerciaux et industriels métropolitains en relation avec l'outre-mer. Leur objectif fut de développer la propagande en faveur de l'Empire colonial français et de favoriser sa mise en valeur rationnelle. Ces institutions, très inégales par leurs moyens, leurs structures et leurs rayonnements, ont été des centres de documentation administrative et économique, de propagande, de recherches scientifiques et techniques, ainsi que de réflexion sur les doctrines de la mise en valeur économique de l'Empire colonial français. Leur vocation, essentiellement pratique, a été à la fois universitaire, commerciale et industrielle. Quelles ont été les continuités, les évolutions et les ruptures qui ont jalonné le parcours des Instituts coloniaux ? Quelle hiérarchie peut-on établir concernant leurs moyens, leurs structures, leurs spécialisations et la puissance de leur rayonnement ? Sont-ils parvenus à susciter l'adhésion d'une majorité de Français à l'idée coloniale ? Les ont-ils fait accéder à une véritable "conscience impériale" ? Ont-ils été capables d'orienter ou même de définir des choix nationaux favorables à l'impérialisme colonial ?

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Bonnes vacances...


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