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L'œuvre coloniale

de la Troisième République

Ernest LAVISSE


L'œuvre coloniale. – En 1870, la France n'avait qu'une colonie importante, l'Algérie. La Troisième République lui a donné un empire colonial, le second du monde par l'étendue et la population. Elle a ainsi montré que la France s'était relevée des désastres de 1870 et restait une grande nation.

En Asie, Jules Ferry, malgré de violentes critiques, a assuré, au prix d'une guerre avec la Chine, la soumission (1885) de l'Annam et du Tonkin qui, avec la Cochinchine et le Cambodge acquis sous Napoléon III, forment l'Indochine française.

En Afrique, les Français, après avoir colonisé l'Algérie, ont établi leur protectorat sur la Tunisie en 1881 et sur le Maroc en 1912. Ils exercent ainsi leur influence sur toute l'Afrique du Nord. Celle-ci, voisine de la France et habitée par beaucoup de Français, est la plus précieuse de nos colonies.

La France possédait depuis longtemps le Sénégal. Elle a peu à peu occupé et civilisé, de 1879 à 1898, l'immense région tropicale du Soudan qui forme aujourd'hui l'Afrique occidentale française, et les pays situés au nord du Congo, ou Afrique équatoriale française. Entre ces régions et l'Afrique du Nord s'étend le désert du Sahara qui a aussi été occupé par les Français.

Dans l'océan Indien, a été conquise, en 1895, l'île de Madagascar.

L'empire colonial de la France est vingt fois plus vaste qu'elle et compte soixante millions d'habitants. Les Français sont en train de le transformer complètement.

Ils ont partout établi l'ordre et la paix. Ils ont mis fin aux guerres entre tribus dans l'Afrique du Nord, au trafic des marchands d'esclaves dans l'Afrique occidentale et aux brigandages des pirates en Indochine.

Ils ont construit des routes, des chemins de fer et des ports, grâce auxquels le commerce s'est fortement développé, ce qui enrichit à la fois la France et ses colonies. Ils ont aussi créé des hôpitaux et des écoles. Les indigènes, Blancs de l'Afrique du Nord, Noirs de l'Afrique occidentale et de l'Afrique équatoriale, Jaunes de l'Indochine bénéficient ainsi peu à peu, grâce à la France, des bienfaits de la civilisation européenne.

Ernest Lavisse, Histoire de France, manuel de Certificat d'études,
Armand Colin, 1942, p. 318-321.


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Ernest Lavisse, Histoire de France, 1942, carte p. 320.

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une critique de Lavisse, par Pierre Nora

- (...) En revanche, Lavisse montrera toujours comment la République, présumée coupable de division, est capable de réussir là même où la monarchie a failli. Ainsi du domaine colonial que Louis XV a dilapidé et que la République a dilaté :

"Nos explorateurs et colonisateurs pénètrent profondément en Afrique. Nous remontons d'abord le fleuve Sénégal... Nous nous emparons du Soudan [actuel Mali]... Nous établirons ensuite la liaison entre le Soudan et l'Afrique du Nord. Nous nous installerons successivement en Guinée, en Côté d'Ivoire et au Dahomey... Nos explorateurs, nos soldats et nos administrateurs ont été les artisans souvent inconnus de cette œuvre admirable."

Ne s'agit-il pas, par la répétition exceptionnelle de cette première personne du pluriel, qui sonne comme un "nous" de majesté, de montrer que la République peut battre la monarchie sur le plan même de l'unité ?
Montrer que la monarchie ne détient pas le monopole de l'unité nationale ne suffit cependant pas. Au nom de la liberté, la Révolution a provoqué le divorce des valeurs morales et politiques. Il faut les réconcilier, donner à la liberté un contenu positif, fonder une nouvelle légitimité.

Pierre Nora, "Lavisse, instituteur national", in Les lieux de mémoire, 1
(1984), éd. "Quarto" Gallimard, 1997, p. 264.


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Frédéric Regamay, Les délégués des colonies et Jules Ferry
en novembre 1892
(musée d'Orsay)


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