vendredi 29 décembre 2006

le "parti colonial" - Réseaux politiques et milieux d’affaires : les cas d’Eugène Étienne et d’Auguste d’Arenberg

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le "parti colonial"

Réseaux politiques et milieux d’affaires :

les cas d’Eugène Étienne et

d’Auguste d’Arenberg

Julie d’ANDURAIN


Lors de sa naissance, le «parti colonial» est essentiellement incarné par deux personnages : Eugène Étienne (1844-1921) et Auguste d’Arenberg (1837-1924). Ils ont été deux des membres fondateurs du Comité de l’Afrique française en 1890, qui trouve deux ans plus tard une expression politique à l’Assemblée nationale sous la forme d’un groupe appelé abusivement «le parti colonial». Au-delà de ces deux personnages finalement peu connus (1), la fondation de ce groupe colonial et de ses multiples extensions pose encore problème. Ce groupe poursuivait-il un but nationaliste ou économique ? Les liens entre le monde politique et les milieux économiques étaient-ils réels ou fantasmés ?

La première question, posée il y a près de quarante ans, avait trouvé une réponse jusqu’à ce que des ouvrages plus récents la remettent au moins partiellement en cause. Deux thèses se distinguent : celle défendue par Henri Brunschwig (2), Charles-Robert Ageron (3) et les historiens anglo-américains, A.S. Kanya-Forstner et Christopher Andrew (4), qui insiste sur un projet strictement impérialiste mu par un souci de prestige national, et la thèse plus récente de L. Abrams et D.J. Miller (5), reprise en partie par Marc Lagana (6), qui placent les questions économiques au cœur du projet du «parti colonial». Mais les dernières thèses confondent trop souvent le groupe colonial avec un ensemble des structures apolitiques dont les visées sont essentiellement économiques.

Il est donc nécessaire de faire la différence entre le réseau strictement politique (le «parti colonial» de l’Assemblée nationale et du Sénat) et ceux, multiples, qui ont une vocation économique. Il est nécessaire également de rappeler que le «parti» colonial ne fut pas un parti au sens strict du terme, mais une association de députés puis de sénateurs de groupes divers ayant pour but de développer l’expansion coloniale. Le terme parti colonial étant impropre, l’expression groupe de pression ou lobby colonial serait plus appropriée. Quant aux comités coloniaux, leur but est à la fois de servir d’instruments d’information et de propagande.

Notre chapitre est donc moins une histoire du «parti colonial» ou de ses fondateurs qu’une tentative pour comprendre la genèse du groupe colonial à travers deux de ses personnages emblématiques. On se concentrera ici sur la période 1890-1902 au cours de laquelle se met en place ce qu’il conviendrait d’appeler le «premier parti colonial». 1890 est le point de départ de leur association à travers le Comité de l’Afrique française ; 1902 est la date où le prince d’Arenberg quitte l’Assemblée nationale. On verra que, si tout oppose Eugène Étienne et Auguste d’Arenberg à l’origine, ils se rejoignent pourtant en 1890 afin d’accomplir un grand dessein. Il s’agit de tourner le dos à la période de recueillement qui avait suivi la défaite de 1870 et de conquérir l’Afrique. Leur projet, très nettement impérialiste, se concrétise d’abord dans le Comité de l’Afrique française puis dans le groupe colonial de la Chambre des députés. Au tournant du siècle cependant, l’argumentation politique cède le pas. Le raisonnement économique apparaît plus souvent dans les discours. Il s’agit pourtant de comprendre s’il résulte une réelle volonté de développement ou s’il est utilisé comme un argument de propagande.


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Couverture du cahier scolaire par G. Daschner, vers 1900


1. Le poids des héritages

Le prince Auguste d’Arenberg est un héritier tandis qu’Eugène Étienne est un «homme nouveau» ; l’un est royaliste et fervent catholique, l’autre républicain. Ils vont cependant devenir des alliés et créer ainsi l’un des groupes les plus originaux et les plus puissants à la Chambre des députés sous la Troisième République.

A. Deux hommes, deux parcours : un fort contraste social

Né le 15 septembre 1837, le prince Auguste Louis Albéric d’Arenberg (7)  [photo : le prince d'Arenberg en 1858 - source] appartient  à la branche française 018_2de la famille ducale de ce nom. Il est le fils de Pierre d’Arenberg (1790-1877) qui était devenu duc et pair de France après s’être rallié à Charles X (1827). Par sa mère, Alix-Marie Charlotte de Talleyrand-Périgord, la filiation est tout aussi prestigieuse. Auguste d’Arenberg est donc un héritier ; une vie oisive et sportive l’attend.

Eugène Napoléon Étienne naît quant à lui le 15 décembre 1844 dans un milieu militaire. Fils d’un officier sorti du rang et d’une mère originaire de Corse, son univers d’enfant est celui des garnisons d’Afrique du Nord, en particulier celle de Tlemcen au sud-ouest d’Oran. «C’est au milieu de ce cliquetis d’armes, dans ce bruit de fanfare et de cuivres, devant ce déploiement de fanions, d’étendards et de drapeaux, dans cette atmosphère permanente de parades militaires qu’Eugène Étienne fixa ses premières impressions» (8). Ses parents ne sont pas riches, mais dans les dernières années de sa vie, le père d’Eugène Étienne opère de très bons placements. Il acquiert des immeubles à Tlemcen à un moment où la pression immobilière n’estetienne pas forte. Rapidement, il fait figure de grand propriétaire foncier. C’est ensuite le développement économique, de l’Algérie en général et de Tlemcen en particulier, qui assure à sa veuve l’assurance d’une rente intéressante. Avec une aisance financière nouvelle, les ambitions familiales se développent aussi. Mme Étienne décide d’envoyer ses deux fils, Eugène et Théodore, d’abord au lycée Napoléon d’Alger (de 1856 à 1858) puis à Marseille pour y entrer dans les classes préparatoires aux grandes écoles de l’État. Étienne rêve de Saint-Cyr, un rêve partagé sans doute par sa famille. Cependant, en 1863, à Marseille, sa vie prend une autre tournure. S’éprenant d’une jeune fille, il accepte de renoncer à Saint-Cyr (son futur beau-père ne veut pas d’un second gendre militaire (9)) pour épouser sa belle. Le jeune Étienne est alors introduit dans les milieux économiques marseillais.

B. Enracinement paysan et enracinement méditerranéen

Pour Auguste d’Arenberg, le parcours est nécessairement différent. Issu d’une famille de grands notables, l’affirmation de la République ne peut pas lui faciliter l’entrée en politique. Faute de pouvoir choisir un appui politique établi à l’Assemblée, le prince d’Arenberg s’assure avant tout d’une base locale. En possession d’une grande propriété dans le Cher – le château de Menetou-Salon –, d’Arenberg est un jeune homme sportif, ancien officier des mobilisés du Cher en 1870.  Comme les autres grandes familles du Cher, les Vogüé ou les Greffulhes, d’Arenberg utilise son ancrage dans un terroir régional pour asseoir sa popularité. Après la guerre franco-prussienne, il se tourne vers la représentation politique en commençant par se faire élire dans son fief, conseiller général du canton de Saint-Martin d’Auxigny. Mais c’est un canton rural, loin de tous les circuits économiques du pays. Cela ne peut pas le satisfaire très longtemps.

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château de Menetou-Salon (Berry, France)

Il a quarante ans lorsqu’il devient député. Candidat conservateur du maréchal de Mac-Mahon, il est élu le 14 octobre 1877 dans la 1re circonscription face au député sortant, M. Dévoucoux, président de la gauche républicaine. Pour obtenir l’élection, il a abandonné l’étiquette monarchiste qui l’aurait sans aucun doute empêché d’être élu, mais siégeant à droite, le prince d’Arenberg vota constamment avec les monarchistes. Au renouvellement de 1881, d’Arenberg est candidat dans la même circonscription, mais échoue devant M. Chéneau, conseiller général, maire de Brécy (Cher) candidat républicain opportuniste et patronné par Henri Brisson. Il reste alors conseiller général de Saint-Martin d’Auxigny et attend les élections d’octobre 1885 pour pouvoir se représenter comme candidat des conservateurs du Cher. C’est encore la liste opportuniste restée seule face à la liste monarchiste qui passe finalement au second tour. La carrière parlementaire de D’Arenberg ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Son élection n’est pas assurée autant qu’il le souhaiterait. Il est donc difficile dans ces conditions de considérer le Prince d’Arenberg comme un homme politique de premier plan. Il conserve cependant une fortune, un nom prestigieux et une signature qu’il sait faire fructifier plus tard.

Son séjour à Marseille fait d’Eugène Étienne un spécialiste des questions maritimes. Durant sa jeunesse, la relation qu’il entretient avec Oran reste ténue. En 1864, il fait ses armes dans le commerce maritime avec 200px_Rouvierplus ou moins de succès après y avoir rencontré Maurice Rouvier (10) [photo]. Après avoir travaillé deux ans dans la firme Zafiropoulo & Zarifi, Étienne décide de la quitter afin de créer sa propre société. Mais celle-ci ne semble pas apporter les dividendes escomptés. À partir de là, les renseignements sur ses occupations professionnelles ou commerciales restent assez flous. En revanche, sa proximité avec Maurice Rouvier lui permet d’approcher Gambetta en 1868. C’est le début d’une longue et profonde collaboration qui amènera Gambetta à prendre Étienne sous son aile et à le propulser député d’Oran, utilisant ainsi le lieu de naissance de son collaborateur comme un argument de campagne dans la plus pure tradition opportuniste.

C. L’insertion dans le gambettisme

C’est Gambetta (11) [photo] qui a initié le projet d’expansion coloniale : il s’agissait pour lui  «de ne pas tourner enLeon_Gambetta_ rond» et de ne plus parler des provinces perdues après 1871. Conçu, à partir de 1878, comme un projet global de politique européenne, l’expansion coloniale est avant tout un dérivatif. Gambetta y voit un moyen de regagner en prestige ce que la France a perdu avec l’Alsace et la Lorraine. Pendant son «grand ministère» (novembre 1881-janvier 1882), il prend d’importantes mesures concernant l’outre-mer. Le service des Colonies est dissocié de la Marine pour être rattaché au ministère du Commerce, détenu alors par Rouvier (12).

Étienne s’initie à la politique à partir de 1867 quand il fait le choix de soutenir la candidature de Gambetta à Marseille ; il a Rouvier pour parrain. Lors de sa  première rencontre avec Gambetta en 1868, Étienne tombe sous le charme de celui qui «n’était pas comme tant d’autres que la politique attire, dominé par des impatiences personnelles» (13). Il se propose l’année suivante de l’aider à faire sa campagne à Marseille. Rouvier et Étienne, désormais propagandistes attitrés de Gambetta, s’appuient sur le journal Le Peuple dirigé par Gustave Naquet. La campagne du journal est énergique et assure à Étienne l’amitié de Gambetta (14). Le 6 juin 1869, Gambetta remporte une victoire écrasante pour le parti républicain face au candidat officiel, Ferdinand de Lesseps. Après le 4 septembre 1870, Gambetta rallie à lui des jeunes talents et les aide à entrer à la Chambre des députés. Lors des législatives de juillet 1871, Gambetta est réélu triomphalement tandis que Rouvier entre pour la première fois au Palais-Bourbon. Étienne reste à Marseille en tant que «correspondant permanent» du parti républicain.

Durant les dix années suivantes, Étienne toujours dans le sillage de Rouvier et Gambetta attend son heure, apprenant à poser des jalons pour se faire élire à l’Assemblée nationale. À partir de 1875, il devient successivement le secrétaire personnel de Gambetta, puis intègre la franc-maçonnerie en 1876 et enfin est nommé en 1878 agent commercial du réseau  de chemin de fer national par l’entremise de Gambetta. En janvier 1881, il est appelé au conseil d’administration du réseau ferré de l’État.

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Enfin sur les conseils de Gambetta toujours, il se présente à l’élection d’un des deux sièges parlementaires d’Oran sous l’étiquette Union républicaine. Candidat officiel de Gambetta, il est soutenu localement par le républicain Jean Bézy, directeur du Petit Fanal et le président du Consistoire israélite Kanoui. Son manifeste électoral est publié dans le journal algérien L’Écho d’Oran le 11 août 1881 :   
    - «De nombreux amis m’ont fait l’honneur de m’encourager à poser ma candidature dans ce pays où je suis né et dont  j’ai toujours pris la défense, chaque fois que l’occasion s’en est présentée […]. Si mon dévouement au parti républicain et mon désir d’être utile à notre belle colonie vous paraissent constituer des titres suffisants à votre confiance, je serais heureux et fier de défendre, comme député, nos intérêts politiques et commerciaux» (15). Le choix d’Oran est lui-même un choix opportuniste. Certes, Étienne n’y est pas retourné depuis sa naissance bien qu’il conserve des attaches familiales avec l’Algérie ; mais la décision de Gambetta de demander à Étienne de se présenter dans sa province natale est judicieuse. Il est élu député de la 1ère circonscription d’Oran le 21 août 1881. Il a trente-sept ans. Son mandat législatif lui sera renouvelé pendant plus de quarante ans, le plus souvent sans que personne ne lui soit opposé. Le début du parcours politique d’Étienne, parcours rapide s’il en est, tient pour beaucoup aux profonds changements que la France connaît entre 1870 et 1880. Les Français deviennent républicains. Ce sont donc des «hommes nouveaux», et souvent assez jeunes, qui arrivent au pouvoir. Rouvier et Étienne en sont quelques exemples.


C. Les effets du Ralliement

Battu avec la liste monarchiste du Cher aux élections du 4 octobre 1885 dans une très forte proportion (la liste n’avait réuni que 37 778 voix sur 82 639 votants), le prince d’Arenberg ne peut guère compter être réélu à moins de changer lui-même de camp politique. S’il admire Gambetta pour son projet colonial, il ne peut pas moralement accepter un homme et un gouvernement qui combat les catholiques. C’est finalement l’évolution du pape Léon XIII (1878-1903) [illustration] qui va permettre à d’Arenberg de se reconnaître complètementleon_xiii comme gambettiste. Dès le début de son pontificat, Léon XIII, conscient que la France a besoin d’un «gouvernement solide quel qu’il fût» décide de donner une nouvelle orientation à la politique vaticane. Il multiplie donc les efforts pour amener une détente avec le gouvernement républicain, teste habilement les réactions des uns et des autres lors du toast d’Alger en novembre 1890 (16), échange une correspondance avec le président Jules Grévy en 1883. En 1884, l’encyclique Nobilissima Gallorum Gens recommande au clergé et aux fidèles français d’éviter toute attitude d’opposition systématique à l’égard de la République tout en maintenant avec énergie les droits de l’Église. Pour les royalistes, la cause est entendue. Paraphrasant le pape, Lyautey écrit à son ami Antoine de Margerie : «Puisque la cause royaliste paraît perdue en France pour longtemps, il faut que les hommes vraiment religieux ne s’y attachent pas et cherchent le bien en dehors» (17). La politique de ralliement donne une nouvelle chance en politique au prince d’Arenberg. Toujours monarchiste mais «rallié», il se fait élire au premier tour de scrutin le 22 septembre 1889 par 9 790 voix contre 8 439 à Eugène Buisson candidat républicain.


 

2. La rencontre des fondateurs du parti colonial

Les parcours des deux hommes finissent par converger au tournant des années 1890.

A. «L’opportuniste et le rallié»
   
«Plus soucieux de résultats pratiques qu’esclave d’une doctrine, il s’appliquait pour chaque nouveau problème à séparer ce qui pouvait être accompli de l’irréalisable. Ce programme, raillé volontiers, quitte à s’en inspirer, était désigné sous le vocable ’’d’opportunisme’’» (18) : pragmatique en toute chose, convaincu que l’action permet de tout envisager, Étienne s’arrête devant peu d’obstacles. Sa principale qualité  est d’avoir de l’entregent. Mais il est également capable et très actif. À l’Assemblée, il se spécialise sur les questions des chemins de fer, puis sur celle du budget. On lui confie le rapport général du budget de l’Algérie. Il en retire un crédit tel qu’il est d’abord nommé secrétaire de la Chambre puis élu. Étienne aborde les questions coloniales mais aussi vers les questions de développement lorsqu’elles touchent celle du chemin de fer. En témoignent ses rapports à l’Assemblée nationale dans les années 1880 (rapport sur le chemin de fer en 1882, rapport général du budget de l’Algérie en 1883 puis en 1885, rapport sur le barrage de l’oued Fergoug en 1884, rapport sur le remboursement de l’exercice 1884). L’échec de Ferry interfère peu dans la réélection d’Étienne à Oran. On a beau lui reprocher publiquement son adhésion à l’expansion coloniale, il est triomphalement réélu aux législatives de décembre 1885 par 10 566 voix sur 11 915 votants (19). Il est alors difficile alors de ne pas percevoir cette réélection comme un encouragement. Étienne ne cesse dès lors d’élargir le prisme, s’intéressant à la colonisation de l’Afrique, puis à celle de l’Indochine.


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(source)

En juin 1887, il entre au gouvernement de son ami Rouvier comme sous-secrétaire d’État à la Marine et aux Colonies. Il ne conserve pas ce poste longtemps, le gouvernement étant renversé en décembre. Ce premier poste est déterminant. Il y élabore en effet une pensée cohérente établissant un lien entre sa vision gambettiste, son mandat de député oranais et son passé d’inspecteur des chemins de fer : celle d’un ensemble géographique reliant le Soudan français et l’Afrique du Nord (20). Il ne lui reste qu’à la mettre en œuvre. Il y consacre le reste de sa vie avec une fougue et une passion sans faille. Il inaugure également une tactique : véritable intercesseur entre les explorateurs et la Chambre, il devient le protecteur discret mais fidèle, de très nombreux officiers coloniaux. Après avoir contribué au développement de la carrière de certains «soudanais» (21), Étienne se tourne vers une fraction plus progressiste d’officiers, ceux qui «montrent leur force pour ne pas avoir à s’en servir» (22). Opportuniste jusqu’au bout, il veut surtout réaliser son rêve d’empire africain et le projet des «Soudanais» reste trop incertain tant ils ont pris l’habitude de ne pas tenir compte de Paris. Étienne veut des officiers obéissants, respectueux des règles dictées par Paris, même si à certaines occasions, il prend lui-même des libertés avec les règlements parlementaires.

La politique de ralliement donne une nouvelle chance en politique au prince d’Arenberg. Il adopte une vision gambettiste en prônant la fin de la période de recueillement et l’ouverture vers la colonisation. Ses interventions à la Chambre indiquent clairement son attirance pour les questions coloniales, l’Afrique en particulier. En 1891, il y intervient sur des questions diverses : l’Afrique, la liberté de navigation sur le Niger ou sur l’arrangement conclu avec le roi du Dahomey, Glé-Glé. En 1892, il s’insurge contre l’agression de missionnaires en Ouganda, puis en 1893 il s’exprime sur la question des indemnités dues par le gouvernement anglais à des Français établis en Ouganda. En tant que député, d’Arenberg peut ainsi exprimer ce qui caractérise bon nombre des fondateurs du parti colonial : à la fois un souci du prestige de la France, le refus de la politique du recueillement qui avait suivi la défaite de 1871 et enfin une profonde anglophobie qui prend corps au moment de la «course au clocher».

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Le Petit Journal Illustré, 3 septembre 1905

Cependant, la politique de prestige n’est pas tout ; en fait, au-delà d’Étienne et d’Arenberg eux-mêmes, il existe au cours de la seconde moitié du XIXe siècle tout un ensemble d’idées ou de réseaux que l’on retrouve ensuite au sein du lobby colonial. Le poids de ces précédents est important à noter car il infirme l’idée que le groupe colonial ne soit qu’un instrument économique. Outre les préoccupations gambettistes, d’autres motivations existaient.

B. Utopies et réseaux

Les innovations et les utopies du XIXe siècle forment un ensemble de lignes de forces qui structurent la pensée de bon nombre de membres du lobby colonial. Certaines sont fondamentales, au sens premier du terme. Les sociétés de géographie ont été déterminantes dans la découverte des territoires africains et asiatiques. On ne saurait comprendre la passion d’Arenberg pour l’Afrique sans tenir compte de la société de géographie du Cher ; née en 1875, cette société de géographie provinciale est la troisième créée en France (23). Comme la plupart des sociétés de géographie de province, elle est constituée par des passionnés (24). Il n’y a guère l’idée de créer un groupe de pression. Ces «cercles d’affinité» permettent néanmoins de créer des lieux de sociabilité.

Le réseau constitué par d’Arenberg est tout naturellement structuré autour d’un groupe familial. Par son mariage, Auguste d’Arenberg est associé aux Greffulhe, mais il est également proche des Vogüé (25). Ces derniers sont en effet installés depuis 1842 au château de la Verrerie à quelques kilomètres de Menetou-Salon et deviennent d’ailleurs des intimes (26). Ces familles ont toutes en commun des origines nobles et un souci de continuer à exister dans un monde nouveau. Ils investissent le monde de la diplomatie, de l’écriture et les couloirs de l’Assemblée nationale. Au sein de la Société de géographie du Cher, ils rêvent ensemble à un autre monde, l’Afrique, au point de devenir les fondateurs du Comité de l’Afrique française.

La franc-maçonnerie conserve à la fin du XIXe un rôle politique, sinon intellectuel, important. Autant on ne peut soupçonner d’Arenberg, récemment «rallié» d’être un franc-maçon, autant cela ne fait pas de doutes pour Étienne ; il entre en franc-maçonnerie comme on entre en religion, mais aussi sans doute par pur pragmatisme et opportunisme politique en 1876 c’est-à-dire juste après avoir été le secrétaire particulier de Gambetta. Le 7 novembre 1876, il se trouve dans la loge «Le Phare de la Renaissance» ; le 28 mars 1881, il devient «compagnon» et «maître» et intègre la loge parisienne «Union et Persévérance». En 1899, il change encore tout en restant parisien. Enfin, en 1902, Étienne s’introduit dans la loge «Union de Tlemcen» en Algérie où il reste jusqu’à sa mort (27). Que lui apporte la franc-maçonnerie alors ? C’est avant tout un lieu de réflexion mais aussi un réseau d’influence puissant dans lequel d’autres questionnements peuvent surgir. Parmi celles-ci : le saint-simonisme.

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Née vers 1825, cette utopie prophétisait la venue d’un âge d’or grâce à la technique industrielle. Opérant une synthèse des deux idéologies du XIXe siècle – libéralisme et socialisme - le saint-simonisme pensait pouvoir améliorer la condition ouvrière. Rien ne permet d’assurer que les deux fondateurs du groupe colonial aient partagé ce rêve. Mais le monde du rail  était imprégné de l’esprit saint-simonien. Le premier chemin de fer français avait été construit et financé par des disciples de Saint-Simon. Le réseau Paris-Lyon-Méditerranée en portait l’empreinte. Étienne, en tant qu’administrateur des chemins de fer, n’y fut probablement pas insensible. Il fut émerveillé surtout des possibilités de développement qu’on lui prêtait alors. Quant à d’Arenberg, depuis son voyage en Égypte en 1863, il est fasciné par l’exploit de Lesseps (28) ; outre l’intérêt des Vogüé pour l’Orient, le prince d’Arenberg avait lui aussi une raison de s’y intéresser, durablement (29)

Enfin, la découverte de territoires nouveaux porte indéniablement au rêve et à l’aventure, fut-elle réalisée par d’autres. D’Arenberg, fils d’un pair de France, a reçu en héritage la conviction qu’il fallait être patriote ; donner son sang ou son argent pour la gloire de la France allait de soi. Quant à Étienne, il conserve le souvenir d’un rêve inassouvi : celui d’entrer à Saint-Cyr, et il compense, sa vie durant, par des relations suivies et régulières avec les officiers supérieurs (30).

La reconnaissance d’Etienne comme le «chef des coloniaux» tient pour une grande part à la sollicitude dont il entoura les officiers (31) ; le général Gouraud par exemple écrit le 5 mai 1911 : «Monsieur Terrier m’écrit que c’est vous qui avez fait décider la nomination du général Lyautey. J’en étais sûr mais cela m’a fait plaisir de  le lire !» Puis, à nouveau, le 9 novembre 1911 : «Comment vous remercier de votre bienveillante intervention auprès du ministre de la Guerre. Jusqu’au bout vous aurez donc conduit ma carrière» (32). Étienne ne s’intéresse pas seulement à quelques individus jugés prometteurs. Il adopte très vite une réelle attitude de soutien aux militaires comme le montre, entre autres, ce projet de création d’une loterie en faveur de la Société de secours aux militaires coloniaux en mars 1902. La genèse du parti colonial s’inscrit donc au cœur d’un faisceau d’arguments qui ne mettent pas nécessairement en avant les questions économiques. C’est une question de géographie africaine, celle de la «perpendiculaire», qui est déterminante dans l’évolution des deux hommes.

C. La naissance du Comité de l’Afrique française

À l’origine, c’est l’Afrique qui intéressa les milieux coloniaux car politiquement elle représentait un enjeu entre les nations européennes. Le «scramble for Africa» (33) consista en une course géographique de reconnaissance de frontières. Le Comité de l’Afrique française naît le 24 novembre 1890 à Paris sous les auspices discrets d’Étienne avec les «subsides de quelques grands seigneurs, comme le prince d’Arenberg ou le vicomte Melchior de Vogüé» (34). Il compte alors 29 membres dont 10 parlementaires, 7 officiers, 5 professeurs, écrivains ou savants (35). Le président est le prince d’Arenberg jusqu’en 1912, Eugène Melchior de Vogüé le vice-président.

La fondation de ce Comité est une réponse au partage de l’Afrique orientale entre les Anglais et les Allemands (accord du 1er juillet 1890). Dans l’esprit de ses fondateurs, il s’agit de ne pas se laisser distancer par les autres Européens et de se créer un empire colonial susceptible de rivaliser avec les conquêtes allemandes et britanniques. Mais il est aussi une réaction, voire une protestation des milieux coloniaux français au traité franco-britannique du 4 août 1890 qui avait réglé le différend franco-anglais sur le Niger (36). Pour bon nombre de coloniaux, le lac Tchad devait être un lac français, et cet avis était partagé par des explorateurs et le sous-secrétaire d’État aux colonies, Étienne (37). «Eugène Étienne parla à la Chambre le 10 mai 1890, pour définir la frontière de l’Afrique française. Il proposa d’abaisser une perpendiculaire qui, partant de la limite de la Tunisie, passant par le Tchad, vienne aboutir au Congo» (38).

Ses préoccupations trouvent écho dans la société civile avec Hyppolite Percher et Paul Crampel [photo ci-dessous]. Percher (1857-1895) était journaliste au Journal des Débats et publiciste pour l’agence Dalziel. Sa rencontre avec Crampel, dont il devient l’ami, le transforme en ardent défenseur du mouvement colonial ; celui-ci (1864-1891) avait été le secrétaire puis l’élève de Savorgnan de Brazza ; il s’était fait connaître par des crampelexplorations chez les Pahouins ou les Mfangs du Nord-Congo. Vers 1890, il se prend à rêver d’une Afrique française, allant de la Méditerranée au Golfe de Guinée en passant par le lac Tchad, la difficulté étant de rallier le lac encore mystérieux : le «plan Crampel» enthousiasme Étienne car il rejoint ses propres rêves, et la mission est mise sur pied sous l’égide de ce dernier.

«Lorsque Percher apprit l’existence du traité anglo-allemand du 1er juillet 1890, il redouta que Crampel ne fût devancé pas des missions anglaises ou allemandes. Il proposa à Étienne le 10 juillet, d’envoyer une deuxième mission au Tchad et ajouta : "Ne pourrait-on créer en France un comité absolument désintéressé qui, par souscription, organiserait des expéditions semblables dont la France bénéficierait ?" Étienne l’encouragea dans cette voie. D’Arenberg, sollicité par Percher, accepta "dans la limite de ses forces" de se consacrer à cette tâche et de présider un "comité d’études" des questions africaines. Percher avait réussi : il venait d’inventer ce qui devient quelques mois plus tard le Comité de l’Afrique française, dont d’Arenberg assura que Percher fut aussi en tant que secrétaire général "le véritable organisateur"» (39).

En attendant, pour soutenir le plan Crampel, Étienne envoie en Afrique l’explorateur Louis-Parfait Monteilmarche1_illustprincipale (1855-1925) qui avait dressé auparavant la carte des possessions françaises et du Soudan ; il lui demande de remonter le cours du Niger, d’atteindre le lac Tchad, de reconnaître le tracé de la ligne Say-Barraoua en essayant aussi de faire signer des traités de protectorat aux souverains qu’il rencontrerait.

Une alliance entre les milieux politiques et la presse s’organise alors en France, dont le but est de promouvoir la colonisation ; le moyen choisi est celui de la propagande (40). Percher devient l’âme du Comité de l’Afrique française, le principal rédacteur des articles jusqu’à sa mort en 1895. Le décès tragique de Crampel (41) avive le désir de le venger et renforce les membres du Comité de l’Afrique française dans leur volonté de promouvoir les expéditions. Les missions Dybowski, Maistre et Gentil s’inscrivent dans la continuité de celle de Crampel. Percher publie en 1891 le récit de l’expédition Crampel dans À la conquête du Tchad et sous le pseudonyme d’Harry Alis multiplie les publications à destination des plus jeunes. Entre 1890 et 1892, une évolution sémantique a vu le jour : il n’est plus guère question d’explorations ; comme l’indique le titre du livre de Percher, il s’agit désormais de «conquête». Le travail de propagande de Percher a achevé une évolution amorcée quelques années plus tôt. Quant à l’Asie, les membres du Comité de l’Afrique française y pensent peu, sauf peut-être Étienne qui a une vision plus globale du fait colonial. Mais elle est, en réalité, très peu évoquée dans les débats en comparaison de l’Afrique. Le groupe colonial de la Chambre est le prolongement politique du Comité de l’Afrique française.


3. La genèse du parti colonial

Puisque le Comité de l’Afrique française remplit le rôle d’organe de propagande des tenants du développement colonial, pourquoi est-il apparu nécessaire de passer du Comité de l’Afrique française au «parti» colonial ? Étienne perçoit nettement tout l’avantage politique qu’il pourrait obtenir d’un discours de propagande axé sur l’économie, mais il a aussi besoin d’un instrument de pouvoir.

A. À la croisée des chemins : les sociétés concessionnaires, entre la politique et l’économie.

Des deux fondateurs du Comité de l’Afrique française, Eugène Étienne est sans doute le plus sensible aux questions économiques. Au croisement des positions de Gambetta et de Ferry, Étienne utilise l’économie164px_Julesferry certes comme un argument (42), mais surtout comme un moyen. La fin restant toujours la colonisation. Pour Étienne, l’économie est le second volet de la conquête. Ce schéma est au cœur de tous ses discours, de toute sa pensée coloniale.  Son expérience des compagnies à charte illustre ce propos.

Les sociétés concessionnaires furent conçues comme une imitation du modèle anglais des chartered companies qui avaient connu le succès (43) en Afrique (44). À partir de 1890, Étienne se convainc que seules de grandes sociétés coloniales à charte sont en mesure de réunir suffisamment de capitaux pour se développer dans les colonies d’Afrique. Les compagnies à charte ont pour but de pallier la déficience de l’État français qui refuse d’investir dans les colonies (45). Après avoir formé en juillet 1890, une commission de quatorze membres sous la direction de Jules Roche (46), Étienne soumet un projet de loi pour la création des sociétés coloniales à charte. Mais lors de la séance du 20 mai 1891 à l’Assemblée, Ferry souligna que les sociétés coloniales par charte étaient pourvues de droit régalien. Ainsi, elles n’étaient en rien comparables avec des concessions territoriales accordées par décret. Pour créer ces  «compagnies de colonisation», il était nécessaire d’obtenir l’aval du Parlement. Or, Eugène Étienne voulait aboutir rapidement, apparemment pressé par les groupes de commerce. La création de société coloniale par décret lui était nécessaire. Une intense propagande fut mise en place par le biais du Bulletin du Comité de l’Afrique française, mais les délibérations traînèrent. Elles n’avaient toujours pas abouti quand Étienne dû quitter le sous-secrétariat d’État en mars 1892. Son successeur, Émile Jamais, enterra le projet (47).

En quoi ce projet des compagnies de colonisation à charte modifient celui d’Étienne ? Il vient de comprendre qu’il trouverait des alliés dans le monde des affaires. Quant aux principales maisons de commerce, elles découvrent qu’elles disposent d’un «homme d’action […], méridional, cordial et  persuasif, mais volontaire, orateur direct, il ne cesse de mener l’action coloniale sur le plan du Parlement et de l’opinion, intervenant sans cesse par la parole et par la plume» (48).

Le développement des questions économiques au moment de la création du parti colonial ne relève pas du hasard. L’association des hommes politiques et des hommes d’affaires va dès lors devenir une caractéristique du «parti colonial», mais cette évolution sera lente, jamais totalement aboutie et sans douteCanale_Panama_1880 ralentie à l’origine par les scandales qui secouent la France en 1892. L’opinion publique, en effet, découvre à quel point la France parlementaire pratique l’amalgame entre politique et économie. Les scandales (affaire Wilson, affaire de Panama) montrent l’ampleur des pratiques de concussion au sein de l’Assemblée nationale ou autour d’elle. Or, comme le fait remarquer Jean Bouvier à propos de Panama, «ce magnifique scandale était un signe de vitalité, non de décomposition […]. [C’est] la belle époque de l’industrialisme, du suffrage universel et de la promotion des ’’couches nouvelles’’. Le scandale n’a été qu’un accident bénin» (49). L’histoire de Panama ou celle des sociétés concessionnaires défendues par Étienne, révèlent aussi que le Parlement est devenu le vrai lieu du pouvoir. Dès lors, constituer un groupe de pression au Parlement est plus utile qu’un poste de sous-secrétaire d’État.

B. Le «parti colonial» comme substitut du sous-secrétariat d’État aux Colonies ?

Étienne crée le Groupe colonial après avoir perdu le sous-secrétariat d’État aux Colonies au début de l’année 1892 (50). En fait, il s’agit pour lui de reconstituer un instrument de pouvoir au Parlement. Depuis longtemps, il souhaitait la création d’un ministère des Colonies car, à son avis, le sous-secrétariat d’État aux Colonies restait bien trop dans la dépendance de ses ministères de tutelle. Or le conseil des ministres du 12 mars 1889 avait renoncé, pour des raisons budgétaires, à la transformation du corps colonial en ministère indépendant. Le sous-secrétariat d’État dépendait du ministère du Commerce, ce qui déplaisait à Étienne ; il avait donc pris l’habitude d’agir comme un ministre et cela finit par déranger son ministre de tutelle Roche. Sollicité pour renouveler son portefeuille à la chute du ministère Freycinet, ce dernier déclara ne plus vouloir «assumer la responsabilité nominale des actes d’un sous-secrétaire d’État trop indépendant» (51). Étienne fut donc obligé de se retirer.

Dans les couloirs du Palais-Bourbon, la rumeur sur son manque de respect de la légalité républicaine s’amplifie également. La critique devient officielle lors des sessions sénatoriales de mai et juin 1892, quand le sénateur Ludovic Trarieux (52) se fait le porte-parole du procès contre les méthodes d’Étienne. On lui reproche d’avoir fait du sous-secrétariat d’État «un ministère de fait sans être un Ministère de droit» (53). Sa contestation porte sur la constitutionnalité des décrets qui avaient conduit à l’autonomie de l’administration coloniale (54) car il ne tient pas le sous-secrétaire d’État pour responsable devant le Parlement. La réponse Loubetdu président du Conseil, Émile Loubet [photo], ne laisse planer aucun doute, en définitive : «Eh bien ! En fait, les sous-secrétaires d’État aux Colonies ont eu une situation particulière à laquelle correspondait une responsabilité parlementaire, une responsabilité de fait, je le répète, et j’ajoute, pour un moment, illégale, si vous le voulez» (55).  Avec de telles suspicions, il était difficile pour Loubet de renouveler Étienne à son poste.

La création du «parti colonial» est donc une mesure d’Étienne pour récupérer le pouvoir sur les questions coloniales, avec la prise de conscience du déplacement des décisions des cabinets vers le Parlement. En député roué, rompu aux us et coutumes parlementaires, il y consacre toute son année 1892. Outre le «parti colonial» créé le 9 juin 1892 (56), il se fait élire vice-président de la Chambre en octobre, reprend  sa place à la commission du budget et entre à la commission de l’armée durant cette même année, tous postes indispensables pour avoir une vision d’ensemble sur les questions coloniales.

À sa naissance, le «parti colonial» se compose du président Étienne  (député d’Oran), des vice-présidents d’Arenberg (député du Cher) et de l’amiral Vallon (député du Sénégal) ; les secrétaires sont Alfred Martineau (député de la Seine) et Marcel Saint-Germain (57) (député d’Oran) ; le questeur est Le Roy (député de la Réunion). En intégrant au bureau des personnes attachées au développement outre-mer autre que l’Afrique, la «Réunion parlementaire de politique extérieure et parlementaire» (58) montre sa volonté d’ouverture et d’élargissement. Parmi les décisions prises, il est décidé de «s’occuper des questions de politique étrangère et des questions coloniales, prises tant isolément que dans les rapports qu’elles peuvent voir entre elles» (59). En juin 1892, le «parti colonial» compte quarante-deux députés. Le groupe se développe immédiatement de manière exponentielle. En juillet 1892, ils sont déjà 91 députés, 120 en 1893, 200 en 1902 (60). Symbole d’une oeuvre incontestable, celui qu’on appelle bientôt le «pape des coloniaux» ou «Notre-Dame-des-Coloniaux» (61), le «fondateur respecté, le chef aimé du parti colonial» (62), entreprend alors d’élargir le spectre de la colonisation. La création du lobby colonial implique naturellement un changement d’échelle et d’objectifs : il s’agit d’envisager le fait colonial dans sa globalité mais aussi de renforcer le «parti colonial» en tant que groupe de pression. À ce moment-là seulement, les questions économiques apparaissent avec, clairement, une finalité mercantile.
   
C. Les liens avec les milieux d’affaires (63)

Étienne et d’Arenberg sont-ils eux-mêmes les hommes d’affaires qu’on s’est plu à dépeindre ? Il est, en réalité, difficile de répondre clairement à ces questions tant on aborde, en particulier en France, un sujet tabou. Définir la qualité d’homme d’affaire passerait, dans un pays anglo-saxon, par la recherche de son «poids» financier. Mais en France, ceci reste toujours de l’ordre du secret. On a voulu voir dans Eugène Étienne ou Auguste d’Arenberg des «hommes d’affaires» au motif qu’ils détenaient des jetons de présence de grandes sociétés. Mais en fait, on ne sait pas de combien ils en disposaient ni ce qu’ils reçurent exactement desdites sociétés. Étienne, en homme politique de son temps, côtoie d’authentiques hommes d’affaires et, à l’occasion, prend des participations à leurs affaires. Cela n’en fait pas un «homme d’affaire». Son passé dans une société d’import-export à Marseille, ses relations étroites avec Rouvier ou d’autres hommes d’affaires marseillais, pas davantage. D’Arenberg, de son côté, ne manque pas d’argent. Il exploite de vastes terres agricoles en un temps où l’agriculture rapporte encore. Il est qualifié à juste titre par l’un de ses biographes de «député-châtelain». Ce sont surtout des hommes politiques qui saisissent les occasions que leur offre leur position.



Nob. Palais de l'industrie 1890. Exposition internationale
des sciences et arts industriels (source)


L’image du politicien corrompu vient de la réalité d’une époque «d’affairisme» où de nombreux députés furent impliqués dans des scandales financiers. Mais elle provient aussi et surtout des attaques des adversaires du fait colonial ou du militarisme grandissant de la France d’avant guerre. En tant que ministre de la Guerre en 1913, Étienne eut à soutenir une attaque contre le projet de loi dit des trois ans. Celle-ci se transforme en diatribe sur sa supposée fortune ; l’un de ses biographes précise que «c’est un fait qu’Étienne fréquentait le monde des affaires, mais la légende tenace qui fit de lui l’un des valets de la haute finance ne repose sur aucun élément positif» et de conclure qu’il laissa au moment de sa succession «aucun immeuble, nul territoire dans les colonies proches ou lointaines, nul arpent de terre dans la métropole, seulement quelques actions d’une exploitation parisienne et quelque argent en banque» (64).

Au sein de la Chambre, la collusion entre les personnalités du monde des affaires et celles du monde politique est réelle. Elle en est même une des caractéristiques. Étienne et Arenberg sont, en réalité, de parfaites incarnations de «l’homo politicus» du début du XXe siècle. C’est  seulement après la création du parti colonial par Étienne et d’Arenberg que certains hommes d’affaires rejoignent le «parti colonial» comme en témoignent les listes des différents bureaux du Groupe colonial ; mais ce ralliement est loin d’être aussi évident que ce qui a été affirmé. Le rapprochement est progressif, lent comme en témoigne l’analyse des bureaux du groupe colonial.

5Lors de l’élection du bureau de 1893, Jules Charles-Roux (65) [photo], député républicain des Bouches-du-Rhône est élu vice-président (66) ; en tant que député, il se fait le porte-parole des intérêts commerciaux des ports méditerranéens essentiellement. Parmi les secrétaires, on trouve l’inamovible Saint-Germain, député d’Oran, le député conservateur Robert de Tréveneuc (1860-1940) issu du milieu militaire ; le député républicain Albin Rozet (1852-1915), diplomate de formation qui se montre particulièrement protectionniste et favorable à la politique de Méline ; le républicain Georges Chaudey (né en 1857) arrive en 1893 en remplacement du ministre Baïhaut, impliqué dans le scandale de Panama. Il prend part à des commissions mais ne participe pas encore aux débats. Le questeur est Paul Rameau, dit Chevrey-Rameau (1836-1914), ancien diplomate, député radical de Seine-et-Oise élu en 1893. Excepté Charles-Roux (qui ne se maintient pas en 1898) le bureau de 1893 ne reflète pas encore une alliance forte entre milieux économiques et milieux politiques. Ce qui domine dans ce bureau sont les membres issus de la diplomatie.
Le bureau de 1898 est composé d’Étienne, de D’Arenberg, d’Albin Rozet et de Jean-Louis de Lanessan (67) comme vice-présidents. Les secrétaires sont Gustave Dutailly, Louis Henrique-Duluc, Maurice Ordinaire et Joseph Thierry. Si Dutailly est effacé, en revanche Duluc (1846-1906) est très présent à la Chambre sur les questions coloniales comme l’est le député marseillais Thierry (1857-1918) sur les questions économiques. Ordinaire (1862-1934), discret à la Chambre, n’en est pas moins un gambettiste convaincu et un homme de cabinet favorable à la colonisation.

Le bureau de 1902 est présidé par Étienne. D’Arenberg n’ayant pas été réélu à l’Assemblée, n’y figure plus. Les vice-présidents sont Antoine Guillain (68), député du nord, Gaston Gerville-Réache (69), «radical par principe mais opportuniste par circonstance» (70) député de la Guadeloupe,Jules_Siegfried_1919 Jules Siegfried (71) [photo], député de la Seine-Inférieure et Étienne Flandin (1853-1920), député de l’Yonne, qui s’intéresse à tout ce qui touche le bassin méditerranéen et les affaires musulmanes. Les secrétaires sont Charles Chaumet (72), Louis Vigouroux, Albert Lebrun, François Carnot (73). Louis Vigouroux (né en 1866) est un libéral, professeur d’économie politique et industrielle. Albert Lebrun, futur ministre des colonies de 1911 à 1914, est élu député de Meurthe-et-Moselle en 1900. Enfin, François Carnot (1872-1960) est un jeune député prometteur (74) lorsqu’il arrive en 1902 à l’Assemblée.


Conclusion

C’est en 1902, qu’on assiste à la structuration du «parti colonial» autour de quelques très fortes personnalités qui lui donnent une autre orientation. Il est alors un groupe de pression puissant comme en témoigne le choix des vice-présidents et des secrétaires. Mais les questions économiques ne remplacent pas pour autant les questions politiques (75). Il ne faut pas surestimer le poids du fait économique. En dehors de la politique extérieure, ce qui a changé en réalité, c’est le «parti colonial» lui-même. À l’appel d’Étienne, il a été investi par les milieux économiques qui ont vu en lui le «parti» susceptible de faire la synthèse entre tous les comités et réseaux éparpillés aux colonies ou en métropole.

Une analyse fine de la chronologie du «parti colonial»  montre que la question financière devient certes de plus en plus importante (76), mais c’est aussi parce que, faute de pouvoir utiliser d’autres arguments, la recherche du profit est de plus en plus souvent invoquée comme la justification de l’expansion coloniale. Car, en dehors d’un milieu très restreint, l’impérialisme d’Étienne ou d’Arenberg ne trouve pas d’écho au sein d’une population française ne souhaitant pas détourner les yeux de la «ligne bleue des Vosges». L’investissement en outre-mer attire moins qu’en Europe.

Globalement, avant 1914, la population française ne s’intéresse pas aux colonies. Il y a peu de candidats au départ, peu d’intérêt pour l’investissement colonial. Invoquer la recherche du profit, tel que le fait Étienne (77), est donc un argument pour susciter l’adhésion des masses. Mais ce ne sont pas les masses qui rejoignent le parti colonial, ce sont quelques hommes d’affaires qui prennent le parti colonial pour ce qu’il est : un groupe de pression motivé et dynamique. Ces hommes d’affaires ne sont d’ailleurs pas ceux de la grande banque. Ce sont des maisons de commerce relativement peu importantes qui espèrent ponctuellement obtenir un marché intéressant. En définitive, l’union des réseaux d’affaires et des réseaux politiques est un mariage fortuit qui paradoxalement est le fruit du désintérêt des Français pour le monde colonial.julie_d_andurain_portrait

Julie d’Andurain, doctorante à Paris IV-Sorbonne
julie.andurain@wanadoo.fr



notes

(1) Herward Sieberg, Eugène Étienne und die französische kolonialpolitik, 1887-1904, Köln, Westdeutscher Verlag, 1968, traduit par Nathalie Bourgeois-Fend en 2006, traduction non publiée et non paginée. À notre connaissance, il n’existe pas d’ouvrage biographique sur le prince d’Arenberg.
(2) Henri Brunschwig, Mythes et réalités de l’impérialisme colonial, Paris, Armand Colin, 1960.
(3) Charles-Robert Ageron, France coloniale ou parti colonial ?, Paris, Armand Colin, 1970.
(4) Christopher Andrew  et Alexander Kanya-Forstner, «The French “colonial party”. Its composition, aims and influences, 1885-1914», The Historical Journal, 1971, XIV (1), p. 99-128.
(5) L. Abrams et D .J. Miller, «Who were the French colonialists ? A reassessment of the parti colonial, 1890-1914», The Historical Journal, 1976, vol. XIX,  3, p. 685-725. En réalité, il s’agit d’une étude des comités liés au  «parti colonial».
(6)Marc Lagana, Le parti colonial français, Québec, Presses de l’Université de Québec, 1990.
(7) Jean Jolly, Dictionnaire des Parlementaires 1889-1940.  Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, Paris,5e édition, 1880, p. 66. Louis Henrique, Nos contemporains, Galerie coloniale et diplomatique, Paris, Quantin, 1896.
(8) Roland Villot, Eugène Étienne (1844-1921), Oran, Fouque, 1951, p. 21.
(9) William Serman, Les officiers français dans la nation, 1848-1914, Paris, Aubier, 1982. Voir en particulier le chapitre 10 sur le revenu des officiers.
(10) Rouvier est né dans les Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, le 17 avril 1842. Après des études de droit à Marseille, il acquiert très vite une importante situation commerciale dans l’importation de blé et de graines oléagineuses avec la firme Zafiropoulo & Zarifi. Sa situation commerciale ne l’empêche pas d’organiser aussi la Ligue de l’enseignement et de développer l’instruction primaire dans la région, ni de collaborer à des journaux démocratiques comme le Peuple de Marseille et le Rappel de la Provence.
(11) Charles-Robert Ageron, «Gambetta et la reprise de l’expansion coloniale», Revue française d’histoire d’outre-mer, tome LIX, n°215, 2e trimestre 1972, pp. 165-204.
(12) François Berge, «Le sous-secrétariat et les sous-secrétaires d’État aux colonies, histoire de l’émancipation de l’administration coloniale», Revue française d’histoire d’Outre-mer, 1960, XLVII, n°166-169, pp. 301-386.
(13) Daniel Halévy, La fin des notables, tome II, Paris, Hachette pluriel, 1995, p.189.
(14) Roland Villot, op.cit., p.32. Cependant, Edward Sieberg note que dans les journaux Égalité et le Peuple des années 1868-1870, ne figure aucun indice quant à la contribution d’Étienne sous  forme d’articles signés.
(15) Herward Sieberg, op.cit. chap.I.
(16) Léon XIII appelle le cardinal Lavigerie, primat d’Afrique, à se prononcer pour le ralliement de la République.
(17) Robert Aron, Les grandes heures de la Troisième République, Paris, Librairie académique Perrin, 1967.
(18) Roland Villot, op.cit.,  p. 59.
(19) Chiffres fournis par Roland Villot, op. cit. p. 62-63.
(20) La barrière mentale qui jusque-là empêchait de faire le lien entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche était en réalité une barrière géographique. Or, la fin du XIXe siècle multiplie les exploits techniques permettant de tout envisager : canal de Suez, canal de Panama, transsaharien…
(21) Archinard entre autres – Jacques Frémeaux, L’Afrique à l’ombre des épées, t.1 : Des établissements côtiers aux confins sahariens, Vincennes, Service historique de l’armée de terre, 1993, p. 64.
(22) L’expression – fameuse – est de Lyautey. En élaborant une vision coloniale plus progressiste que ses prédécesseurs, celui-ci se heurte cependant à bon nombre de ses collègues.
(23) Juste après celle de Lyon (1873), celle de Bordeaux (1874) et juste avant celle de Marseille (1876).
(24) Dominique Lejeune, Les sociétés de géographie en France et l’expansion coloniale au XIXe siècle, Paris, Albin Michel, 1993.
(25) On confond  d’ailleurs souvent deux Melchior de Vogüé, tous deux cousins. Eugène-Melchior (1848-1910) appartenait à la branche ardéchoise de la famille ; diplomate, découvreur du roman russe, chroniqueur à la Revue des Deux Mondes, il fut aussi député de l’Ardèche de 1893 à 1898. C’est lui qui favorisa les initiatives françaises aux colonies. Jean Melchior (1829-1916) fut historien et archéologue en Orient, puis académicien, diplomate tout en étant conseiller général de Léré dans le Cher.
(26) La deuxième fille de D’Arenberg (Louise, Marie, Charlotte) devient la marquise Louise de Vogüé (1872-1958).
(27) Herward Sieberg, op.cit.
(28) L’inauguration du canal de Suez date du 17 novembre 1869.
(29) Auguste d’Arenberg devient le président de la Compagnie du canal de Suez, de 1896 à 1913. Cf. Hubert Bonin, Suez. Du canal à la finance, 1857-1987, Paris, Economica, 1987.
(30) Archinard, Dodds, Monteil, Gouraud, Lyautey par exemple eurent recours aux conseils et à l’aide d’Eugène Étienne. D’autres comme le colonel Péroz en 1901 lui font part de leur amertume et de leur déception de n’être point soutenus par Paris (ministère des Affaires étrangères, Fonds Gouraud, carton 13, dossier 5).
(31) Lettre du 7 octobre 1890, lettre du 20 octobre 1891. Service historique de la défense, dossier Dodds, 11 Yd 28.
(32) Ministère des Affaires étrangères, Fonds Gouraud, carton 20, dossier 1.
(33) «Curée» ou «course au clocher».
(34) Charles-Robert Ageron, «Le parti colonial», L’Histoire, "le temps des colonies", hors série n°11, avril 2001.
(35) Jean Martin, Lexique de la colonisation française, Paris, Dalloz, 1988.
(36) Traité établissant la frontière à Say sur le Niger et à Barraoua  (ou Barroua) sur le lac Tchad.
(37) Étienne conserve ce poste de 1889 à 1892, d’abord dans le gouvernement Tirard (du remaniement du 14 mars 1889 au 13 mars 1890) puis dans le gouvernement de Charles de Freycinet (du 17 mars 1890 au 18 février 1892).
(38) Charles-Robert Ageron, France coloniale ou parti colonial ?, Paris, Armand Colin, 1970, p. 135.
(39) Ibidem.
(40) Le mot «propagande» est très souvent utilisé par les colonialistes.
(41) Il est massacré en avril 1891 avec la plupart de ses compagnons alors qu’il faisait route vers le Ouadaï par Mohammed es Senoussi, sultan d’el Kouti et lieutenant de Rabah.
(42) Ce que faisait Ferry.
(43) Pour se convaincre de la relativité de la notion de succès, on pourra lire Arthur Conan Doyle et Félicien Challaye, Le crime du Congo belge, suivi de Au Congo français, Paris, Les Nuits rouges, 2005.
(44) La British North Borneo Company fut créée le 1er novembre 1881. Elle fut suivie par la Gesellschaft für Deutsche Kolonisation qui devint le 27 février 1885 la Deutsch-Ostafrikanische Gesslschaft ; la Compagnie de Nouvelle Guinée (17 mai 1885) ; La Royal Niger Company (10 juillet 1886) ; l’Imperial British East Africa Company (3 septembre 1888) ; la British South Africa Company (29 octobre 1889).
(45) Étienne n’est pas le premier à y penser. Voir Catherine Coquery-Vidrovitch, «Les idées économiques de Brazza et les premières tentatives de compagnies de colonisation au Congo français, 1885-1898» Cahiers d’études africaines, vol.5, n°17, 1965, pp. 57-82. Du projet à la réalisation cependant, il y a un pas que la plupart des sociétés de commerce ne franchissent pas. Avant 1900, l’impérialisme français est avant tout politique.
(46) Jules Roche (1841-1923), député de Savoie, est ministre du Commerce, de l’Industrie et des Colonies du 17 mars 1890 au 8 mars 1892, puis ministre du Commerce et de l’Industrie du 8 mars au 6 décembre 1892. Étienne agit, en principe, sous sa tutelle.
(47) Le projet apparaît à nouveau brièvement avec Delcassé en 1893, puis en 1895 avec la proposition de loi du sénateur Lavertujon et enfin en 1899 avec le ministre des Colonies Guillain.
(48) Hubert Deschamp, Méthodes et doctrines coloniales en France, Paris, Armand Colin, 1953, p. 151.
(49) Jean Bouvier, Les deux scandales de Panama, Paris, Julliard, 1964, p. 8.
(50) Le gouvernement Charles de Freycinet est renversé le 18 février 1892. Émile Loubet le remplace le 27 février (gouvernement du 27 février au 28 novembre 1892). Loubet est un intime d’Étienne.
(51) François Berge, op.cit.
(52) Ludovic Trarieux (1840-1904) fut député puis sénateur de la Gironde de 1879 à 1904. Le fondateur  de la Ligue des Droits de l'homme et du citoyen fut durablement l'adversaire de tout manquement à la légalité républicaine. Il fut en particulier un grand critique de l’administration coloniale d’Eugène Étienne.
(53) Discours du sénateur Trarieux devant le Sénat le 27 mai 1892, Annales du Sénat, Nouvelle Série, Débat parlementaire, t.34, 1892 (cité par Herward  Sieberg).
(54) Jacques Frémeaux, op.cit.
(55) Ibidem.
(56) L’annonce de la création du «parti colonial» a lieu le 9 juin 1892. L’élection du bureau a lieu quelques jours plus tard. Le 15 (pour Charles-Robert Ageron) et le 16 juin 1892 (pour Christopher Andrew et Alexander Kanya-Forstner).
(57) Le jovial et affable Marcel Saint-Germain (1853-1939) fut l’homme-lige d’Étienne à Oran. Il fut élu à la Chambre des députés grâce à lui en 1889. Dans sa biographie-hagiographie publiée dans le dictionnaire biographique de Jolly, Saint-Germain ne se prévaut pas du soutien d’Étienne, mais de celui d’Isambart, vieux compagnon de Gambetta.
(58) Nom officiel du «parti colonial».
(59) Minute du groupe colonial, 9 juin 1892, Archives nationales, section outre-mer, papiers d’agents, Martineau, 3, cité par Christopher Andrew et Alexander Kanya-Forstner, «The Groupe colonial in the French chamber of deputies, 1892-1932», The Historical Journal, volume 17, n°4, 1974, p. 837.
(60) Christopher Andrew et Alexander Kanya-Forstner, idem.
(61) Nadine Picaudou, La décennie qui ébranla le Moyen-Orient, Bruxelles, Complexe, 1992, p. 67.
(62) Dans la Quinzaine coloniale du 10 mars 1905, cité par Henri Brunschwig «Le parti colonial français», Revue française d’histoire d’outre-mer, 1959, p. 50.
(63) Christopher Andrew et Alexander Kanya-Forstner «French business and the French colonialists», The Historical Journal, tome XIX, 4e semestre 1976, pp. 981-1000. Les deux auteurs récusent la thèse de L. Abrams et D. Miller selon laquelle le «parti colonial» serait très lié aux milieux d’affaires.
(64) Roland Villot, op. cit., pp. 138 et 139.
(65) Christopher Andrew et Alexander Kanya-Forstner «The Group Colonial in the French Chamber of Deputies», The Historical Journal, tome XVII, 1974, pp. 837-866. Toutefois, les auteurs le confondent avec Jean Charles Roux, député du Loiret.
(66) Né à Marseille en 1841, Jules Roux (dit Charles-Roux) est étudiant en chimie. Il rejoint ensuite l’industrie familiale de savon, successeur de la société Canaple. Sa carrière mêle ensuite étroitement affaires et politique. Il est membre du tribunal de commerce de la chambre de commerce de Marseille dès 1863, administrateur de la Compagnie du canal de Suez, administrateur de la Banque de France, armateur, président de la Compagnie transatlantique ; conseiller municipal de Marseille en 1887, il est élu député en 1889, poste qu’il conserve jusqu’en 1898.
(67) Jean-Louis de Lanessan (1843-1919) a été médecin colonial, puis député siégeant à l’extrême gauche, sous-secrétaire d’État aux Colonies. Auteur de nombreux ouvrages sur la colonisation, il est un vrai spécialiste des questions coloniales ; il sera nommé ministre de la marine en 1899.
(68) Antoine Guillain (1844-1915) avait été ministre des Colonies de novembre 1898 à juin 1899 ; il  avait accordé 40 concessions au Congo français. C’est un personnage important du nord, très impliqué dans le monde des affaires et de la banque. En 1902, il est aussi élu vice-président de la Chambre. Il représente une forme d’alliance entre la politique et l’économie.
(69) Gaston Gerville-Réache (1854-1908), député de la Guadeloupe depuis 1881, est un homme de couleur, protégé de Victor Schoelcher. Il s’intéresse particulièrement aux questions portant sur la marine et les colonies depuis 1889. Candidat malheureux à la vice-présidence de la Chambre en 1893, il est finalement élu en 1904, réélu en 1905 et 1906.
(70) Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires, tome III, p. 167.
(71) Jules Siegfried (1837-1922) est d’abord un homme d’affaire havrais ayant fait fortune grâce au coton. Il abandonne les affaires peu après son entrée à la Chambre (1886). Ministre du Commerce et des Colonies, c’est un personnage qui a de l’ascendant sur la Chambre des députés. Il devient sénateur (1897-1900) le temps d’y fonder le groupe colonial.
(72) Charles Chaumet (1866-1932) est, en 1902, tout jeune député de la Gironde en 1902. Dès le début il fait preuve d’une grande activité dans les commissions spécialisées du commerce et de l’industrie, celle des affaires extérieures, des colonies et des protectorats. Par-dessus tout, il s’intéresse à la Marine et au commerce des vins de Bordeaux.
(73) Christopher Andrew et Alexander Kanya-Forstner ne font plus référence à la présence de questeurs.
(74) Fils de Sadi Carnot.
(75) En 1902, la question religieuse divise le groupe. L’autorité d’Étienne est alors discutée.
(76) L’histoire du parti colonial (1892-1932) pourrait se diviser en trois grandes périodes : de 1892 à 1902, c’est la naissance d’un lobby colonial avec une visée politique, impérialiste. Le groupe est très dynamique et solidaire autour de ses chefs. La période 1902-1914 assiste à sa reconstitution autour d’hommes d’affaires. Le discours économique tend alors à remplacer le discours politique. De 1914 à 1932, le lobby colonial perd son unité et sa cohérence d’origine. Les questions économiques sont désormais au cœur des débats alors même que la rentabilité des colonies est de plus en plus questionnée.
(77) Étienne reste en effet fidèle à sa pensée originelle. L’économie reste un moyen et non une fin. Son discours économique est un discours de propagande en faveur de la colonisation.



http://vignette.librairie.auchandirect.fr/livre_r?l_isbn=2760505855r


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jeudi 28 décembre 2006

Origines géographiques des visiteurs de ce blog (28 décembre 2006)

http://soulalain.blogs-de-voyage.fr/images/medium_tunisie-drapeau.3.gif
drapeau de la Tunisie



Origines géographiques des visiteurs

du blog "Études Coloniales"

28 décembre 2006




Diapositive1
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)


- Près de la moitié des visiteurs, en cette fin de matinée du jeudi 28 décembre 2006, proviennent de Tunisie.


Tunisie coloniale

http://www.affiche-francaise.com/images6/ElmekkiTunisie.JPG
Elmekki, 1954 (source)


25FR_MC_Tun
Tunisie, médaille coloniale pour les opérations de 1881 (source)
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)


Diapositive1
Tunis, la gare française


mus_e_du_Bardo
musée du Bardo (Tunis)


L'image “http://www.tunecity.net/IMG/jpg/sfax-loubet.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Sfax (Tunisie), rue Émile Loubet


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mardi 26 décembre 2006

Origines géographiques des visiteurs de ce blog (26 décembre 2006)

Diapositive1




Origines géographiques des visiteurs

du blog "Études Coloniales"


26 décembre 2006




Diapositive1


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Noël 1952 à Djidjelli (Algérie)


Noel52
cliquer sur l'image pour l'agrandir


source : Suzanne Granger


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vendredi 22 décembre 2006

liste des correspondants d'Études Coloniales

Diapositive1





correspondants d'Études Coloniales





en cours de constitution


Tunisie

- Ahmed JDEY (Tunis)                                                 ahmedjdey@gmail.com


Algérie

-


Maroc


Sénégal

-


_______________________________________________________


- la télégraphie aérienne des frères Chappe, en Algérie

La conquête de l'Algérie commence en 1830 et pour appuyer les opérations militaires, on décide de construire une ligne télégraphique partant d'Alger à partir de 1838. Les lignes se développent au fur et à mesure des besoins le long de la côte méditerranéenne avec, de place en place, des ramifications vers le sud.
À l'origine, le système est militaire, mais ne donne pas les résultats escomptés. On fait donc appel à l'administration télégraphique civile, à partir de 1840, parce qu'elle possède l'expérience nécessaire. lire la suite


T_l_graphe_Belloc_Alg_rie
poste de télégraphe en Algérie




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mercredi 20 décembre 2006

L'esclavage en noir et blanc

Diapositive1



L'esclavage en noir et blanc

Europe du Sud, Maghreb, Machreq, Turquie,

du Moyen Âge au XXe siècle


empreintes.jpg

Table ronde

organisée par Roger BOTTE & Alessandro STELLA

Centre d'études africaines - Centre de recherches historiques



vendredi 19 janvier 2007, 15 h à 19 h

 

105, bd Raspail - Paris 6e (salle 7)

 


De l'Europe du Sud au monde ottoman et barbaresque, cohabitèrent des esclaves de différentes couleurs, origines, religions. Loin d'être une institution anecdotique, cet esclavage concerna, sur la longue durée, des millions de personnes. Or, l'attention des historiens et des anthropologues, focalisée sur la servitude atlantique, n'a pas été à la mesure de l'ampleur du phénomène méditerranéen et transsaharien. On s'intéressera à l'analyse comparative des formes diverses d'assujettissement, à la multiplicité des conditions, au traitement des esclaves, à leur utilisation, aux possibilités de sortie de la sujetion, selon la couleur, la religion et le sexe aux différentes époques.
La table ronde s'inscrit dans une réflexion préalable à la publication d'un ouvrage. Il n'y aura donc pas d'exposés définitifs mais, à partir de quelques textes introductifs, un débat avec les participants sur la pertinence de la problématique.

Contacts
alessandro.stella@wanadoo.fr
botte@ehess.fr


Evelyn Tajetti, Couleurs Méditerranée, source, ©


L’ESCLAVAGE EN NOIR ET BLANC

Europe du Sud, Maghreb, Machreq, Turquie,

du Moyen Age au XXe siècle


Pour plusieurs raisons, l’opinion publique occidentale, et même une partie de l’opinion universitaire, associent l’esclavage avec les Noirs, et en particulier avec la traite transatlantique. L’équation posée esclave égal Noir est dès lors utilisée à des fins politiques, par des prétendue «communautés noires» en France ou aux États-Unis, ou par des États africains au sein des institutions internationales.

Il est certain que l’esclavage des Africains a alimenté le racisme envers les personnes à peau noire, et que ce racisme a lui-même justifié et alimenté l’esclavage de Noirs. Certes, l’esclavage de Noirs présente une spécificité parmi les esclavages, comme le génocide des Juifs garde une singularité par rapport aux autres génocides de l’histoire ; mais valider l’équation esclave = Noir est impropre au regard de l’histoire. Fonder un combat politique sur un postulat erroné ne saurait aboutir à des résultats justes. Mieux vaut regarder l’histoire en face pour essayer de comprendre ce qu’est l’esclavage, et cerner les facteurs de l’exploitation et de l’oppression.

Sans remonter à l’Antiquité gréco-romaine, et en laissant de côté la moitié de l’humanité (l’Asie), nombreux sont les exemples qui montrent que l’esclavage n’a pas été d’une seule couleur. Il faut aussi rappeler que la traite transatlantique d’Africains, devenue aujourd’hui synonyme d’esclavage, fut organisée pour pallier le fait que des raisons multiples (catastrophe démographique, convenances politico-stratégiques, intérêts et choix d’évangélisation) avaient fortement limité l’esclavage des Indiens du Nouveau Monde à partir du milieu du XVIe siècle. Mais au cours du premier demi-siècle de colonisation des Amériques, l’esclavage des Indiens avait été de loin supérieur à celui des esclaves importés à grands frais d’Afrique. Les Conquistadores avaient compris qu’il valait mieux mettre en servitude les Indiens par d’autres moyens. Et qui sait si l’histoire des traites esclavagistes n’aurait pas connu un autre cours, si les Turcs n’avaient pas coupé le robinet des «slaves» aux Européens d’Occident ? Quoi qu’il en soit, en se tenant grosso modo à la périodisation de la traite transatlantique, l’espace méditerranéen donne à voir un esclavage multicouleur.

De l’Europe du Sud au monde ottoman et barbaresque, cohabitent des esclaves de différentes couleurs, origines, religions. Dans l’Espagne chrétienne des XVIe-XVIIIe siècles, on trouve des esclaves noirs arrivés par la traite atlantique, et des esclaves blancs importés du Maghreb ou  de la Méditerranée Orientale, via la course maritime, les razzias à partir des «presidios» et l’achat sur les marchés d’Orient. Dans l’Espagne musulmane des siècles précédents, le spectre des couleurs de l’esclavage était sensiblement le même : des noirs importés par la traite transsaharienne, et des blancs capturés dans la péninsule Ibérique ou sur mer, ou encore achetés sur le marché des esclaves slaves.


miniature persane, Hariri, XIIIe siècle,
marché aux esclaves (BnF)

En Sicile et en Italie du Sud, nous constatons une belle constance pluriséculaire, des derniers siècles du Moyen Age jusqu’au XVIIIe siècle inclus, de présence d’esclaves noirs amenés là par la traite transsaharienne, et des esclaves blancs d’origine slave et orientale. Sur la rive Sud de la Méditerranée, les esclaves blancs provenant du monde chrétien (catholique et orthodoxe) ont coexisté, aussi bien au cours des derniers siècles du Moyen Age qu’à l’époque moderne, avec les esclaves noirs acheminés par la traite transsaharienne. En Turquie et dans la Méditerranée orientale, l’éloignement de l’Atlantique n’a pas empêché de voir la présence concomitante d’esclaves blancs (slaves, caucasiens, occidentaux) et d’esclaves noirs venant du «Soudan».
Il ne s’agit pas, bien entendu, d’un esclavage anecdotique mais, tout compte fait, nous parlons de millions de personnes. Sauf que l’attention d’historiens et anthropologues n’a pas été à la mesure de l’ampleur du phénomène. Une bien curieuse lacune, notamment, renvoie le métissage immédiatement aux Amériques, alors que la Méditerranée a été un creuset pluriséculaire du phénomène biologique et culturel appelé métissage.

Il nous paraît donc de première importance, de rappeler d’abord cette évidence par trop négligée, et ensuite d’analyser comparativement cet esclavage méditerranéen avant, pendant et après l’expansion européenne par l’Atlantique. Nous voudrions pousser l’analyse loin sur le terrain du traitement, de l’utilisation, de la considération des gens nommés esclaves.

Les différences de couleur entraînaient-elles des traitements différents ? Les possibilités de sortir de l’esclavage, par l’affranchissement, le rachat ou la fuite, dépendaient-elles de la couleur de la peau, ou du sexe, ou des deux à la fois ? Employait-on les esclaves indistinctement à une tâche ou à une autre, ou les esclavagistes associaient-ils phénotype et travail à accomplir ? L’utilisation sexuelle d’esclaves, dans une maison chrétienne ou dans un harem musulman, suivait-elle des préférences morphologiques, et si oui lesquelles ? La vision de l’Autre, le racisme ou l’admiration, influençaient-ils le destin des esclaves ? Dans quelle mesure les clivages religieux déterminaient-ils la position des esclaves ?

Quand un propriétaire avait des esclaves noirs, blancs, métissés, comment s’organisait la hiérarchie de la dépendance, sur quelles bases, par quels critères ? Dans les sociétés prises en considération, quelles étaient les possibilités d’ascension sociale des esclaves et des affranchis, et quelles étaient les voies permises ou conquises pour gravir les marches de l’échelle sociale ? Quelles étaient les relations entre esclaves ? La commune condition d’oppression forgeait-elle des solidarités, voire un sentiment d’identification ? Ou, au contraire, les clivages «raciaux», religieux, ethniques maintenaient-ils les esclaves divisés entre eux, voire hostiles les uns envers les autres ? Enfin, était-ce mieux, ou moins dur, ou plus vivable d’être esclave en terre d’Islam ou en terre chrétienne ?

Voici une série de questions auxquelles nous voudrions essayer de répondre de façon pertinente, c’est-à-dire par une recherche approfondie et spécialisée. Nous souhaitons privilégier les recherches de première main, appuyées sur des connaissances bibliographiques larges et ouvertes, sans aucun a priori, et avec le goût de la comparaison et de la découverte. Conscients qu’une recherche innovante demande du temps, nous voudrions arriver à composer un ouvrage solide et cohérent pour la fin de l’année 2007.

Roger Botte et Alessandro Stella



N . POUSSIN / C. STELLA Gravure 17ème de NICOLAS POUSSIN
Nicolas Poussin
(1594-1665), Captif chrétien vu de dos face à un souverain
de face
, gravé par Bouzonnet dite Claudia stella (1636-1697).



L’ESCLAVAGE EN NOIR ET BLANC

Auteurs et titres (provisoires) des contributions


Ghislaine ALLEAUME, «Le mamelouk et la concubine dans l’Égypte de la seconde moitié du XIXe siècle».

António de ALMEIDA MENDES, «Les tangaroes de la côte de Guinée».

Raed BADER, «L’esclavage en Algérie coloniale : réflexions et interrogations sur une pratique».

Salvatore BONO, «Esclaves slaves, maghrébins et africains en Italie (XVIe-XIXe siècles)».

Roger BOTTE, «La traite transsaharienne du VIIIe au XIVe siècles». Roger Botte, Centre d'études africaines  - Cahiers d'études africaines, n° 179-180 (2005) : "Esclavage moderne ou modernité de l'esclavage ?" (en ligne)

Sadok BOUBAKER, «Esclaves blancs et noirs en Tunisie».

Phillipe BRAUNSTEIN, «Itinéraire d’un négrier ordinaire : Alvise da Ca’ da Mosto, de la mer Noire à la Sénégambie».

Henri BRESC, «Esclaves blancs et noirs en Sicile aux derniers siècles du Moyen Âge».

Federico CRESTI, «Esclaves blancs et noirs en Libye au XIXe siècle».

Jocelyne DAKHLIA, «Eunuques noirs et eunuques blancs au Maroc».

Inès MRAD DALI, «Les esclaves noirs en Tunisie».

Sylvie DENOIX, «Mameluks, Janissaires, Circassiennes et Soudanais en Égypte : le marché des hommes et des femmes».

Jean-Michel DEVEAU, «Esclaves chez les Blancs et chez les Noirs à Saint-Louis du Sénégal (XVIIe-XVIIIe siècles)». (Jean-Michel Deveau, Raconte-moi l'esclavage)

Bruce S. HALL & Yacine Daddi ADDOUN (contact ou ydaddia@webbar.fr), «Une route transsaharienne à double sens ? Anjay Isa, esclave de Ghadamès à Tombouctou.». Bruce S. HALL & Yacine Daddi ADDOUN

Frédéric HITZEL (courriel), «L’esclavage dans la Turquie ottomane».

Fatima IBERRAKEN, «Processus d’asservissement par un lignage saint de Petite Kabylie : 1840 et 1957».

Mohamed MEOUAK, «Esclaves blancs et esclaves noirs dans l’Occident musulman médiéval : servitudes, hiérarchies, pouvoirs».

Mohammed MOUDINE, «Les esclaves musulmans en Europe méridionale».

Mahmed OUALDI, «Les esclaves blancs dans la haute administration du bey de Tunis».

Fabienne PLAZOLLES-GUILLEN-DIOP, «Esclaves slaves, maghrébins et africains à Barcelone aux XIVe-XVe siècles : à la recherche d’identités»

Judith SCHEELE, «Serfs au pays des hommes libres : l’esclavage en Kabylie».

Alessandro STELLA, «Les destins des affranchis noirs et blancs dans l’Andalousie des temps modernes».

Salah TRABELSI, « Esclaves noirs et blancs en Tunisie au Moyen Âge ».



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liens

- Medieval Mediterranean Slavery : études comparatives de la traite et de l'esclavage dans les sociétés musulmanes, chrétiennes et juives (VIIIe-XVe s.)

- présentation par Thomas Jackson, de : Robert C. Davis, Christian Slaves, Muslim Masters: White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500-1800, Palgrave Macmillan, 2003

- Cahiers de la Méditerranée, vol 65 (juillet 2005), "L'esclavage en Méditerranée à l'époque moderne" : sommaire

- Jean-Michel Deveau, "Esclaves noirs en Méditerranée", Cahiers de la Méditerranée, vol. 65, juillet 2005, "L'esclavage en Méditerranée à l'époque moderne" (texte intégral et bibliographie).

- Daniel Panzac, "Les esclaves et leurs rançons chez les Barbaresques (fin XVIIIe - début XIXe siècle)", Cahiers de la Méditerranée, vol. 65, juillet 2005, "L'esclavage en Méditerranée à l'époque moderne" (texte intégral et bibliographie).

-  Nordiske slaver - Afrikanske herrer : Kulturhistorisk Museum

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bibliographie

- Youval Otman, Les esclaves et l'esclavage, de la Méditerranée antique à la Méditerranée médiévale, VIe-XIe siècle, les Belles Lettres, 2004.


- Robert C. Davis, Esclaves chrétiens, maîtres musulmans : l'esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800), éditions Jacque, avril 2006. Spécialiste de l'Italie de la Renaissance, Robert C. Davis est professeur d'histoire à l'université de Columbus (Ohio)
Présentation de l'éditeur
Sujet politiquement incorrect, sous-estimé par Fernand Braudel et par nombre d'historiens, l'esclavage blanc pratiqué par ceux que l'on nommait alors les Barbaresques a bel et bien existé sur une grande échelle et constitué une véritable traite qui fit, durant près de trois siècles, plus d'un million de victimes. Qui étaient-elles ? Comment se les procurait-on ? Comment fonctionnaient les marchés d'Alger, Tunis et Tripoli, les trois villes qui formaient le noyau dur de la Barbarie ? Quelle forme prenait l'asservissement, tant physique que moral, de ces hommes et de ces femmes originaires de toute l'Europe, et principalement d'Italie, d'Espagne et de France ? Quelle était leur vie dans les bagnes et sur les galères ? Comment l'Église catholique et les États européens tentèrent-ils de les racheter ? Dans cet ouvrage, fruit de dix années de recherches, et qui s'appuie sur de très nombreuses sources et une abondante documentation, Robert C. Davis bat en brèche l'idée élaborée au XIXe siècle et encore dominante d'un esclavage fondé avant tout sur des critères raciaux.

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- Jacques Heers, Les négriers en terre d'islam : la première traite des Noirs, VIIe-XVIe siècle, Perrin, 2003. Agrégé d'histoire, Jacques Heers a été professeur à la Sorbonne et directeur du département d'études médiévales de Paris-Sorbonne.
Présentation de l'éditeur
L'histoire de l'esclavage, généralement limitée à la Rome antique, à la période coloniale et à la traite des Anglais et des Français aux XVIIe et XVIIIe siècles, laisse de nombreux pans aveugles, en raison de la rareté des sources et de la culpabilité rétrospective des nations colonisatrices. Ainsi, du VIIe siècle à la fin du XIXe, s'est mis en place un système de traite musulmane des Noirs d'Afrique, par caravanes à travers le Sahara et par mer à partir des comptoirs d'Afrique orientale. En tenant compte des travaux les plus récents, notamment ceux des historiens ivoiriens et nigerians, Jacques Heers retrace le mécanisme de cette traite, ses itinéraires, ses enjeux commerciaux et le rôle des esclaves dans les sociétés arabes - à la Cour, dans l'armée, dans les mines ou aux champs. Il évoque les tensions épisodiques, mais aussi la grande révolte du IXe siècle. Se dessinent de la sorte une cartographie de l'esclavage africain ainsi qu'une étude sociale menée sur une période de plus de mille ans, encore trop méconnue.

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- Bartolomé et Lucile Bennassar, Les chrétiens d'Allah : l'histoire extraordinaire des renégats, XVIe-XVIIe siècles, Perrin, 2006.
Présentation de l'éditeur
Aux XVIe et XVIIe siècles, des centaines de milliers d'hommes et de femmes, convertis à l'islam, sont devenus des "renégats". La plupart furent emmenés en captivité un soir de défaite, après une razzia ou victimes de la course "barbaresque" en Méditerranée ou sur l'Atlantique. Certaines conversions furent volontaires. C'est l'histoire extraordinaire de ces milliers de destins, archivés par l'Inquisition, que retracent Lucile et Bartolomé Bennassar.



- Giles Milton, Captifs en Barbarie ; l'histoire extraordinaire des esclaves européens en terre d'Islam, éd. Noir Sur Blanc, 2006.   Giles Milton, journaliste et écrivain anglais, est spécialiste de l'histoire des voyages et des explorations.

Présentation de l'éditeur

C'est un chapitre fascinant et méconnu des relations entre l'Europe et l'Afrique du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles qu'aborde dans ce récit Giles Milton. Il s'agit de l'aventure cruelle de dizaines de milliers d'Anglais, de Français, d'Espagnols... capturés en mer par les corsaires de Barbarie, et vendus comme esclaves sur les grands marchés d'Alger, de Tunis, ou de Salé au Maroc. Lorsque Thomas Pellow quitte à onze ans sa Cornouailles natale pour embarquer en qualité de mousse sur le bateau de son oncle qui va commercer en Méditerranée, il est loin de se douter de l'odyssée extraordinaire qui l'attend. Le bateau est arraisonné, le jeune Thomas, captif des bandits, est vendu au terrible sultan Moulay Ismaïl, et rejoint les milliers d'esclaves qu'il emploie à la construction d'un palais gigantesque, dans des conditions épouvantables.

Comme beaucoup, sous la torture, il se convertit à l'islam. Mais Pellow, grâce à son ingéniosité et sa vivacité d'esprit parvient, malgré son jeune âge, à attirer l'attention puis l'estime du sultan qui lui confiera la garde de son harem et même des missions militaires. Vingt-trois longues années plus tard, lorsqu'il parvient enfin à s'évader, il sera l'un des rares survivants à pouvoir raconter son histoire. Outre le récit autobiographique de Pellow, Milton a utilisé pour cet ouvrage une documentation exceptionnelle et inédite. A travers des lettres, journaux et documents d'époque, il reconstitue avec sa verve habituelle et un œil clinique d'historien les épisodes troublants de ce commerce singulier, où se mêlent horreurs et malentendus et qui ne prendra fin qu'en 1816.

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Sklavenmarkt
Jean-Léon Gérome, 1866, Marché d'esclaves


Contacts
alessandro.stella@wanadoo.fr
botte@ehess.fr

- annonce de cette initiative sur le site de l'EHESS

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Commentaire

site sur l'esclavage médievale

Chers collègues,

je vous félicite de votre présentation. Je suis en train de préparer un projet comparatif sur l'esclavageb_cluse médievale au monde méditerranéen. Pour plus d'information, visitez notre site sur
http://urts96.uni-trier.de:8080/minev/med_slavery
Amicalement,
Christoph Cluse, Université de Trêves (Allemagne)

Posté par Christoph Cluse, mardi 16 janvier 2007 à 16:04

- lien

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mardi 19 décembre 2006

le bordj de Fedj-M'zala (Algérie)

Diapositive1



le bordj de la commune mixte

de Fedj-M'zala (Algérie)



"frai" a envoyé le message suivant :

Posté par fral, mardi 19 décembre 2006 à 19:23

recherche
je cherche la date excate de la construction de siege de la commune mixte de fedjmzala algerie
cad son bordj administratif merci
  fral - email : fral31@yahoo.fr    


- réponse
Il y deux solutions. Demander au chercheur algérien, Mokrani Mohammed Saddek, qui a travaillé sur l'histoire de Fedj-Mzala, il détient peut-être la réponse... Ou bien, se rendre au Centre des Archives d'outre-mer (Caom), à Aix-en-Provence, pour consulter les archives de l'ancien département de Constantine : apparemment, il n'y a pas de fond spécialement consacré à la commune mixte de Fedj-M'zala, mais les  dossiers se trouvent dans ceux de la sous-préfecture.

Michel Renard

Diapositive1
d'après le calendrier des PTT de 1953, documents édités par Suze Granger


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samedi 16 décembre 2006

Gilbert Meynier, L’Algérie des origines. De la préhistoire à l’avènement de l’Islam

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L'Algérie des origines : histoire

avant-propos, par Gilbert Meynier


Gilbert Meynier, L’Algérie des origines. De la préhistoire à l’avènement de l’Islam, 228 p., à paraître à La Découverte le 27 décembre 2006


Meynier_portrait_juin_2006Dans l’Antiquité, il n’y avait pas d’Algérie, a fortiori avant l’Antiquité, parce que les nations et les États modernes n’existaient pas. Pour des raisons qui relèvent, non de l’Histoire, mais des préoccupations de pouvoir s’articulant sur l’idéologie, des terminus a quo ont arbitrairement fixé tels événements censés décisivement donner le branle à l’évolution historique de l’Algérie. Le Front de libération nationale (FLN) et le pouvoir autoritaire à ancrages militaires qui en est issu et qui régit l’Algérie depuis des décennies ont fait du 1er novembre 1954 le moment zéro de la libération de l’Algérie du colonialisme, moment sans antécédents et sans mémoire.

Jusqu’à la fin du XXe siècle, les manuels d’histoire algériens, conçus à partir de l’époque de Houari Boumediene, ne mentionnaient ni Messali Hadj, ni les militants centralistes du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), ni même nombre de chefs historiques du FLN de 1954 : il s’agissait ce faisant de disqualifier toute la préhistoire du nationalisme algérien – l’Étoile nord-africaine, puis le Parti populaire algérien-Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (PPA-MTLD) –, parce que cette séquence était trop dominée par la figure historique de Messali. Et, plus largement, de mettre hors jeu les ennemis centralistes, ces authentiques politiques qui passèrent la main sans rupture  du MTLD au FLN, et que l’État-major général de Boumediene élimina sans espoir de retour à l’été 1962 sous le parapluie du fragile fusible civil qu’était Ahmed Ben Bella – lui-même éliminé politiquement à son tour trois ans plus tard. Enfin, il importait de ne pas mentionner ceux des chefs historiques qui avaient politiquement mal tourné aux yeux d’une histoire officielle plombée par les bureaucrates dirigeants.

L’appareil qui s’empara alors du pouvoir eut aussi à cœur de figer les Algériens dans une identité identifiée sans discussion à ce qu’il disait être l’islam, et à la langue arabe : c’était là une vision dérivée desportra3 conceptions religieuses/culturalistes des ‘ulamâ’, [photo ci-contre] reprise et instrumentalisée pour en faire un topos dominant de la langue de bois officielle. Étant entendu que l’arabe dont il était question était trop souvent un arabe obscurantisé, qui n’avait que peu à voir avec l’épanouissement des grands penseurs et des grands poètes de l’époque classique de la civilisation arabe, et pas davantage avec les intellectuels libres et hardis de la Nahda égyptienne, dont le regretté Naguib Mahfouz était un chaleureux descendant. Alors que, même dans l’Égypte de Nasser, de Sadate et de Moubarak, les manuels d’histoire ont toujours insisté sur la civilisation égyptienne de l’Antiquité – rappelons que c’est sous Nasser qu’une colossale statue de Ramsès II a été érigée sur la place de Bab El Hadid, devant la gare centrale, avant d’en être récemment retirée pour cause de dégradation liée à la pollution du Caire –, on se mit en Algérie à faire coïncider le début de l’histoire dans les manuels avec l’avènement de l’islam dans le nord de l’Afrique. Ce qui précédait fut expédié en quelques paragraphes renvoyant à une jâhiliyya (l’état d’ignorance et de sauvagerie antéislamique) connotant aussi l’isti‘mâr (le colonialisme) : l’Empire romain, établi sur l’Afrique du Nord deux millénaires plus tôt, était vu purement et simplement comme un pouvoir colonial étranger oppressif, cela en contresens anachronique symétrique aux fantasmes français en la matière, qui représentaient l’Empire romain d’Afrique en continuité civilisationnelle européenne, comme un prestigieux précurseur de l’Algérie française.

Mais déjà, dans le mémoire présenté à l’Organisation des nations unies (ONU) en septembre 1948 par Messali, était entendu que l’histoire de l’Algérie ne commençait qu’à partir de l’islamisation du pays. Messali demeurait même en retrait par rapport à cette manière de Lavisse algérien que fut l’historien officiel de la construction nationale, Ahmed Tawfiq al-Madani. Pourtant, la contribution originelle à ce mémoire du jeune militant et intellectuel Mabrouk Belhocine faisait amplement référence à l’histoire précédant l’islam. Mais Messali avait censuré le jeune téméraire et fait bureaucratiquement expurger la version finale. Pourtant, l’ancienneté du fait berbère en Algérie est une évidence. On sait que la conquête islamo-arabe n’a pas berberes2zndéplacé vers le Maghreb des foules démesurées, pas plus que, par exemple en Europe, les invasions germaniques en France et en Espagne. Aujourd’hui, on peut raisonnablement affirmer que, peu ou prou, les Algériens sont très majoritairement des Berbères arabisés, nonobstant tels radotages d’intellectuels idéologues qui ont voulu faire d’eux des Yéménites originels.

Aucun historien de l’Algérie ne peut cependant nier ou sous-estimer la place éminente, en Algérie, de son ancrage islamo-arabe plus que millénaire, y compris dans les zones restées berbérophones où l’arabe est devenu langue du sacré et langue de haute culture. Le pays chaouia, dans la partie sud-orientale de l’Algérie, berbérophone, fut l’une des régions où, dès les années 1930, le mouvement culturaliste islamo-arabe des ‘ulamâ’ s’implanta le mieux. Et, pendant la guerre de libération de 1954-1962, c’est en Kabylie – en wilâya 3 – que l’Armée de libération nationale (ALN) insista le plus sur l’œuvre d’éducation à réaliser in situ, pour les générations montantes, sous l’oriflamme de l’islam et de la langue arabe ; cela sous l’impulsion de son chef, le colonel Amirouche, qui était évidemment berbérophone – un berbérophone dont des témoignages disent qu’il lui prenait parfois de faire semblant de ne pas comprendre le berbère. Il n’est pas impossible que de telles situations hybrides aient pu exister à l’époque romaine, entre le berbère et le latin.

La «crise berbériste», déclenchée par des militants nationalistes algériens du MTLD se refusant à n’envisager d’acception de la nation que réduite à sa dimension islamo-arabe, secoua le MTLD en 1948-1949, et elle fut tranchée par l’exclusion des «berbéristes», laquelle permit en même temps à Messali d’éliminer politiquement son rival du parti, le docteur Mohammed Lamine Debaghine [photo ci-contre] – lequel était pourtantimages_1 arabophone et musulman croyant. Jusqu’à la fin de la guerre de libération, et au-delà, vouloir poser au FLN la question de la langue et de la culture berbères fut assimilé à une déviation dont l’obscénité frisait la traîtrise. Il fallut attendre le printemps berbère de 1980 pour voir à nouveau la question posée au grand jour, et 1995 pour voir la création du – bien formel – Haut Commisariat à l’amazighité auprès de la présidence de la République.

C’est que, dans leur stratégie du «diviser pour régner», des idéologues coloniaux avaient construit un mythe kabyle qui alla jusqu’à assimiler narcissiquement les «Berbères», parés de toutes les vertus, aux Gaulois, pour les opposer aux «Arabes», auxquels étaient imputés tous les vices : se réclamer de la constante berbère, c’était donc emboucher les trompettes des colonialistes et faire leur jeu ; c’était trahir. Même si nombre de militants berbères ne sont pas toujours, eux aussi, à l’abri du reproche de simplisme et de manichéisme, le fait berbère (dans l’Antiquité, on disait «maure» ou «libyque») est une composante incontournable évidente de l’histoire et de la préhistoire  de l’Algérie.

L'image “http://www.eden-algerie.com/images/wed-jdai.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Oued Jdai, vue proche d'Elkantara (source)


Cet ouvrage met à la disposition des lecteurs une oeuvre simple, de large vulgarisation, aussi bien informée que possible, et tient compte des avancées de la vraie recherche historique, celle dégagée des préoccupations de pouvoir et d’idéologie. Il a donc l’ambition de présenter clairement, d’abord aux Algériens et aux originaires d’Algérie, ce que furent leurs ancêtres, d’où ils venaient, quelles étaient leur vie et leurs préoccupations, leurs joies et leurs frayeurs ; mais aussi, à un plus large public, les origines d’un pays qui est un incontournable partenaire afro-méditerranéen de l’Europe. S’il peut donc contribuer, de part et d’autre de la Méditerranée, à battre en brèche les préjugés, à combattre les stéréotypes et à refuser les facilités, il aura atteint son objectif.

Les ancêtres des Algériens, alors non musulmans et non arabisés, ont vécu dans des sociétés et ont été régis par des États, qui ne méritent pas, loin de là, d’être ravalés à l’obscurité de quelque jâhiliyya que ce soit. Ils étaient en relations – commerciales, techniques, culturelles/artistiques – avec le Proche-Orient et, carthageplus largement, avec les pays qui bordent la Méditerranée. C’est en ce sens que l’influence punique – originellement phénicienne –, par Carthage [photo ci-contre], puis l’influence romaine, par Rome et par les romanisés de l’Empire romain, ont été déterminantes pour modeler l’organisation politique, l’économie, les cadres de la société, la culture et les orientations religieuses des ancêtres des Algériens, mais aussi pour donner la main à des continuités à première vue insolites : le punique avait ici et là subsisté jusqu’au moment de la conquête islamo-arabe et, en Africa (Tunisie) et en Numidie, les conquérants n’eurent pas toujours trop de mal à comprendre cette langue sémite, voisine de l’arabe et de l’hébreu.

Cela même si, à l’évidence, leur langue principale, leur culture, leurs conceptions du sacré restaient – restent encore par de multiples traits – largement tributaires du vieux substrat mauro-libyco-berbère. Mais sans que, dans l’Antiquité, ne fût jamais rompue l’ample symbiose méditerranéenne dans laquelle ils fonctionnaient.

Certes, ce livre ne taira pas les ruptures : de même que l’Algérie indépendante n’est ni l’Algérie coloniale, ni l’Algérie ottomane, ni davantage celle des royaumes berbères, le christianisme n’est pas la révérence au vieux panthéon punique et/ou gréco-romain ; et l’islam n’est pas le christianisme. Pourtant, les ancêtres des Algériens ont adhéré successivement à ces différentes formulations du sacré, du polythéisme à l’islam, en passant par le christianisme. Cette succession se produisit-elle à coups de ruptures ou, à l’inverse, un enchaînement de continuités a-t-il prévalu ?

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Thuburbo Majus, temple de Mercure (Tunisie)

Car, d’une forme humaine à des formes humaines renouvelées du rapport au sacré et des rites, que de continuités : à titre d’exemple, à Thuburbo Majus (dont les ruines sont situées aujourd’hui en Tunisie, près de la localité du Fahs), le règlement d’accès au temple d’Esculape – l’Asclepios grec, l’Eshmaus punique – comportait, trois jours durant, l’abstention préalable des relations sexuelles, l’interdiction de consommer de la viande de porc ainsi que l’obligation de se déchausser. Cela six siècles avant l’implantation de l’islam dans le nord de l’Afrique… Et, dès le néolithique, l’image du croissant de lune appartenait déjà à la symbolique du sacré, mais généralement associée à celle du soleil. De même, au Proche-Orient, dans une autre aire devenue très majoritairement musulmane, c’était sous la personnification de la lune que les Cananéens, les Phéniciens et les Chaldéens adoraient Ashtar (ou Ishtar), divinité qui présidait à la fécondité et à l’amour, et déesse du printemps – c’était l’Astarté grecque, dont dériva probablement Aphrodite, que les Romains assimilèrent à Vénus.

Pour revenir sur terre, beaucoup plus près de nous, aux XIXe et XXe siècles, si les colonisateurs exploitèrent tant la vigne pour produire du vin en Algérie, la viticulture était aussi une activité importante dans l’Antiquité : la production et la consommation de vin y étaient fort développées. Et, depuis plus longtemps encore, les humains s’y nourrissaient principalement de blé – le couscous est resté l’élément de base de leur alimentation –, tout comme sur l’ensemble des rivages méditerranéens : dans le sud de la Palestine, on en connaît une variété moins finement roulée, dénommée justement le maftûl (le roulé) ; et au couscous, équivalent le burghul turc – lequel ressemble au farîk constantinois (blé [ou orge] vert concassé) –, voire la pasta italienne, qui a largement conquis l’espace culinaire maghrébin.

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couscous maftûl palestinien

Enfin, sur le plan de l’organisation sociale, les ancêtres des Algériens, socialisés dans des communautés dont les traits, qui portaient là encore la trace de leur profond ancrage méditerranéen, perdurèrent durant des millénaires en Afrique du Nord : la patrilinéarité, l’endogamie, avec tous les tabous qui s’y rattachent, et le pouvoir souverain des humains de sexe masculin sur l’espace public. Ajoutons, toujours dans le sens du souci de la continuité dont ce livre s’efforce de faire preuve, que, dans tous ses chapitres, a été entrevue la question de l’établissement, à la suite des Phéniciens et de Carthage, de l’évolution et du rôle des Juifs en Afrique du Nord : car ils font bien partie, de manière inséparable, du peuplement et de la société, cela en constante depuis la plus haute Antiquité jusqu’au XXe siècle.

Pour rendre compte de toute la richesse et de toute la complexité du sujet, cet ouvrage propose donc, dans une première partie, d’étudier l’évolution du territoire correspondant à l’Algérie contemporaine, de ses habitants, de l’origine de la vie humaine à l’Antiquité, à travers l’analyse de la préhistoire et de la protohistoire, puis les royaumes maures et numides indépendants – avec notamment les hautes figures de Massinissa et de Jugurtha le rebelle –, avec leurs caractéristiques socio-politiques, linguistiques et culturelles/religieuses. L’influence de Carthage et l’inclusion ancienne du nord de l’Afrique au sein d’une très vivante symbiose méditerranéenne seront abordées.

Nous verrons que les luttes de pouvoir romaines apparaissent étroitement liées au sort de la Numidiejuba indépendante que, après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., Rome finit pas vassaliser, avant de l’annexer purement et simplement. Cela n’empêcha pas in fine le plus célèbre des princes maures vassaux de Rome, Juba II [photo ci-contre], d’incarner, depuis Caesarea (Cherchel), capitale de son royaume de Maurétanie, un apogée raffiné de l’art, de l’architecture et des sciences. Deux ans après le mort de son successeur Ptolémée (40), son royaume fut finalement annexé par l’empereur Claude (42).

Dans la deuxième partie, nous aborderons les «Romano-Africains», à l’époque classique de la domination romaine, du Ier au IVe siècle ap. J.-C. Cette «colonisation», dont le terme même est trompeur, n’eut pas grand chose à voir avec la colonisation entreprise dix-huit siècles plus tard sous l’égide conjointe du national français et de l’avancée du capitalisme. Nous examinerons l’administration romaine et l’encadrement militaire du dispositif défensif du territoire conquis par Rome, ainsi que les normes d’une société, que certains ont donnée pour romaine, mais que d’autres ont prétendue rétive à la romanisation, sans omettre les modalités de l’aménagement de l’espace, dont la rationalité organisatrice et comptable n’exclut pas une forte injustice dans la répartition de la richesse, porteuse d’explosions sociales.

La civilisation romano-africaine fut cependant, au premier chef, une civilisation centrée sur un épanouissement sans précédent des villes : les cités, avec leur connotation sacrée, avec les sépultures qu’elles abritaient pieusement, étaient aussi le lieu d’une vie sociale – marchés, théâtres, jeux du cirque, sens du décor de vie… Dans un tel contexte, seront abordées les manifestations de l’art, de la littérature et de la culture, tant dans les espaces privés que dans l’espace public, et enfin les révérences à un sacré dont les composantes vont d’une religiosité populaire, prenant en compte la marque «nationale» des dieux africains locaux et la popularité du culte dyonisiaque, à un polythéisme plus ou moins officiel qui rendait, aussi, honneur à l’empereur-dieu, sans omettre la prégnance du culte de ce Saturne africain, dont l’origine plongeait dans le culte punique de Ba‘al Hammon, et dont la suprématie incontestée prêta peut-être bien quelque part la main au monothéisme.

Dans une troisième partie, il s’agit de tirer le bilan de l’Antiquité tardive et, notamment, des modalités de passage du christianisme à l’islam (IVe-VIIIe siècles). Nous nous attacherons à éclairer les origines et les raisons de l’expansion du christianisme nord-africain, dont les prémices remontent au IIe siècle, mais dont l’épanouissement fut plus tardif. Non sans voir que les manifestations du christianisme furent marquées par des spécificités – l’ «hérésie donatiste» notamment, en laquelle certains ont voulu voir la manifestation d’un particularisme africain quand d’autres soulignent sa signification au regard des violentes luttes internes qui ébranlèrent la société africaine. Toujours est-il que l’Antiquité tardive connut des révoltes multiformes où le courant de la protestation sociale fut intriqué, in fine, avec les ambitions de pouvoir de princes berbères sur SaintAugustinfond de recul du pouvoir romain.
Le «schisme donatiste», apparemment vaincu par l’orthodoxie catholique, fut refoulé, mais il resta disposé à rejaillir sous d’autres formes humaines. Apôtre de l’orthodoxie catholique, théologien, écrivain fécond et grand politique à sa place d’évêque d’Hippone (Annaba), Augustin de Thagaste (Souk Ahras) [photo ci-contre] marqua de son rayonnement le crépuscule de l’ère romaine. Dès lors, le terroir destiné à devenir un jour l’Algérie passa – à vrai dire peu profondément – sous la domination des Vandales, non sans qu’il se fragmente aussi en diverses principautés berbères et que, finalement, il passe en partie sous la domination théorique du pouvoir byzantin – celui des Rûm(s). Byrance tenta bien, au VIe siècle, une reconquête à contretemps, qui fut toujours bien précaire et seulement dans la partie orientale du Maghreb. C’en était bien fini de l’Empire romain en Afrique, comme dans tout l’Occident européen.

Cela n’empêcha pas que, dans les limites de l’actuelle Algérie, l’Antiquité tardive maintint jusque très tard, et souvent avec éclat, son organisation urbaine. Les villes continuèrent à être le centre de réalisations architecturales notables – bien amoindries et dégradées à l’époque byzantine –, et de vieilles formes architecturales préromaines connurent un réel renouveau dans telles principautés berbères. Dans les centres de la romanité africaine, ce qui s’impose à l’historien de l’Antiquité tardive, c’est la marque chrétienne qui, dans un sens concret comme dans le sens abstrait, différencia la Cité de Dieu de la cité terrestre, marqua les édifices religieux et s’imposa dans les thèmes et les formes du décor.

En conclusion/épilogue, ce livre s’interrogera pour essayer de comprendre si, du christianisme à l’islam, il y eut rupture ou glissement. Les conquérants islamo-arabes n’ont pas conquis aisément le Maghreb : des résistances, plus coriaces et plus longues que celles que les nouveaux conquérants rencontrèrent dans ce qui deviendrait l’Empire musulman, se manifestèrent. Mais, paradoxalement, alors que des traces chrétiennes non négligeables ont subsisté en Syrie ou en Égypte, la victoire à 100 % de l’islam dans l’Afrique du Nord s’expliquerait-elle par une implantation du christianisme somme toute peu profonde, en tout cas rayonnant surtout à partir des villes ? Certes, les humains, pour s’adapter à de nouveaux pouvoirs, n’ignorent pas ce que les Italiens appellent l’«arte di arrangiarsi» (l’art de se débrouiller, l’art de faire avec). Ceux-là même qui révéraient les pouvoirs et les religions établis et en tiraient honneur et puissance ne furent souvent pas les derniers à s’en affranchir pour accueillir les Islamo-Arabes. Et le donatisme couvait comme le feu couve sous la cendre, prêt à se réveiller et à se réorienter. Sans compter, et c’est peut-être bien l’argument décisif, que les gens du cru purent bien percevoir avec empathie les nouveaux venus, en ce sens que ces derniers leur parlaient depuis un substrat oriental qui n’était pas ressenti comme fondamentalement étranger aux ancêtres des Algériens.

cavaliers_arabes


Pour mener à bien l’achèvement de cet ouvrage, moi qui ne suis pas un historien antiquisant, encore moins un préhistorien, j’ai eu recours au service de collègues et/ou amis qui ont accepté de relire patiemment mon manuscrit et d’y traquer les erreurs et les insuffisances. Mes remerciements vont donc, pour cela, à Olivier Aurenche, préhistorien, professeur émérite à l’université Lyon-II, qui a relu la partie consacrée à la préhistoire ; François Richard, historien de l’Antiquité romaine, qui fut jadis professeur d’histoire à Oran, puis enseignant à l’université Lyon-III, aujourd’hui professeur à l’université Nancy-II – il y fut mon collègue et ami –, qui a relu ce qui concerne les périodes numide, maure et romaine ; Pierre Guichard, historien médiéviste spécialiste de l’Occident musulman, qui fut mon condisciple en classes prépa au lycée du Parc de Lyon, professeur émérite à l’université Lyon-II, qui a relu les passages touchant à l’Antiquité tardive et à l’arrivée de l’islam ; à Jean Comby, professeur à l’université catholique de Lyon, enfin, qui m’a précieusement conseillé pour traiter du christianisme

Gilbert Meynier


Timgad

Table

Avant-propos

I
____________ 
De la préhistoire à l’Antiquité

_______________________   
Les ancêtres des Algériens : la préhistoire et la protohistoire
Le paléolithique 
Le néolithique
La protohistoire 

_______________________ 
Les royaumes maures et numides indépendants
Aux origines des royaumes maesyles et masaesyles
Le demi-siècle du grand aguellid : Massinissa le Numide
Influence de Carthage et symbiose méditerranéenne
Les Nord-Africains et leurs langues
L’organisation politique

_______________________ 
La Numidie et la fin de Carthage
Ambitions romaines et indépendance numide
Le crépuscule de l’indépendance numide
La guerre de Jugurtha
Les luttes de pouvoir romaines et la fin de la Numidie indépendante
La Maurétanie de Juba II : l’éclat dans la vassalité
L’annexion finale de la Maurétanie par Rome


II
____________ 
Sous la domination romaine : les Romano-Africains


_______________________   
Colonisation, romanisation et administration provinciale
En Africa-Numidie
En Maurétanie
Les Juifs en Afrique romaine
Une conquête à protéger

_______________________ 
Une société romaine ?

Société, pouvoirs et citoyenneté romaine
Débats sur la «romanisation» de l’Afrique du Nord 

_______________________ 
La société et l’économie, entre rationalité et injustices
L’aménagement des terroirs
Prospérité et partage injuste des richesses

_______________________ 
Une civilisation centrée sur les ville
Villes et sens du sacré
Les défunts et leurs sépultures
S’approvisionner et se distraire
Les marchés
Le théâtre et les jeux du cirque
Jeux d’eaux
La floraison des villes. Quelques exemples
Tipasa
Cuicul/Djemila
Thamugadi/Timgad
Tiddis

_______________________
Arts et culture   
La vie privée : demeures romano-africaines
Art romain d’afrique, art romano-africain
Charmer les yeux : les mosaïques
La sculpture entre sacré et profane
Littérature et vie culturelle
Parcours d’écrivains
La culture dans la société romano-africaine

_______________________
Les Romano-Africains et leurs dieux
Culte dionysiaque et religiosité populaire
Le polythéisme africain ou un divin pluriel
Des dieux «nationaux» ?
Saturne africain : vers le monothéisme ?


III
_______________________

La fin de l’Antiquité. Du christianisme à l’islam

_______________________
Le christianisme d’Afrique du Nord : origines et spécificités
Origines et expansion du christianisme nord-africain
«Hérésie» donatiste et circoncellions

_______________________
Le christianisme d’Afrique du Nord entre les luttes multiformes et la figure d’Augustin
Les révoltes de Firmus et Gildon
Vers l’extinction du donatisme : le feu sous la cendre ?
Le rayonnement d’Augustin (354-430)

_______________________
Vandales, principautés maures et reconquête byzantine
Invasion et domination vandales
L’indépendance reconquise ? Les principautés maures
Byzance en Afrique : une reconquête précaire

_______________________
L’éclat de la civilisation antique tardive
Des villes, toujours : finances et institutions
Des villes toujours : réalisations édilitaires et persistances païennes
La marque chrétienne : Civitas Dei et civitas terrena
La marque chrétienne : les édifices religieux
La marque chrétienne : le décor
Les villes à l’époque byzantine : à la veille de l’islam

_______________________
Du christianisme à l’islam : rupture ou glissement ?
L’accueil des nouveaux venus : de la résistance à l’extinction du christianisme
Victoire de l’islam : un christianisme peu implanté ?
Du christianisme à l’islam : adaptations et facilités
Du christianisme à l’islam : ressentiments et espoir
L’accueil des nouveaux venus : un substrat maghrébo-oriental ?
Épilogue

Annexes
Noms de lieux, noms géographiques : tableau de correspondance
Glossaire des noms communs
Repères chronologiques
Avant J.-C.
Après J.-C.
À lire pour en savoir plus
Table

http://pluq59.free.fr/image/Algerie/2003/016.JPG


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mercredi 13 décembre 2006

recherche un historien de l'Océanie coloniale, germanophone, pour compte-rendu de la thèse de Claus Gossler

Genusschein
bon de jouissance de la Société Commerciale de l'Océanie, 1910
(donnant droit à une part du bénéfice net)



recherche un historien de l'Océanie

coloniale, germanophone, pour

compte-rendu

de la thèse de Claus Gossler


Die Société commerciale de l'Océanie (1876–1914)



Claus Gossler vient de publier, en langue allemande, sa thèse de doctorat portant sur les activités de la Société commerciale de l'Océanie (1876-1914) et soutenue au Département d'histoire économique et sociale de l'université de Hambourg. Il recherche celle, ou celui, qui serait capable de lire son ouvrage et d'en faire un compte-rendu.
Merci.

association "Études Coloniales"


Papeete_quai
Papeete (Tahiti), quai du Commerce


Review of my doctoral dissertation just published : Die Société commerciale de l'Océanie (1876-1914)

To the editorial board !

I wonder if there is a chance of finding somebody on your staff willing and able to review my doctoral thesis written in German. It has been accepted by the Department of Social and Economic History of the University of Hamburg, was graded "magna cum laude" and has just been published. It is called :

Die Société commerciale de l’Océanie (1876-1914). Aufstieg und Untergang der Hamburger Godeffroys in Ost-Polynesien.

(in English:  Société Commerciale de l’Océanie (1876-1914). Rise and Fall of the Hamburg House of Godeffroy in East-Polynesia.)

The company I researched into was a joint-stock company registered in Hamburg whose center of commercial activity was located in Papeete, Tahiti, Society Islands. This trading company exported local products from these islands, such as coprah, mother of pearl shells, cotton and vanilla to Europe, the US and Latin America while importing manufactured goods and food stuffs from these countries for distribution on the islands. It operated between three and five trading stations on other islands at different times for collection and distribution, and it owned schooners for transporting their goods, and for a time also plantations.

It was the most important trading company in the area until the beginning of WW I, when it was expropriated by the French. From the correspondence of which a major part was handed down and deposited at the Hamburg State Archive I was not only able to reconstruct turnover figures, balance sheets and profit and loss statements for most of the years, but I also portrayed the personalities of their managers, their staff, some customers and all competitors. Critical analysis of their managers' actions and decisions are part of the study as well as a detailed picture of the social, political and economic circumstances under which the company had to operate.

If you are able to find a person to review this monograph (of 592 pages), I would be happy to send a complimentary copy.Claus_Gossler

ISBN-13: 978-3937729-20-6
Thanks in advance and best regards,

Claus Gossler

Posté par Claus Gossler, jeudi 14 décembre 2006 à 12:50
contact : Claus.Gossler@freenet.de



papeete_tahiti_couleur


___________________________________________________________________

présentation éditoriale de l'ouvrage de Claus Gossler

Die Société commerciale de l'Océanie (1876–1914)
Aufstieg und Untergang der Hamburger Godeffroys in Ost-Polynesien

[978-3-937729-20-6] - 44,9 Euros

Als sich der geschäftsführende Partner von Johann Cesar VI Godeffroy, der schon als „Südseekönig“ bekannt war, 1875 aus dem Management der gemeinsamen Firma in Tahiti verabschiedete, wurde die in diesem Buch dargestellte Hamburger Aktiengesellschaft mit französischem Namen gegründet. Ziel dieses Unternehmens war es, das in Ost-Polynesien bestehende Handelsgeschäft weiterzuführen und unter Einsatz zusätzlichen Kapitals weiter auszubauen.
Die weitgehend erhaltene Korrespondenz zwischen den Geschäftsführern in der Südsee, mit dem Hamburger Aufsichtsrat und dem Generalagenten der Firma machte es möglich, nicht nur das betriebswirtschaftliche Handeln des Unternehmens bis zur Enteignung zu Beginn des Ersten Weltkrieges präzise zu analysieren. Sie erlaubte es auch, ein getreues Bild der wirtschaftlichen, politischen und sozialen Verhältnisse auf den Gesellschaftsinseln zu zeichnen. Dabei stehen die Aktivitäten des Unternehmens in einer Zeit großen politischen Umbruchs – charakterisiert durch den Wettbewerb zwischen Frankreich und England um einzelne Inselgruppen – im Vordergrund. Das äußerst zurückhaltende Engagement, welches das siegreiche Frankreich dieser Inselgruppe gegenüber an den Tag legte, wird dabei kritisch unter die Lupe genommen.

Papeete_Tahiti_les_quais


___________________________________________________________________

Hansekogge von 1380



Deutsches Schiffahrtsmuseum



Deutsches Schiffahrtsarchiv

Abstracts

Claus Gossler
Die Société Commerciale de l'Océanie (SCO)
Die Flotte einer Hamburger Handelsfirma in der östlichen Südsee (1876-1914)
Deutsches Schiffahrtsarchiv (DSA) 27, 2004, S. 93-110
Article printed in German, with English and French summaries, 3 ill.

Abstract

The Société Commerciale de l’Océanie (SCO). The Fleet of a Hamburg Trading Company in the Eastern South Seas (1876-1914)
Until its expropriation at the beginning of World War I, the Société commerciale de l’Océanie (SCO), founded in 1876 as a German joint-stock company in Hamburg, engaged in intensive trading with the islands of Eastern Polynesia. This involved the import of manufactured goods and foodstuffs from Europe, the United States and New Zealand, and the export of local products such as copra, cotton, mother-of-pearl shells, vanilla and several other articles. On the most important islands, manufactories and trading posts were in charge of the sale of food and manufactured goods and the purchase of export products. The SCO's zone of economic influence extended to almost all the inhabited islands of Eastern Polynesia. Since a regular shipping route developed only slowly, and floating sales stores and product collection-points were required in addition to the fixed trading posts, the company operated the largest schooner fleet in the large region consisting of around one hundred widely scattered islands. The trading company also experimented with the construction and use of gasoline schooners, invested in a Lübeck-built wooden steamer, and tried its luck as a sailing-ship company on the routes between San Francisco, Valparaiso and Papeete. The essay examines the reasons for the company to have a fleet of its own – a major investment at that time – and also the size, variety and use of such a fleet.

© 2005, Deutsches Schiffahrtsmuseum, Bremerhaven

Author's address :

Claus Gossler · Eichenweg 10 B · D-21465 Wentorf · Germany

___________________________________________________________________

The social and economic fall of the salmon/brander clan of tahiti

Author : Gossler, Claus

Source : Journal of Pacific History, Volume 40, Number 2, September 2005, pp. 193-212(20)

Lien

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Claus_Gossler  Die Société commerciale de l'Océanie (1876–1914)



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lundi 11 décembre 2006

Nouvelles approches des sociétés coloniales et post-coloniales

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Nouvelles approches des sociétés

coloniales et post-coloniales :

pouvoirs, espaces, intercations

Journée d'études "jeunes chercheurs"

11 janvier 2007, ENS-LSH, Lyon, salle F106


Photo de l'ENS Sciences


10h00
Présentation du laboratoire jeunes chercheurs «Mondes colonisés».
Introduction générale par Pascale Barthélémy, ENS-LSH, présidente de la journée


10h30 – 12h30
LES ESPACES DE LA COLONISATION : CONTROLES, TRANSFORMATIONS, RESISTANCES

Dao Quang Vinh, doctorant en études urbaines, Université de Montréal, Canada
«Morphogenèse du quartier de Bui Thi Xuan à Hanoi : un entre deux négocié entre pouvoir colonial et résistance locale».
Rémi Manesse, doctorant en études urbaines, EHESS
«Les villes israéliennes: histoire d'un paysage urbain façonné par l'ambivalence de l'héritage colonial».
Myriam Suchet, doctorante en lettres modernes, Lille III-Paris XIII
«Les enjeux de la représentation de l'espace pour la construction de soi dans la littérature francophone caribéenne : l'apport des postcolonial studies à l'étude de Texaco».
Discutant : François Dumasy, EFR, Université de Provence, «Mondes colonisé»


13h30 – 15h30
LES REPRESENTATIONS METROPOLITAINES DE LA COLONISATION,
ACTRICES DE L’EXPANSION COLONIALE ET DE LA CONSTRUCTION NATIONALE

Adrien Delmas, doctorant en histoire, EHESS
«Culture écrite et expansion européenne à partir du cas de l'Itinerario au tournant du XVIIe siècle».
Nadia Vargaftig, doctorante en histoire, Paris VII, «Mondes Colonisés»
«Y-a-t-il eu un colonial-fascisme ? Ce que les expositions coloniales du Portugal et de l'Italie entre-deux-guerres nous disent».
Vanina Profizi, doctorante en histoire, EHESS
«U lamentu di u culuniale : la presse régionaliste corse face à la colonisation (1880-1940)».
Discutante : Marie-Albane de Suremain, I.U.F.M. Créteil

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Angola, colonie portugaise


16h – 18h
LA FABRIQUE DES CATEGORIES : NOMMER POUR AGIR.

Cécile Garcia, doctorante en anthropologie, EHESS
«Des "races" aux "classes". Naissance et réappropraition d'une nouvelle représentation en Nouvelle-Calédonie, celle des classes sociales».
Claire Llanes, doctorante en histoire, Université de Toulouse-Mirail
«Le tourisme en Tunisie et au Maroc : une nouvelle approche de la colonisation (1881-1956)».
Vincent Bonnecase, doctorant en histoire, Université de Provence
«Avoir faim en Afrique occidentale française. Investigations et représentations coloniales (1920-1960)».
Discutante : Isabelle Merle, CNRS.


Figure 4.27. La forme régulière de maison contemporaine à Hanoi.
façade du quartier Bui Thi Xuan à Hanoi (source)



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Posté par michelrenard à 07:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]