journée d'études

"les administrations coloniales"

Samya EL MECHAT



Institut d’Histoire du Temps présent
Groupe de recherche : « Les administrations coloniales»

Le 6 novembre 2006

Cher(e) Collègue,

Dans le cadre du groupe de recherche «Les administrations coloniales», l’Institut d’Histoire du Temps présent organise le 3o mars 2007 une journée d’études sur le thème des administrations coloniales.

Vous trouverez ci-joint une présentation du projet de recherche ainsi que les axes d’études qui ont été retenus pour cette journée.

Si ce sujet vous intéresse, nous vous prions de bien vouloir nous envoyer avant le 20 novembre 2006, une proposition de contribution sous la forme d’un titre et d’un bref résumé.   

Nous vous remercions de votre collaboration et vous adressons nos cordiales salutations.

Samya El MECHAT
Anne-Marie PATHE
Malika RAHAL

s.mechat@wanadoo.fr
anne-marie.pathe@ihtp.cnrs.fr
rahal@ihtp.cnrs.fr

Les administrations coloniales


Objectifs du groupe

Le groupe réunira un certain nombre d’enseignants-chercheurs, de chercheurs, de chercheurs associés et de doctorants qui souhaitent travailler ensemble sur un thème en histoire coloniale à l’époque contemporaine, le thème choisi se limitant au Maghreb et à la Méditerranée orientale. Les échanges au sein du groupe permettront d’améliorer les résultats du travail de recherche individuel en créant un cadre propice à la comparaison et à la confrontation sereine des différentes approches.

Le choix du thème - les administrations coloniales - est né des premières discussions entre les initiateurs de cette démarche. Celle-ci est largement ouverte à d’autres collaborations scientifiques de chercheurs désireux de mettre en commun leurs travaux.

L’approche historique constituera l’instrument privilégié pour comprendre et développer la problématique retenue. Mais la réflexion s’appuiera sur l’apport d’autres disciplines comme la sociologie, le droit, la science politique, etc.


Présentation du projet de recherche

Historiens du droit, juristes, sociologues, philosophes et anthropologues ont pensé et repensé le concept de l’Etat. Les uns et les autres ont explicitement construit des théories de l’Etat, défini la notion même d’Etat et la signification que le concept peut revêtir en fonction des contextes, des champs théoriques, voire des idéologies.

C’est sans doute la relative absence de travaux historiques qui nous conduisent à vouloir aborder l’administration coloniale et ses pratiques avec les outils de l’historien. Sans exclure les apports des autres disciplines dont la contribution aide à poser la problématique d’ensemble, l’approche qui est proposée laisse de côté la vision théorique et abstraite de l’Etat pour s’attacher à l’étude de l’administration coloniale.

Dans le champ de réflexion qui est le nôtre, nous retiendrons surtout que l’Etat n’est pas seulement une entité abstraite, mais qu’il fonctionne aussi comme un lieu de pouvoir et de commandement, tant stratégique qu’opérationnel. Cette ambivalence est fondamentale. Un Etat ne peut exister véritablement sans l’intervention d’un élément central dans l’affirmation de la puissance étatique : l’administration, ensemble complexe, ordonné autour d’un principe d’efficience, s’étendant à tous les domaines de la vie collective et de celle des individus. L’administration est au cœur de l’Etat, c’est elle qui assoit son pouvoir et lui fournit en temps de paix les moyens de sa puissance, comparable à celle que l’armée lui assure en période de guerre ou de tension. Selon l’expression de Jacques Ellul, elle donne à l’Etat « une ubiquité impressionnante ». Au sens complet du terme, il n’y a d’Etat que lorsque le système d’encadrement de la nation, d’organisation et de coordination des grandes fonctions de l’Etat est assuré par un corps ordonné et obéissant aux ordres de l’Etat. 

Cependant cette vision de l’administration omnipotente et centralisée correspond sans doute davantage à un idéal-type qu’à une formation sociale observable. En effet, l’étude des pratiques administratives montre que, si cette forme d’organisation est bien repérable, à l’époque contemporaine, la construction administrative reste un processus singulièrement lent, dont le développement est rarement linéaire. Certes l’administration transmet et fait exécuter les ordres de l’Etat, mais elle sait aussi les adapter aux nécessités des populations concernées, voire parfois prendre quelque liberté avec les orientations et les directives données pour suivre des objectifs qu’elle-même se donne. Au-delà des limites humaines et structurelles, les administrations doivent compter avec des comportements culturels et des inclinations sociales et politiques solidement ancrés dans les sociétés qu’elles ont pour mission d’encadrer. Ces limites sont une dimension importante pour la compréhension de l’action de l’administration.
   
Pour approfondir la réflexion, notre démarche combinera, dans une perspective comparée, des travaux portant sur le rôle de l’administration dans les processus constitutifs de l’hégémonie impériale (France, Angleterre, Espagne, Italie). Elle fera place à l’étude de divergences, voire d’oppositions dans les conceptions et les pratiques administratives mises en œuvre par les puissances coloniales.

Une analyse comparative des structures et des pratiques administratives des puissances coloniales européennes permettra d’aborder la nature des liens entre les métropoles et les territoires qui leur sont rattachés. Les pratiques britanniques tenues pour «libérales» s’opposent-elles vraiment au «tout-Etat colonial» français ?

L’étude de l’administration coloniale française est particulièrement significative, car elle repose sur une illusion, une fiction. Hors de ses frontières, la France répète l’expérience intérieure par la diffusion des mêmes principes d’organisation, et elle impose partout le même moule français (Pierre Legendre). L’objectif est en effet de souder fortement à la métropole les territoires situés hors des frontières nationales, et d’en faire des éléments d’un même ensemble.

Cette volonté d’instaurer la suprématie de la métropole fait surgir une situation paradoxale et conflictuelle qui, au total, dessert l’entreprise de domination plus qu’elle ne vient la servir. La réflexion de Chailley-Bert, député de 1906 à 1914, patron de l’Union coloniale et rapporteur du budget des Colonies, «c’est une chose très singulière que nos colonies, qui ont tant de rouages administratifs, manquent d’institutions», illustre parfaitement les contradictions du système. A la différence des structures administratives ou des rouages, dont elles sont largement pourvues, les colonies manquent d’institutions, c’est-à-dire d’instances de «médiation» (Pierre Legendre), de lieux de représentation. Bien évidemment, cette lacune fondamentale n’a rien de fortuit : l’existence d’institutions impliquerait une pluralité d’acteurs, qui est jugée incompatible avec la domination coloniale. La formule de Chailley-Bert amène aussi à s’interroger sur la nature véritable et la capacité de l’administration coloniale à prévenir les risques et à promouvoir l’émergence d’une société égalitaire.

Quatre thèmes sont proposés pour guider la réflexion :

1. La centralisation, pierre angulaire de tout l’édifice administratif. Est-ce la métropole qui fait la loi, gouverne et administre ou s’agit-il plutôt d’un Etat centralisé aux pratiques administratives multiples ?  L’étude des différentes formes de la puissance étatique et les conditions de leur réception au niveau des sociétés colonisées offrent sur ce plan de nouvelles perspectives de réflexion. 

2. L’assimilation et/ou la subordination. Seront abordées la substitution d’un mode de penser à un autre (organisation administrative, justice, régime foncier…), la formation et la prépondérance des élites administratives et des fonctionnaires coloniaux (l’école coloniale), l’intégration des structures locales traditionnelles ou préexistantes et leur conversion en appareils subalternes de contrôle des populations soumises (protectorats tunisien et marocain).

3. L’évocation des dérives et des paradoxes du «tout-Etat colonial» ne permet pas seulement de rendre compte, toujours dans une démarche comparative, de l’entreprise de domination, mais aussi de mettre en perspective les objectifs contradictoires du système colonial. Ce thème traitera notamment du rôle et de l’action des institutions et des structures administratives de la métropole, du statut des personnes, et des législations spécifiques aux territoires sous tutelle.

4. Le rôle de l’administration coloniale dans le transfert des structures de l’Etat moderne (délimitation de frontières, système juridique calqué sur les concepts métropolitains, fonctionnariat). L’apport de l’histoire coloniale comparée à la connaissance générale des formations des «nouveaux Etats» sera privilégié. Dans cette perspective, l’étude des interactions entre pouvoir colonial et organisation politique et administrative des Etats post-coloniaux nous paraît intéressante.


Programme d’activités

Une première journée d’études sera organisée le 30 mars 2007. Deux axes ont été définis pour cette journée :
- L’état de l’historiographie
- Les structures et les acteurs de l’administration coloniale


Une deuxième journée d’études est prévue à l’automne 2007 ainsi que la préparation d’un ouvrage sur les administrations coloniales.

Samya El MECHAT
Professeur des universités-UNSA
Chercheur associé-IHTP


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Le siège de l'administration coloniale
Ensemble architectural construit à la fin du XIXe siècle
par Victor Ballot, premier gouverneur de la colonie du Dahomey,
au coeur du palais pour marquer sa domination sur le royaume fon.
La résidence et le bloc administratif de cet édifice colonial
servent aujourd'hui de cadre d'exposition des bas-reliefs découpés et restaurés.
(source : Musée historique d'Abomey)


 

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