mercredi 25 octobre 2006

les chemins de fer à Madagascar (1901-1936), une modernisation manquée (article de Jean Frémigacci, revue Afrique & Histoire)

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les chemins de fer de Madagascar

(1901-1936) :

une modernisation manquée

un article de Jean FRÉMIGACCI

dans le n° 6 de la revue Afrique & Histoire



L'âge des chemins de fer à Madagascar risque d'avoir été bref. De 1901, qui vit l'ouverture du premier chantier, à 1936, un embryon de réseau de quelque 860 kilomètres fut constitué. Mais, en 2001 sur les 4 lignes qui le composaient, seul le FCE (Fianarantsoa-Côte-Est, 163 km) était encore animé par un modeste convoi quotidien, alors même que le problème des transports était plus aigu que jamais. Depuis, le TCE (Tananarive-Côte-Est, 369 km) a repris du service pour l'acheminement de pondéreux, les hydrocarburesanivorano_chemin_de_fer principalement. Mais la tentative de remise en service du TA (Tananarive-Antsirabé, 158 km) s'est soldée par un déraillement de bien mauvais augure. Dans le contexte politique et idéologique actuel qui privilégie la privatisation de toutes les activités économiques, l'avenir dees chemins de fer malgaches est plus qu'incertain.

Or, incriminer la mauvaise gestion des Républiques successives depuis 1960 n'est pas une explication suffisante. Car une analyse remontant aux origines de ces voies ferrées fait apparaître clairement que l'entreprise a été dès l'origine mal pensée et encore plus mal exécutée. Le calcul économique resta déficient, ce qui rendait illusoires les espérances de développement, elles-mêmes obérées par de sévères contraintes, qu'il s'agisse des conditions de financement, du parasitisme d'intérêts particuliers ou d'effets pervers source de blocage économique. Et surtout, la réalisation fut menée au prix d'un coût social et humain très élevé, qui éclaire notamment les origines de l'insurrection de 1947 dont les chemins de fer furent les axes et la cible, et au-delà, l'hostilité des populations à une modernité toujours perçue comme oppressive.

Jean Frémigacci, Afrique & Histoire, n° 6, p.163

* la suite dans le n° 6 de la revue Afrique & Histoire, novembre 2006


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le FCE est la ligne de chemin de fer Fianarantsoa-Côte-Est


- Jean Frémigacci, maître de conférence à l'université Paris I-Panthéon Sorbonne


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mardi 24 octobre 2006

le n°6 de la revue Afrique & Histoire est paru

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le n°6 de la revue

Afrique & Histoire est paru



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cliquer sur l'image pour l'agrandir

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Dossier : Chamanisme et art rupestre


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"Chamane en transe, Mongolie, 1934" (source de cette image)
D'après Roberte Hamayon, les comportements ritualisés des chamanes de Sibérie
ont souvent été abusivement qualifiés de "transe"



Présentation du dossier :

chamanisme et art rupestre

Jean-Loïc Le Quellec


Depuis plusieurs années, l'intérêt croissant du grand public pour la question des origines de l'homme se double d'une attention marquée pour celle des origines de l'art et pour les théories du type "out of Africa". Comme souvent lorsqu'il s'agit de questions aussi difficiles, les informations diffusées dans les médias ne rendent que très rarement compte de la complexité des discussions qui agitent le monde savant à leur propos. Surgissent alors des "vulgates" généralisantes qui monopolisent les débats au point de se réifier enChamanes_pr_histoire_couv dogmes. Concernant plus précisément les arts rupestres, l'interprétation dite "chamanique" fait grand bruit depuis la parution, il y a dix ans, d'un livre de Jean Clottes et David Lewis-Williams intitulé Les chamanes de la préhistoire. Des traductions en anglais, allemand, espagnol, ont largement diffusé les hypothèses défendues dans cet ouvrage, et elles ont été reprises par une kyrielle d'auteurs qui ne s'embarrassent pas toujours de nuances. Il est ainsi devenu fréquent de lire que les mains négatives témoignent d'une volonté de traverser le "voile" tendu par la paroi entre notre monde sub-lunaire et un monde autre… sans que le moindre argument soit avancé pour défendre cette idée. Plus fréquemment encore, on lit, à propos de peintures de tous les continents que les images de "théranthropes" (figures mi-humaines, mi-animales) représenteraient des chamanes en transe… ceci sans davantage de preuve. Enfin, sous la plume d'auteurs très nombreux, toute image géométrique simple (cercles concentriques, nuages de points, digitations, etc.) est devenue susceptible d'une interprétation comme "signe entoptique", c'est-à-dire comme reflet graphique d'un type d'hallucination dont les chamanes auraient communément l'expérience au cours de la transe.

Or il ne s'agit pas là d'idées nouvelles, puisque l'interprétation des arts rupestres par la pratique d'un comparatisme ethnographique lorgnant du côté des chamanes sibériens et nord-amérindiens est au contraire la plus ancienne : elle était déjà pratiquée, il y a exactement un siècle, par Émile Cartailhac et Henri Breuil [photo ci-dessous, avec Teilhard de Chardin] dans leur analyse de l'iconographie d'Altamira. Ce qui est nouveau ici, c'est la volonté affichée a_ratedd'une approche plus scientifique que celle pratiquée par les auteurs du passé, en faisant appel aux neurosciences. Cette démarche, née en Afrique du Sud à l'initiative de David Lewis-Williams [photo ci-contre] et de Thomas Dowson, fut par la suite étendue à l'Afrique australe, puis à d'autres régions du continent africain (notamment le Sahara), avant d'être élargie davantage encore, surtout vers l'art des grottes paléolithiques européennes.


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Henri Breuil (1877-1961), au centre,
avec Teilhard de Chardin, à gauche

Afrique & Histoire se devait donc de faire un point sur cette question, et d'en ébaucher l'histoire. En premier lieu, il importait de se défier d'un risque de réductionnisme touchant directement la notion même de "chamanisme" et de son rapport à la transe. En effet, il est plus correct de parler "des" chamanismes, et siberienon pas d'un chamanisme en général, et l'on s'aperçoit alors que dans la zone du chamanisme sibérien et mongol, généralement prise comme exemple d'aire chamanique par excellence, l'existence de la transe est fort sujette à caution. Pour l'élaboration de ce dossier, nulle mieux que Roberte Hamayon ne pouvait nous expliquer comment, pour contacter les "esprits", certains chamanes adoptent un comportement ritualisé dont la nature et la fonction furent souvent incomprises par des observateurs qui, en fonction de leurs propres croyances, l'ont abusivement qualifié de "transes".

Notre dossier se poursuit par une mise en perspective historique des présupposés méthodologiques de l'interprétation chamanique, des origines à celle qui est actuellement diffusée. À cet effet, Jean-Loïc Le Quellec dresse une rapide histoire des lectures chamaniques de l'art rupestre, examine la question d'un hypothétique chamanisme africain, met en cause le type de comparatisme ethnographique pratiqué par Lewis-Williams. Il apparaît alors que la réception des théories de cet auteur a certainement bénéficié du terreau néo-chamanique contemporain, qui lui a permis de sortir du cercle restreint des spécialistes pour faire florès dans les médias.

Tout historien sait qu'il est toujours utile de retourner aux sources, et c'est ce que nous propose ensuite Anna Solomon, en considérant les positions et méthodes de travail de George Stow, le pionnier des études rupestres en Afrique du Sud au XIXe siècle. Stow était de son temps, bien sûr, et il en avait certains des défauts, mais les pistes de recherches qu'il a tracées sont toujours valables de nos jours. Anne Solomon conclut qu'il conviendrait de réhabiliter son œuvre face aux attaques qu'elle subit de la part des tenants de l'hypothèse chamanique.

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George William Stow (1822-1882)

Du reste, ladite hypothèse a trop souvent été acceptée dans examen, parce qu'une véritable expertise nécessitait la mise en œuvre d'une double compétence, à la fois en art préhistorique et en neuropsychologie. C'est pourquoi Patricia Helvenston, neuropsychologue, et Paul Bahn, auteur, entre autres volumes de références, de la Cambridge Illustrated History of Prehistoric Art, se sont associés pour74423438_0_m examiner la validité de la thèse soutenue par Lewis-Williams et son école. Il nous est alors démontré que ses fondations empiriques sont extrêmement fragiles, quand elles ne sont pas fausses. De l'analyse présentée par Helvenston et Bahn il ressort qu'il s'agissait davantage, à l'origine (en 1988) d'une intuition défendue par des lectures neuropsychologiques insuffisantes, et que ses auteurs tendent maintenant désespérément de "sauver", à mesure que se multiplient les contradictions, selon un schéma courant dans l'histoire des sciences.

L'ensemble de ces contributions ne peut qu'inciter les lecteurs à la prudence et elles montrent en tout cas que la thèse chamanique est très loin de constituer la "pierre de Rosette" des arts rupestres sud-africains, ainsi que l'a souvent présentée Lewis-Williams lui-même. Si elle est impuissante à expliquer l'ensemble des arts rupestres d'Afrique australe, son extension à d'autres domaines temporels et géographiques est donc sans aucun doute prématurée. Mais son succès médiatique est toujours tel qu'il éclipse d'autres voies d'interprétation, tout aussi hypothétiques, certes, mais plus intéressantes. Au titre d'exemples peu connus du monde francophone, nous présentons, pour clore ce dossier, les travaux de Francis Thackeray – qui réhabilite avec courage, et de façon convaincante, la vieille hypothèse de la "magie cynégétique" rejetée comme obsolète par les tenants de la thèse chamanique.

Jean-Loïc Le Quellec

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chamanes haidu (Canada)
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- site de Jean-Loïc Le Quellec

Jean-Loïc Le Quellec

- le dernier livre de Jean-Loïc Le Quellec : Art rupestre en Afrique, Flammarion, 2004

Présentation de l'éditeur
Les voyageurs qui découvrent les peintures et gravures rupestres africaines sont fascinés par leur esthétique et ne peuvent manquer de s'interroger sur leur signification. Arts rupestres et mythologies en Afrique offre un panorama des grands ensembles pariétaux de tout le continent, répartis en quatre grandes zones géographiques : le Sahara, l'ouest et le centre, la Corne et l'Afrique de l'est, l'Afrique australe. Ils se caractérisent par des choix stylistiques variés, allant d'un réalisme accentué à une symbolisation presque abstraite. Photographies, relevés et dessins viennent témoigner dejllq3 leur originalité. Après avoir replacé ces œuvres dans le contexte de leur découverte par les grands explorateurs, l'auteur s'attache à en décrypter la signification cachée, écartant des lectures erronées trop facilement reçues par la tradition et proposant des interprétations nouvelles. Il évoque des récits légendaires qui permettent d'élucider en partie ces images et de reconstituer la mythologie d'un passé plus ou moins lointain ; il analyse aussi les mythes que ces œuvres ont à leur tour suscités au sein de la culture occidentale, proposant ainsi une étude exhaustive de cet art ancestral et de ses influences.

Biographie de l'auteur
Chercheur rattaché au CNRS, Jean-Loïc Le Quellec est ethnologue, anthropologue, spécialiste de la préhistoire et de l'art rupestre saharien. Il a publié une dizaine d'ouvrages, notamment Symbolisme et art rupestre au Sahara (l'Harmattan, 1993), Préhistoire et art rupestre au Sahara (Payot, 1998) et Tableaux du Sahara (Arthaud, 2000).

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- n° 5 de la revue Afrique & Histoire, sur ce site









 

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vendredi 20 octobre 2006

Séminaire Omar Carlier

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Séminaire

La «guerre d'Algérie»,

histoire et historiographie

Omar CARLIER



Master 2.  Spécialité : Sociétés du Sud
Sém de M2 -  43 HI 5263  La «guerre d’Algérie», histoire et Historiographie (Le séminaire commencera au premier semestre et se prolongera au second. Il se tiendra un mardi sur deux, de 9  à 11h,  à compter du 10 octobre 2006 , sur le site de Tolbiac,  salle 184 (par le deuxième étage).


I - Présentation : objet, approches, sources, méthodes, enjeux.   

- 10 octobre : Omar Carlier  (Paris VII)
    1 : La guerre, les guerres. Histoire et sciences sociales
    2 : Une «guerre sans nom» ? Amnésie, hypermnésie, censure.
    3 : Sources et méthodes. Questions, objets, terrains,
   4 : Une épreuve majeure pour la France. Une geste fondatrice pour l’Algérie. Une référence pour les sociétés du Sud 

- 24 Octobre : Les archives par les archivistes
     Rémy Porte, officier historien, directeur de la recherche terre, SHD (ex SHAT),
    André Brochier, conservateur au CAOM, Aix en Provence

- 7 novembre : Nouvelles sources, nouveaux objets : iconographie, littérature
     a/ Iconographie : Marie Chominot, (doctorante) : la photo. Caroline Blache : le cinéma
     b/ Zineb Benali : la littérature

- 21 novembre : Synthèses historiques récentes.  Jacques Frémeaux (Paris IV)
     lectures croisées : Benjamin Stora, Annie Rey-Goldzeiger. Guy Pervillé, Sylvie Thénault

- 5 décembre : L’oeuvre de Mohamed Harbi. (Omar Carlier)
     Débat avec l’auteur

- 19 décembre : La «somme» de Gilbert Meynier. Sylvie Thénault (CHS-Paris I/CNRS)
    Débats avec l’auteur

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II - Renouvellements et remaniements historiographiques anciens et nouveaux

- 16 janvier 2007 : Histoires et mémoires. Benjamin Stora (Inalco)

- 13 février : Temporalité, timing, logiques d’action
Omar Carlier : printemps 1956 : la «levée en masse» ?
Fouad Soufi ( Alger) : L’événement : le 5 juillet à Oran

- 27 février : Minorités  (Berbères, Juifs, Ibadites/ femmes, jeunes/ libéraux, chrétiens, communistes, trostskystes/ harkis, MNA, etc). René Galissot, …
  (sous réserves) Débats avec F. Colonna, M. Hamoumou, R. Ayoun, B. Stora, A. Guenoun

- 13 mars : Lecture historiographique de la guerre. Raphaëlle Branche (Paris I)

- 27 mars : Économies de guerre, sociétés en guerre
    Daniel Lefeuvre (Paris VIII). L’enjeu économique
    Et retour sur la thèse de Hartmut Elsenhans

- 24 avril : Terrains. Acteurs. Echelles
    a/ La guerre au village, les femmes dans la guerre. Soraya Guiddir (doctorante)
    b/ Territoires, régions et Wilayas. Warda Tengour (CRASC), Aurès et Wilaya I
    c/ Les bases arrières de l’ALN : Maroc, Tunisie, Libye. Daho Djerbal (Alger),

- 3 mai : Histoire et imaginaire
    a/ Omar Carlier, la figure du moudjahid
    b/ Nedjma Abdelfattah (Alger), le musée du jihad


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Ryad el-Feth, Alger (musée du jihad)


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mardi 17 octobre 2006

De la construction du discours colonial (journée d'études)


 Le c[omman]dant Marchand à travers l'Afrique par Michel Morphy
affiche publicitaire en couleurs illustrée ; publicité du livre de Michel Morphy,

1901


journée d'études : 3 novembre 2006 à Lyon 2


De la construction du discours colonial

l'empire français aux XIXe et XXe siècles

Oissila SAAÏDIA, Laurick ZERBINI



Dans un contexte marqué par les polémiques soulevées autour des douloureuses questions de la traite négrière et de la guerre d’Algérie, la fonction sociale de l’historien reste plus que jamais d’actualité. Forte de cette réflexion, l’Équipe Religions, sociétés et acculturation du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes propose une journée d’étude sur la question de la colonisation.

Pour aborder ce pan de notre histoire, les organisateurs ont choisi de s’intéresser à l’historiographie — c’est à dire à la manière dont a été écrite et s’écrit l’histoire de la colonisation — et l’histoire de l’art, tant il est vrai que toute société se définit aussi par sa production artistique.

Le cadre de la journée ne permet pas d’aborder toutes les dimensions de l’histoire ni l’ensemble des zones géographiques. Ont donc été privilégiés les mondes africains, caraïbes et asiatiques de l’empire français selon une approche plus globale que locale.


 

9h30 : Introductions

Oissila Saaïdia (IUFM Strasbourg), 30 minutes

Laurick Zerbini (Univ. Lyon 2), 15 minutes

Transition :

10h15 : Claude Prudhomme (Univ . Lyon 2) : Réflexion sur les concepts et notions : acculturation, syncrétisme, métissage, race, etc., 30 minutes.

10h45 : Pause

11h30 : Philippe Delisle (Univ. Lyon 3) : Historiographie, mondes caraïbes et Guyane, 20 minutes

11h50-12h15 : Débat

12h30-14h Repas

Transition :

14h15 : André Delpuech (Musée du Quay Branly) : Historiographie, histoire de l’art des Amériques, 20 minutes

14h35 Elise Patole-Edoumba (Museum d’Histoire naturelle, La Rochelle) : Historiographie, histoire de l’art océanien, 20 minutes

14h55 : Pascale Barthélémy (ENS, Lyon) : Historiographie, mondes africains, 20 minutes

15h15 : Laurick Zerbini (Univ. Lyon 2) : Historiographie, histoire de l’art africain, 20 minutes

15h35-15h55 : Débat

16h-16h20 : Pause

16h20-16h40 : Jean-François Klein (INALCO, Paris) : Historiographie, mondes asiatiques, 20 minutes

16h40-17h : Caroline Herbelin (Univ. Paris IV) : Historiographie, histoire de l’art asiatique, 20 minutes

Transition :

17h : Débat

17h30 : Conclusion.


le 3 novembre 2006 de 9h30 à 17h30 à l’Université Lumière Lyon 2
Département d’Histoire de l’Art - Salle d’Histoire de l’Art - 18 quai Claude Bernard  à LYON
Journée d’Étude organisée par l’équipe RESEA, UMR 5190 LARHRA

courriel : ihc@univ-lyon3.fr


                z_universite2                
                                  Université Lyon 2                              


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jeudi 12 octobre 2006

Les oubliés de l’Histoire coloniale du Pacifique (Mélica Ouennoughi)

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isolat du bagne de l'île des Pins (Nouvelle-Calédonie)


 

Les oubliés de l’Histoire coloniale

du Pacifique

Anthropologie historique

du bagne des Maghrébins vers la Nouvelle-Calédonie

Mélica OUENNOUGHI



Phénomène colonial et déportation politique

L’insurrection d’El Mokrani en 1871 et son étendue dans le Maghreb est en grande partie liée à la révolte des spahis après la chute de Napoléon III. Ceux-ci en effet, étaient liés par des engagements d’honneur avec les officiers des Bureaux arabes, qui sont relégués à l’arrière plan, au profit d’administrateurs civils lors de la mise en place de la Troisième République : or ces officiers étaient pour une bonne part Saint-simoniens et avaient rêvé d’une reconnaissance réciproque entre les valeurs tribales des populations autochtones et le communautarisme saint-simonien sur la base duquel ils comptaient organiser les groupes de colons français.

Si ce rêve était certainement utopique du point de vue de l’historiographie, il s’est traduit dans la pratiqueNapol_on_III_Alg_rie_1860 par un grand respect de ces officiers pour l’organisation clanique de la société et pour ses chefs et que ces derniers aient senti disparaître à l’arrivée de la République, d’où le déclenchement des révoltes dans tout le pays jusqu’au sud tunisien. Cette époque montre la complexité aussi bien de la colonisation que de la résistance à la colonisation à cette époque et aux époques récente ; elle ouvre de plus en plus le chemin à d’autres recherches sur la conception de la colonisation en Algérie sous le second empire, qui ne se réduit pas à l’utopie du «Royaume arabe» [photo : Napoléon III en Algérie, 1860].

On peut mettre en évidence trois phases distinctes caractérisant les causes de l’insurrection de 1871 :
- La chute de l’empire de Napoléon III et les décrets de Crémieux.
- Le «nouvel ordre» et la désorganisation sociale des tribus par le retrait des privilèges séculaires.
- L’extension considérable au territoire civil et la colonisation de peuplement.


1- La chute du second empire et les décrets de Crémieux

En 1870, Adolphe Isaac Crémieux [photo], avocat d’origine israélite, inscrit au barreau de Nîmes, Garde des Sceauximage dans le gouvernement du 4 septembre, prend la décision d’accorder aux Israélites d’Algérie la qualité de citoyens français. Les décrets Crémieux désorganisèrent les services déversant par leurs considérants le blâme et l’injure sur l’administration antérieure : la population civile européenne les acclama et les indigènes algériens apprirent officiellement la déchéance de ceux qui les soutenaient. Ils surent que le gouvernement de la défense nationale avait naturalisé en bloc tous les Israélites qui pourraient, par la suite de cette mesure, être appelés à exercer certaines fonctions restées jusqu’alors le privilège des Français. Ils virent apparaître des discriminations comme la différence juridique entre Européens et indigènes.
Ainsi les Israélites formèrent dans des villes des bataillons, des compagnies de miliciens, pendant qu’on refusait l’incorporation des Musulmans dans la milice, et des postes au sein même de la juridiction française. Pourtant le senatus consulte du 14 juillet 1865 indique clairement en ces termes : «L’indigène musulman est français ; néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane. Il peut être admis à servir dans les armées de terre et de mer. Il peut être appelé à des fonctions et emplois civils en Algérie. Il peut, sur sa demande, être admis à jouir des droits de citoyen français ; dans ce cas, il est régi par les lois civiles et politiques de la France» (article 1). Un autre décret fut celui qui donna une extension considérable au territoire civil, sans avoir avisé aux moyens d’exécution. Jusqu’en 1870, pas plus de deux cents demandes de naturalisation ne sont enregistrées de la part de musulmans et cent cinquante-deux de la part de Juifs d’Algérie.

En 1870, le décret de 1865 est modifié par le décret Crémieux qui accorde la nationalité française aux Juifs des trois départements et non aux musulmans. Les chefs indigènes en sentirent toute la portée et n’hésitèrent pas à lever l’étendard de la révolte, notamment en Kabylie déjà préparée par les prédications des Mokaddem du Cheikh El Haddad, chef de l’ordre religieux des Khouan Rahmaniya. L’autorité SPAH5administrative fut conquise par l’autorité militaire. Après le départ en France de la presque totalité de l’ancienne administration de l’empire, officiers employés dans les affaires arabes, on craignait l’instauration de nouvelles lois par le remplacement de la nouvelle armée coloniale. De nouvelles directives provoquèrent une première résistance des spahis [photo] mariés, qui par leur acte d’engagement, ne furent pas obligés à servir hors de l’Algérie, et que le «nouvel ordre» souhaitait mobiliser en escadrons hors de leur territoire.

La résistance qui se manifesta dans plusieurs régiments des provinces d’Alger et de Constantine fut le point de départ de la révolte. Le mécontentement de la famille Rezgui, laquelle avait été autrefois été la puissante tribu des Hamencha à El Milia, fut à l’origine du premier soulèvement du 5ème escadron de spahis dans cette région. Nous retrouvons en déportation politique vers la Nouvelle-Calédonie, le caïd Ahmed ben Dahmani, l’instigateur de la révolte.

Les troubles d’El Milia sont réprimés et le Bachagha de la Medjana fait part au général commandant de la division de Constantine de sa démission lui indiquant que bien qu’il eu continué à servir la France contre l’ennemi, parce que celle-ci était en guerre contre la Prusse, la paix retrouvée, il entendit jouir de sa liberté ne pouvait être répondre à la nouvelle fonction qu’on lui attribua de simple agent d’un gouverneur civil, lequel du reste le déshonora en l’injuriant et en désigna son successeur. Par ce déshonneur, il  adressa son refus de mandat de solde par lettre au chef du bureau arabe de Bordj Bou Arreridj, Ollivier, et fit soulever la tribu du cercle d’Aumale et celle de l’annexe des Beni Mansour. Si Saïd ben Bou Daoud, Caïd du Hodna, prêchait ouvertement son combat contre l’occupant, et manifestait l’intention d’aller attaquer la ville de Boussaâda avec toute la tribu amie de la famille. L’extension se fit sentir dans le Djérid en remontant vers le nord, dans le but de soutenir la révolte des spahis de Souk-Ahras et d’attaquer Tébessa. Les insurgés s’enfoncèrent dans le sud à Biskra. Cette politique tourna le dos délibérément au «Royaume arabe» de Napoléon III.

 

2 - Le «nouvel ordre» et la désorganisation sociale des tribus

Ils se résument en ces deux termes :
- Émancipation de l’individu par la propriété individuelle
- Désagrégation sociale des tribus par le retrait des organisations séculaires.

Comment était constituée la propriété avant la conquête coloniale ?
Elle se définie en deux catégories distinctes :

- des terres dites arch ou sabega, de propriété communale, restant séculairement indivise entre toutes les familles d’une même tribu. Lorsque possédée collectivement par une tribu ou une fraction de tribu, elle ne peut s’aliéner et fait en cas de mort ou de disparition d’un des codétenteurs, retour à la communauté.

- des terres dite melk, lorsque les particuliers ou les groupes de population qui la détiennent ont le droit de jouir et d’en disposer à leur gré ; Prenons à titre d’exemple la région de Biskra [photo] que nous connaissons leBISKRA__Constantine___DAVID__photogr__1 mieux : toutes les propriétés de Biskra à l’exception des biens habbous d’ordre religieux et maraboutiques, sont des propriétés particulières. Elles sont transmises d’après les règles établies par les musulmans. De plus, par une exception qui ne se trouve qu’à Biskra, elles sont susceptibles d’être frappées d’hypothèques. Elles peuvent être aliénées. La propriété consiste en jardins plantés de dattiers, maisons, eau et terres labourées. L’impôt local est établi en fonction du nombre de palmiers-dattiers dans cette région. Cela consistait à prendre le nom de chaque propriété, le nombre d’arbres qu’elle renfermait.

Du temps du Bey Salah, le nombre de dattiers existants à Biskra a été évalué à 36.000 et est passé à 80.000 dattiers en 1876 (plantations entreprises par les cultivateurs eux-mêmes). Sur l’ensemble de ces terres, un certain nombre de familles avait acquis, dans chaque tribu, la faculté plutôt que le droit d’exploiter telle ou telle partie de la terre commune. Ces familles riches dominaient la tribu, celles auxquelles le défaut de ressources interdisait l’exploitation directe de la terre se mettaient au service des premières à titre de Khammès (métayers au cinquième). La dépossession des terres cultivées et des biens séquestrés, vendus aux premiers colons, amènera un désordre inextricable. En 1846, des commissions furent instituées pour examiner les titres de propriété et reconnurent que les 10/11 des terrains vendus étaient réclamées par deux propriétaires à la fois sans compter les irrégularités des séquestres concédés. C’est ainsi que fut établie la constitution de la «propriété coloniale» en 1851.

La propriété coloniale consista à réduire les statuts traditionnels en statuts d’administrés placés sous l’autorité coloniale. Par cette mesure, le travail et les statuts seront contrôlés et gérés comme fonction de l’Etat. La première suppression du sens collectif fut la touiza que l’autorité française fit retirer aux familles Mokrani en 1863. Ce fut le moyen de les désunir, les disperser et les contrôler.  C’est à partir de telles mesures que l’administration coloniale fit mettre en œuvre des commissions et des sous-commissions pour délimiter et contrôler les titres de propriétés. Après avoir procédé à la délimitation du douar ou de la tribu, ces commissions devaient reconnaître les terres appartenant à l’Etat, à la commune ou à l’individu ; En examinant les titres de propriété que les djemââs ou les individus peuvent avoir sur les terres délimitées, ces commissions ont pour fonction de donner leur avis et transmettent leur travail à l’autorité supérieure qui provoque l’approbation impériale. Jusqu’en 1871, les terres pouvaient être achetées indivises de manière collective par les colons ; ainsi les Algériens continuèrent à jouir de leurs biens. Cette forme de propriété collective musulmane a été en vigueur jusqu’en 1871. Ce n’est que par la suite que ses privilèges ont été supprimés.



Essai du saint-simonisme en Algérie et extension

dans les autres possessions d’Outremer

Les saint-simoniens [photo à droite] pacificateurs prêchent la nécessité d’organiser le gouvernement civil. Ils accusent les bureaux arabes de n’être que des organes d’espionnage et de ne rien faire pour apaiser, enrichir et éduquerEnfantinDet leurs administrés. Le saint-simonien Enfantin [photo], l’un des plus ardents disciples du fondateur EnfantinSaint Simon, stipule qu’il faut «éduquer» les indigènes en Algérie, afin de permettre la pacification civile plutôt que la conquête militaire, qui semble échouer par l’action militaire du général Bugeaud. Précurseur de la recherche de l’union entre l’Orient et l’Occident, Ismaël Urbain quant à lui, retrace les institutions traditionnelles berbères et démontre comment la doctrine saint-simonisme les a adaptées pour pacifier les tenants de la propriété collective. Dans cette vision assimilationniste, il s’agit pour la doctrine d’unir indigènes et européens afin d’éviter des privilèges de revendication.
La politique du «Royaume arabe» séduit l’empereur Napoléon III. Elle est une nouvelle invention «socialiste» du saint-simonisme basée sur une politique de partage des richesses et des responsabilités dont l’Etat français aura le monopole. Il faut pourtant souligner que l’organisation de la propriété indigène et la propriété coloniale sont totalement distinctes. Dans la propriété coloniale, le colon se soumet au règlement qui a défini au préalable «un lien indirect». Son immobilisation au sol est détruite car il a perdu ses privilèges de naissance de sa terre d’origine. Il n’appartient plus à telle famille d’un tel (le patriarche). Il n’existe plus de lien direct entre lui et ses ancêtres. Face à cette déculturation, il faut instituer une discipline rigoureuse par un arsenal de peines et de récompenses. Par cette hiérarchie, l’esprit du saint-simonisme fait renaître un nouveau lien direct par la sélection de chefs de familles les plus méritants. Par contre, nous voyons que le lien direct perdure dans la collectivité berbère à l’arrivée du colon. La raison majeure est la suivante : la propriété indivise découle de l’appartenance à la tribu, et plus encore, de l’individu dans le groupe qui possède un titre ancestral de naissance sur sa terre. Les Saint-simoniens se sont inspirés de cette mesure ancestrale berbère pour amener les petits colons à avoir le sens de la solidarité communale. La propriété indigène devint un concept emprunté au modèle d’organisation berbère pour la mise en concession des colons.

C’est par ce partage collectif que fut instauré le principe de «la force collective que donne l’association». Le partage des échanges des ressources et des richesses peut s’opérer de cette manière : la tâche fondatrice saint-simonienne devait détruire cette reconnaissance de «l’immobilisation au sol». Il s’agit ensuite d’appliquer au colon le nouveau régime foncier qui devait nécessiter «une mobilisation au sol» par les principes d’égalité et de liberté de jouir de la propriété foncière. Plutôt que le morcellement, comme système moderne européen, qui tue la grande culture, leur vision universaliste calquée sur le système berbère s’oriente vers l’idéologie d’une nouvelle république romaine, le fundus romain. Alors que le fonctionnement de la société berbère est appuyé par l’extrême cohésion sociale de ses habitants, représentée par leurs assemblées (djemââs) de manière démocratique et non hiérarchisée, il s’agit dans l’idéologie d’une nouvelle république romaine, de fabriquer une discipline par une hiérarchie rigoureuse : chaque village sera régi par des sociétés actionnaires, où l’individu sera personnellement intéressé. Par ses actions, le colon adopte le sens communal et acquiert le titre de chef de famille-fondateur.

Le sens communal prend naissance dans l’Algérie, terrain d’élection pour le saint-simonisme au XIXe siècle. La discipline prévoit des récompenses et punitions. Les chefs de famille-fondateurs, les plus méritants, obtiennent, des inspecteurs de la colonisation, un grade de classification de première, seconde ou troisième classe selon la qualité de leurs efforts. Ils pourront racheter leur terre cultivée en se soumettant au règlement de la propriété coloniale. L’organisation du «droit à la culture» pour les petits colons (concessionnaires), comme méthode économique, devait constituer un point de départ de la doctrine de Saint-Simon. Conformément à la loi du 30 mai 1854, si la peine du libéré est de huit années, il sera tenu d’y résider pendant toute sa vie. Cet autre protocole se voit appliquer sur les premiers transportés libérés dans d’autres possessions rurales d’Outremer, le cas de Bourail en Nouvelle-Calédonie nous est révélateur.

En Nouvelle-Calédonie, l’amiral Guillain, qui est resté un fidèle du Saint-simonisme de 1830, ne peut résister à l’idée d’appliquer ses doctrines. En 1864, «La Sybille» y débarque un convoi de transportés. L’amiral choisit dans ce groupe vingt colons, chacun exerçant une profession différente et leur concède 300 hectares dans la région de Yaté, avec l’outillage, les semences et le bétail nécessaires. Les bénéfices de l’association seront divisés en deux parts, l’une répartie également entre les colons, l’autre au prorata des journées de travail. L’emplacement de Yaté fut pour A. Saussol, «une expérience fouriériste» ; les résultats des condamnés ne furent aucunement productifs pour l’association et au bout d’un an cette première expérience, héritière du saint-simonisme, fut dissoute. Il fallait prospecter un autre lieu. C’est alors que la mission choisit Bourail [photo] comme terrain d’élection pour la colonisation pénale. La mise en concession rurale des déportés-concessionnaires maghrébins, dans le centre pénitencier agricole de Bourail, implique que lebourail_nouvelle_cal_donie concessionnaire libéré devra racheter la terre qu’il aura travaillée. La condition majeure de sa mise en liberté définitive est la rente annuelle et le capital rachat de sa concession. Le capital rachat définit ainsi sa libération définitive. Cette mesure est capitale pour l’administration qui doit faire en sorte de sélectionner ses meilleurs sujets devant des règles disciplinaires bien précises.


Le développement insurrectionnel du Hadj El Mokrani 

Nous ne pouvons aborder l’insurrection de 1871 sans développer les faits insurrectionnels antérieurs à celle-ci. Voyons l’histoire des principaux chefs des tribus de l’insurrection  de Mascara en 1864 des Ouled Hamza et des fractions qui ont suivi leur mouvement.  Celle-ci se divise en deux branches à la suite de querelles intestines : la branche des Ouled Sidi Cheikh Cheraga (de l’est) est devenue algérienne. La branche des Ouled Sidi Cheikh Gheraba (de l’ouest) est g_ryville_mosqu_edevenue marocaine de par le traité de 1845. Les Ouled Sidi Cheikh forment une confrérie religieuse qui possède une réelle influence non seulement en Algérie, mais encore au Maroc et au Gourara où elle compte de nombreux adeptes. Le siège de la confrérie est à El Abiod Sidi Cheikh, à 100 kilomètres au sud de Géryville [photo], ce qui aura des conséquences insurrectionnelles.

Au début de la conquête, les Ouled Sidi Cheikh Cheraga, avaient pour chef Si Hamza. Ils suivirent naturellement l’émir Abd el Kader. En 1839, Si Hamza à la tête des contingents du Sud prit part à l’expédition de l’Emir contre Aïn Madhi. Après la prise de la smala à Zaguin, il suivit un instant l’émir dans l’ouest mais voyant la fortune de l’émir sérieusement compromise il ne tarda pas à l’abandonner avec tout son monde dans la région d’El Abiod Sidi Cheikh, où se situe précisément le Mausolée (koubba) d’El Abiod. La destruction de la koubba d’El Abiod semble avoir été une des conséquences majeures. Les Ouled Sidi Cheikh (Zoua Cheraga) et les Rezeïgat sont précisément les tribus qui ont débuté le mouvement insurrectionnel de 1864. Elles ont été rejointes par la majorité (2/3 environ) des Ouled Yacoub. Les autres tribus ne sont entrées dans le mouvement qu’à la suite de l’affaire d’Aouïnet Bou Bekeur (8 avril 1864). Les Ouled Yacoub et les Ouled ben Naceur sont les premières tribus qui firent leurs soumissions dans les mois d’été de 1864 ; elles ont été suivies par les Makena, les Ouled Sidi Tifour et une partie des Ahl Sitten, dans les derniers mois de 1864.

Le 4 février 1865, à la suite de l’affaire de Garet Sidi Cheikh dans laquelle Si Mohamed ben Hamza fut tué, plusieurs fractions firent leurs soumissions également : ce sont le reste des Ahl Sitten ; le douar el Merazig Sud_Oranais_Spahi_Cliche_Marc_Flamentdes Ouled Ziad Cheraga, le douar el Orf des Ouled Serour ; les Ouled ben Zian, les Tseireïat et les Ouled Thaleb Cheikh, des Derraga Gharaba ; le douar Ouled Raho, des Derraga Cheraga ; les douars Et-trô, Slamat, Roualisse et Ouled Bou Azza, les Akerma. Au mois d’avril 1866, trois fractions des Ouled Ziad, dont les douars Ouled M’Hammed et Ouled Belal ; trois douars des Derraga Cheraga et trois autres douars de Rezeïgat et des Ouled Moallah abandonnèrent leurs combats ; au mois d’octobre quelques tentes des Laghouat du Ksel et les Chambâa Mouadhi se soumirent également ; durant le mois de décembre 1866, une vingtaine de tentes de Laghouat rentrèrent encore de dissidence.

Durant les premiers mois de 1868, Si Sliman ben Kaddour ramena une grande partie des tentes restant en révolte ; parmi elles, les Ouled Abdelkrim et les Ouled Maallah. La majorité des tribus Laghouat du Ksel, des Ouled Ziad, et les douars de Trafis qui se trouvaient encore dans l’ouest ont fait leur soumission en 1871. L’agha, Eddin ben Hamza et son neveu, Si Hamza Ould Bou Bekeur, appartiennent à la branche algérienne des Ouled Sidi Cheikh, nommée Cheragas. Cette famille religieuse, très influente dans le sud oranais, fit défection en 1864, après avoir attiré dans un guet-apens le commandant Beauprêtre et sa troupe. Elle entraîne à sa suite les tribus des hauts plateaux avant d’être abandonnée dans le Sahara par la plupart de ses adeptes. En 1878, le jeune Si Hamza Ould Bou Bekeur fit sa soumission à Géryville et n’ayant pu obtenir une position administrative qu’il espérait, ne tarda pas à passer au Maroc où il rejoignit Bou Hamama qui sera plus tard l’instigateur de l’insurrection de 1881.

Nous avons retrouvé les condamnés des insurrections de 1864 et de 1880-1881 dans les convois qui ont été transportés en Nouvelle-Calédonie. Un cimetière de type mausolée a été édifié à la mort du déporté marabout Mouley Ould El Bachir originaire de Sidi Bel Abbès. Condamné avec quinze de ses parents et déportés en Nouvelle-Calédonie, il est accusé de pillage de la ville Thessalah. Ces condamnés n’ayant pas accepté d’être déportés, sont à l’origine de la rébellion (mutinerie à bord de la Frégate de déportation : la Sybille 1867). Aussi, ont-ils été conduits au bagne de l’île Nou avant leur mise en concession dans la région de Bourail. Ils édifièrent avec leurs compagnons (des autres insurrections) le cimetière-mausolée comme témoignage de fidélité à la résistance oasienne (le saint et le mausolée).

MOHAMED_EL_MOKRANIIl est à remarquer que lors des insurrections, un nombre important d’insurgés algériens, pour fuir l’occupant, se sont réfugiés, eux-mêmes, dans la région du Ziban (sud algérien) dans le Djérid tunisien. Dans le sud algérien par exemple, les Ouled Hadjerès ont rallié la cause des Ouled Mokrane. L’extrême sud est agité par les Ouled Nails de Djelfa. Alors que le Bacha-agha Mohamed El Mokrani allait en personne échouer devant Bordj Bou Arreridj, son frère Boumezrag, Caïd de l’Ouennougha avait pris la succession de son aîné et poursuivit la révolte avec ses coreligionnaires. Boumezrag El Mokrani reprit le combat et l’insurrection gagna rapidement dans le Hodna et dans l’Ouennough’a où commandaient des parents du Bacha-agha, puis s’étalait vers Sétif et Béni Ourtilane, l’ouest algérien, à Miliana, dirigée par Malek El-Berkani, puis se dirigeait vers le sud sous la direction du cheikh Bouchoucha, qui fut arrêté puis fusillé dans la prison de Constantine, Djidjell, dirigée par Chérif Moulay Chekia à Ouled Ziabra et Djaia, et enfin atteignit dans la région de Souk-Ahras, dirigée par Mohmmed Keblouni.

Les caravanes Mokrani dirigées par le chef de l’insurrection furent pourchassées des portes de fer (Bibans) aux portes du désert (Ziban). Dans la région de Biskra et Boussaâda, la transmission orale fait référence à de nombreux récits sur l’histoire des caravanes des familles Mokrani. Nous avons recherché les causes de l’insurrection d’El Amri (Biskra), là où les fractions Sidi Bouazyd entretiennent toujours des affinités avec la zaouïa d’El Hamel dans la région de Boussaâda. En 1871, les familles Mokrani y trouvèrent un lieu de refuge et fondèrent des liens d’affinité avec Cheikh Ben Belkacem, fondateur de la zaouïa, lesquels firent concrétiser une alliance matrimoniale. Puis la dispersion des familles Ouled Mokrane par les toponymes Ouennoughi et Bourenane s’opéra dans la région de Biskra.

C’est ainsi que l’insurrection de l’Oasis de Biskra (El Amri en 1876) fut ralliée, par les liens de parenté et d’affinité ancestrale, à la cause du Hadj El Mokrani. Plus révélateur est le ralliement des tribus insoumises appartenant officiellement au soff Bou Akkas mais opposées à leurs sympathies et à leurs alliances traditionnelles. Il s’agit en premier des Ouled Amor (Caïdat du Zab Chergui), des Ghamra Caïdat des Arab Cheragas, des Guemar, Behina, Debila, Oued et leurs sous branches que sont les Ouled Harkat, Ouled Rahma, les Ouled Rabah, les Ouled Khaled, les Ouled Amor, Ouled Slimane, les Ouled Naceur Caïdat des Ouled Zekri ainsi que les tribus Bouazyd, Selmya, Rahmane et Ouled Moulète inféodées aux soff  Ben Ganah, ce commandement nouvellement constitué par le Bureau arabe de Biskra dirigé par le capitaine Lefroid. Les fractions des Bouazyd sont à l’origine de246 l’insurrection de 1876. Elles furent propriétaires de la presque totalité des palmiers dattiers des oasis de Biskra ; nomades, elles ont été depuis toujours inféodées aux Ben Ganah, elles n’avaient pas cessé de battre en brèche l’autorité d’Ali Bey. Les noms des principaux acteurs de cette dissidence furent : Cheikh de Nezla, Bouchmal ben Mohamed Goubi, son frère Goubi ben Goubi, les marabouts des Medjarya, El Hadj Ahmed ben Ali el Trabelsi, El hadj Brahim ben el Hadj Amor, tous deux mokaddem Rahmania de l’obédience de Nefta (Tunisie) et ralliés dissidents de la zaouïa de Ben Abid. 

L’insurrection d’El Amri a été conduite par Cheikh Mohamed ben Yahia et le marabout Ahmed ben Aïech avec leurs 2000 combattants. La situation politique d’El Amri du 12 Avril 1876 inquiétait le Bureau arabe de Biskra. Elle  risquait de se développer dans le Zab Dahari, et la partie sud de l’Aurès que sont le Zab Chergui (Touggourt), le Souf, Djebel Amour, l’Oued Rhir et  Souf, les cercles de Boussaâda, Djelfa, Laghouat, qui, de part leurs liens ancestraux, n’hésitèrent pas à montrer leur ralliement aux sidi Bouazyd. Par mégarde, ces régions furent placées sous le contrôle des colonnes du Général Carteret, Commandant de la division de Constantine, lequel se dirigea en direction de Biskra avec le plus grand renfort militaire. L’insurrection de 1876 fut caractérisée par l'extension des mouvements insurrectionnels de 1879 dans la région des Aurès conduits par Cheikh Mohamed Ben Abderrahmane à travers le ralliement des mokkadems de la confrérie Rahmanya et le ralliement des tribus des Ouled Daoud , Béni Bouslimane, Ahmed Kheddou ainsi que certains clans des tribus de Béni Oujana, Oued Abdi, parallèlement au soutien absolu du Cheikh de la zaouia Rahmanya d'oued Abdi, Cheikh El Hachemi Ben Derdour. Nombreux sont les propos sur les insoumis des oasis de la région de Biskra : El Amri, de Bouchegroune, de Lichana, de Farfar et des Zaâtcha, l’insurrection probablement la plus tragique de toutes.


Le code de l’indigénat : une assignation

à l’origine ethnique ou religieuse,

Cette assignation est à l’origine ethnique et religieuse ; elle a été organisée en vue du contrôle de la population musulmane en Algérie, en lui imputant un certain nombre d’infractions. Le fait d’appartenir à une religion différente et non intégrée au code civil français (c'est-à-dire être musulman et pratiquer un certain nombre de traditions intégrées au système coutumier (djemââs), conduisait automatiquement à la pénalité d’acquérir la nationalité française et être un citoyen français à part entière. En 1874 une liste de 27 infractions relatives au statut d’indigénat fut établie et d’autres infractions suivirent par la suite jusqu’à leur codification définitive en 1881. Cette mesure discriminatoire devait conduire jusqu’en 1890 à forcer les indigènes à la liberté de circulation et de restreindre au maximum les rencontres dans les zaouïas ou les djemââs coutumières et religieuses villageoises.

Les plus significatives ont été les suivantes : refus ou propos offensant sur l’autorité d’un agent ou d’un service de garde, retard dans le paiement d’impôts, détention pendant de plus de vingt-quatre heures d’animaux égarés, asile donné à toute personne étrangère circulant sans permis, défaut d’immatriculation des armes à feu, habitation isolée en dehors du douar, sans permission, campement sur les lieux prohibés, départ de la commune sans avertissement, départ de résidence sans passeports, oubli de faire viser son permis là où on séjourne plus de vingt-quatre heures, défaut de certificat pour tout indigène conducteur de bêtes, tapages, scandales et autres actes de violence, refus de faire des travaux, des services ou de prêter secours en cas d’accidents, de tumulte ou de calamité ainsi qu’en cas d’insurrection, réunion sans autorisation de plus de vingt personnes à l’occasion de ziyàra ou zerda, ouverture sans autorisation à tout établissement religieux ou d’enseignement, refus comparaître devant l’officier de police judiciaire, actes irrespectueux ou propos offensants vis-à-vis d’un représentant ou d’un agent de l’autorité, etc.

Si bien que dans une même famille, on assiste à une classification étrange. Certaines familles ont été divisées et jugées les unes comme des «politiques», les autres comme des «droits communs» ou «transportés». La gestion des tribus étant dirigée par l’administration coloniale, celle-ci n’hésita pas à les réprimer en distinguant le degré de résistance ou de soumission, face aux répressions et aux biens extorqués.


Une classification de déportation

Aux mesures consécutives à l’application du décret Crémieux, fut ajoutée une «classification de déportation». On distingua le degré de bagne__le_des_pins_jaunerésistance ou de soumission. La protection ancestrale ayant succombé, on ne manquait pas de déporter des tribus entières dans le pays, dans le Maghreb et dans les autres colonies françaises. Eloignées les unes des autres, les structures communautaires séculaires vont être désorganisées au profit de l’émergence d’un système colonial exogène «foncièrement organisé». Désormais déracinés, les anciens chefs et leurs compatriotes devaient devenir de simples condamnés au bagne à perpétuité, loin de la protection ancestrale et de l’habitat traditionnel. L’identité sociale n’existe plus. Le résultat fut pour eux un déracinement déchirant. En voulant étendre son autorité vers d’autres territoires d’Outre-mer, l’administration coloniale visera, par l’implantation agricole productive selon ses nouvelles méthodes et valeurs, qui sont contraires aux anciennes solidarités, à diviser les membres d’une même famille ou d’un clan. Les uns ou les autres seront, à une même époque, transférés en Nouvelle-Calédonie [photo : bagne de l'île des Pins] ou en Guyane. Prenons l’exemple de Amar ben Mohamed (n° écrou : 1434), fils de Mohamed ben Yahia des Ouled Sidi Yahia, condamné à perpétuité et transporté en Guyane. Aurait-il un lien de parenté avec le chef de l’insurrection d’El Amri de 1876 ?

Les registres des transportés ou relégués consultés réunissent la masse de condamnés métropolitains et maghrébins. En somme, nous pouvons voir figurer dans une même liste plusieurs noms de maghrébins enregistrés à destination du bagne guyanais, et d’autres provenant de la même tribu enregistrés à destination du bagne calédonien. Prenons un autre exemple : Le convoi Le Calédonien du 5 août 1888 fait embarquer à son bord des condamnés pour la Nouvelle-Calédonie ; deux semaines auparavant, en date du 25 juillet 1888, le condamné Amara ben Saïd ben Mokrani (n° écrou : 1324), 23 ans cultivateur né à Biskra et d’autres de ses compatriotes embarquaient pour la Guyane. Serait-il un membre des familles du patriarche Mokrani ben Saïd ayant acquis une concession à Bourail en Nouvelle-Calédonie ?



Nouvelle-Calédonie


Les convois vers la Nouvelle-Calédonie

Condamnés à la déportation en enceinte fortifiée en Nouvelle-Calédonie, les Maghrébins de la déportation se retrouvèrent parmi les Communards, qui étaient leur porte parole pour défendre leurs causes respectives. Au cours de leur peine, se construit une influence réciproque qui liait la cause sociale et culturelle algérienne à celle des Communards. Le célèbre Communard Henry de Rochefort tissa des liens amicaux avec les chefs de l’insurrection de 1871, Abdallah ben Ali Chabbi, Ahmed ben Dahmani, le caïd de Souk-Ahras, et les Chioukh Ahmed ben Brahim et Brahim ben Chérif, membres de la confrérie Rahmanya. Dans cette situation de condamnation commune, ces hommes insurgés ont établi des contacts et des rapports socioculturels et politiques communs. Henry de Rochefort, à son retour à Paris en 1886, lors de l’amnistie, a créé le premier mouvement associatif de France proclamant la libération de ses compatriotes algériens.

ILE DES PINS. Prison Ruins

Nombre de documents relatifs à la déportation en général ont été endommagés que ce soit en Métropole (durant la guerre mondiale) ou en Nouvelle-Calédonie (inondations). Pour identifier les déportés politiques originaires du Maghreb, il nous a semblé nécessaire de faire un comparatif des registres de la déportation, aux registres des lieux de détention consultés dans les différentes archives. L’état actuel des archives est incomplet. Par ailleurs, les jugements des Conseils de guerre et des Cours des Assises étant parfois longs, les déportés durent attendre plusieurs mois avant leur embarquement dans les convois destinés à la Nouvelle-Calédonie. C’est la raison pour laquelle, ces prisonniers furent internés deux à trois mois dans les dépôts ou lieux de détention avant leurs embarquements définitifs. Fort heureusement, c’est précisément dans les fonds d’archives des lieux d’internements, que nous avons pu répertorier l’origine et la naissance de chacun des condamnés originaires de l’ancien Maghreb - au destin commun par les frontières d’alliances culturelles ancestrales - ainsi que leurs dates d’embarquements convoi naval par convoi naval vers la Nouvelle-Calédonie (1867-1895).


grille_bagne
source : Chocolat Télévision

Chronologiquement, les convois de transportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie s’effectuent à partir des premiers convois de 1867, dans lesquels nous avons comptabilisé un total de 178 condamnés sous le régime des droits communs. Ces premiers font partie de l’insurrection des Ouled Sidi Cheikh de 1864. Nous identifions ensuite les déportés politiques à la suite de l’insurrection de Kabylie en 1871 et d’El Amri (Biskra) en 1876, dont nous avons comptabilisé un total de 120 embarqués dans les convois entre les périodes 1874 et 1878. D’autres convois abriteront de nouveaux déportés politiques à la suite de l’insurrection du sud-oranais de 1881-1882 (Ouled Sidi Cheikh ; fractions à la fois algérienne et marocaine). Ils forment un total de treize embarqués dans les convois qui suivront entre 1881 et 1882. Seront déportés ensuite les douze Tunisiens entre 1890 et 1892, à la suite de l’insurrection du sud-tunisien (Djérid/Taberka) en 1881, dont certains sont nés ou demeuraient en Algérie pendant le développement insurrectionnel de 1871.

C’est dans ce contexte, qu’il faut noter que le sud-algérien a joué un rôle croissant à partir du Djérid Tunisien.  Jugés sous le régime des droits communs par le Conseil de guerre de Tunis et la Cour d’Assises de Tunis, les motifs principaux de leur condamnation seront rejet du pouvoir en Tunisie et dégradation militaire. D’autres convois suivront la déportation des Tunisiens. Les archives nous signalent, à cet effet, un certain nombre de prisonniers algériens destinés au bagne calédonien. Ces derniers seront enregistrés sous des numéros d’écrou comme relégués et feront partis des derniers convois effectués entre 1887 et 1895. Vu le travail considérable entrepris, et pour ne pas négliger ces autres condamnés, probablement à l’origine d’une longue résistance au débordement colonial, l’état actuel du classement et les listes généalogiques, entrepris avec la collaboration des Archives de Brest, donnera un aperçu définitif des mouvements des convois destinés au bagne Calédonien. Condamnés aux travaux forcés ou à la réclusion, on applique aux insurrections de 1871 (Kabylie), 1876 (El Amri) et 1879 (les Aurès) la loi du 23 Mars 1872 relative aux insurgés de la Commune de Paris de 1871.



bagne de Nouvelle-Calédonie


Par son esprit de révolte contre toute injustice, cette «communauté» d’individus maghrébins a toujours donné l’impression d’être «malsaine» et pouvant porter atteinte à l’esprit de Loi de 1864. Les Maghrébins (majoritairement Algériens) déportés s’installent dans la vallée de Bourail (Nouvelle-Calédonie) et un noyau important se forme. Dans le cimetière-mausolée du saint patron sidi Moulay (Nessadiou), dont nous avons retrouvé l’identité de l’insurgé, on trouve un grand nombre de noms patronymiques de tribus qui correspondent à la présence historique d’insurgés à majorité politique.

Malgré l’exil, par cette appartenance commune, l’entente initiale produit des alliances à fort regroupement familial de type éponyme. Les héritages familiaux (terres et creusement de puits) sont le résultat d’une démarche de résistance où la descendance se réclame en tant que telle. Deux dattiers vénérés plantés près du cimetière de Nessadiou jouent un rôle essentiel par leur fonction symbolique. Le palmier dattier de Bourail représente des hommes qu’un chagrin commun a réunis dans ces lieux. Le phénomène maraboutique a fortement imprégné les deux vallées d’étude débouchant sur l’identification particulière d’une micro-société encore appelée aujourd’hui «La petite Afrique» à travers son mythe fondateur. Il existe une hagiographie populaire qui associe les anciens déportés à des Cheikhs El Fellagha. Séduits par le paysage montagneux et verdoyant, ils ont labouré leurs champs et développé des cultures méditerranéennes diversifiées avec des méthodes ancestrales. Ils pratiquèrent la transhumance selon la tradition bédouine, de part et d’autres des vallées, de la haute-Boghen à la vallée de Nessadiou. Les fromages commercialisés à Bourail, à la fin du XIXe siècle, confirment l’important cheptel caprin. Le degré d’implication des déportés maghrébins majoritairement cultivateurs d’origine, dans la mise en valeur de la terre, est lié aux conditions écologiques favorables et au fonctionnement social du palmier dattier.  Ainsi en devient-il le témoin d’un transfert de civilisation arabo-berbère.

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Mélica Ouennoughi
docteure en Anthropologie historique
Membre-enseignant-chercheur
Université de Nouméa


- Mélica Ouennoughi sur Études Coloniales

- contact Mélica Ouennoughi


274759601Xr- Mélica Ouennoughi, Les déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la culture du palmier-dattier (1864 à nos jours), L'Harmattan, 2006. (commander chez L'Harmattan)


notice de l'éditeur : L'auteur analyse la situation des descendants de Maghrébins en Nouvelle-Calédonie dont les ancêtres ont été déportés à la suite des insurrections algériennes et le ralliement d'autres clans tunisiens et marocains. De plus, l'auteur suit également l'histoire de ce lien entre le Maghreb ancien et la Nouvelle-Calédonie, grâce au fil conducteur que constitue l'introduction par les déportés de la culture du palmier dattier. Un éclairage sur la complexité historique de la colonisation française en Algérie puis en Nouvelle-Calédonie.



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Mokrani


mire_bagnes_noumea

- reportage vidéo sur le bagne de Nouméa
(lien proposé par le blog)



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iconographie de l'auteure


ile_des_pins
«Camps des Arabes, île des Pins, N.C».  Lithographie Hugan, 1876, Rome, APM
(Collection Amsterdam - Archives Territoriales Nouméa,
©)


insurrection_bordj
 «Algérie, Siège de Bordj-Bou-Arreridj – Insurrection Kabylie 1871, par
Hamed-ben-Mohamed» (Archives Historiques de Vincennes,
©)


El_Amri
«Fresque commémorative - Insurrection El Amri-Biskra 1876»
(source, M.
Ouennoughi ©)


ksar_el_amri
«Oasis El Amri - Biskra & son ksar ancien» (source, M. Ouennoughi ©)


cimetiere_nessadiou
«Tombes des "Vieux-arabes"». En mémoire
des déportés maghrébins. Des noyaux de
dattes furent "jetés"
à la mort du premier marabout mort déporté en 1891. Ainsi
fut édifié le cimetière-mausolée de sidi Moulay
(Nessadiou, Bourail, source, M.
Ouennoughi ©)

melica_ouennoughi



Mélica Ouennoughi
docteure en Anthropologie historique
- contact Mélica Ouennoughi


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samedi 7 octobre 2006

Vietnam 1905-1908 - colloque mai 2007 (Gilles de Gantès)

enterrement_annamite


Vietnam, le moment moderniste

1905-1908

La réactivité d’une société face à l’intrusion d’une modernité exogène

Gilles de GANTÈS


Appel à contributions pour un colloque à tenir

à Aix-en-Provence, les 3-4 et 5 mai 2007



1908 est une date charnière dans l’histoire du Vietnam, marquée à la fois par une révolte paysanne anti-fiscale d’une part et par une tentative d’empoisonnement de la garnison française de Hanoi par des patriotes vietnamiens d’autre part. Premières manifestations nationalistes après l’échec de la résistance monarchiste qui avait suivi la conquête coloniale, les événements de 1908 inaugurent une série de révoltes anti-coloniales et de complots, incluant les attentats de 1913 à Hanoi et de 1924 à Shanghai, les soulèvements de Thai-nguyen ou de Yen-bay ; ils ont une place particulière dans l’histoire du Vietnam au XXe siècle. Le déroulement chronologique de ces événements semble bien connu, notamment après les études de David Marr ou de Nguyen The Anh, même si leur interprétation peut prêter à débats.

Mais ces révoltes masquent un courant tout aussi important (et sans doute davantage pour les Vietnamiens, surtout depuis les débuts du doi moi), celui de la modernisation de la société et de la culture, dont le symbole est Dong kinh nghia thuc, qui s’est développé dans la période qui a suivi la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et dont le mémoire adressé par Phan Chu Trinh au gouverneur général de l’Indochine en novembre 1906 (que les Français traduisirent et publièrent dans le très officiel Bulletin de l’EFEO en 1907) donne une idée des objectifs.

Dans certains milieux instruits se développe l’idée que les révoltes violentes sont vouées à l’échec et qu’il s’agit d’adapter la société vietnamienne à un monde moderne dont l’existence, dans sa forme d’uned_capitation_1908 occupation coloniale, ne pouvait être niée, dans le but de reconquérir un jour prochain l’indépendance du pays. Profitant d’une conjoncture favorable, ils créent des écoles, des maisons d’édition indépendantes de l’administration coloniale ou organisent des coopératives de production, qui, pour certaines, étaient destinées à financer les œuvres éducatives et culturelles : la société de production de saumure Lien Than était par exemple associée à une école et à une maison d’édition. Ce type de mouvement suppose un haut degré d’organisation sociale, des réseaux d’information ou des modes de financement efficaces, qui sont, somme toute, relativement mal connus, du moins en France, malgré les travaux de Georges Boudarel (“Phan Boi Chau et la société vietnamienne de sont temps”, France-Asie, 1969, 4ème trimestre), de Nguyen The Anh (“Les élites vietnamiennes face à l’Union indochinoise”, The Vietnam Forum, 1988) et de Trinh Van Thao (Vietnam. Du confucianisme au communisme, Paris, L’Harmattan, 1990).

Cette lacune relative s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, phénomène courant lorsque nous tentons d’appréhender le passé, les actes politiques marquants, révolutions, attentats, changements de régime, sont nécessairement mieux enregistrés que l’accumulation d’actions quotidiennes, l’acquisition d’habitudes différentes ou l’appropriation d’idées nouvelles. La préhension de ces phénomènes micro-sociaux, qui se révèlent souvent à l’occasion de révoltes ou de mutations politiques radicales, est pourtant possible, comme l’ont prouvé Maurice Agulhon à propos de l’enracinement des traditions républicaines en Provence (La République au village, Paris, Seuil, 1979) ou Michel Vovelle à propos de la déchristianisation qui a précédé la Révolution française (Piété baroque et déchristianisation en Provence au XVIIIe siècle, Paris, Plon, 1973).

À cette difficulté théorique, universelle en Histoire, s’ajoutent par ailleurs, dans le cas vietnamien, les phan_boi_chauorientations et les priorités induites par l’évolution du pays au cours du dernier demi-siècle. En ce qui concerne les débuts de l’adaptation culturelle de l’ensemble de la société vietnamienne aux normes nouvelles imposées par le colonisateur, les recherches sur les détails, les modalités, les structures élémentaires qui ont servi de cadre à l’acculturation, avaient été particulièrement développées à Saigon dans les années 1960, avec notamment les ouvrages de Nguyen Hien Le (Dong Kinh Nghia Thuc, Saigon, Le Boi, 1968), qui avait bénéficié des témoignages des acteurs ou de Nguyen Van Xuan (Phong-trao Duy-tan, Saigon, Le Boi, 1970), mais n’ont pas bénéficié des mêmes priorités dans les années qui ont suivi, l’école historique du nord ayant été plus active en ce qui concerne Phan Boi Chau [photo] et les mouvements qu’il animait.

Un relevé des articles parus dans la revue Nghien cuu lich su (Recherches historiques) de Hanoi pendant la période 1954/1994, montre que la priorité était donnée à la recherche sur les origines du peuple vietnamien d’une part, aux luttes pour l’indépendance du pays d’autre part, même si, curieusement, une des rares tentatives de coopération scientifique entre les deux Etats vietnamiens dans la période 1954/1975 (Patricia M. Pelley : Postcolonial Vietnam, Durham et Londres, Duke University Press, 2002, 35-6) a été consacrée au mouvement moderniste.

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Tonkin, école professionnelle de filles, avant 1908

Les choses ont cependant changé dans les années 1990 : à l’occasion des quatre-vingt-dix ans de Dong Kinh Nghia Thuc ont par exemple été publiés des ouvrages tels Van tho dong kinh nghia thuc (Prose et poésies du Dong Kinh Nghia Thuc, Hanoi, EFEO et Van Hoa, 1997) et Thon thu va xa hoi Viet Nam cuoi the ky XIX dau the ky XX (Les nouveaux livres et la société vietnamienne à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, Hanoi, Chinh tri Quoc gia). Les grandes commémorations nationales de 2005 (trente ans de la réunification, soixante ans de l’indépendance) ont depuis lors de nouveau détourné l’attention des chercheurs de l’étude du mouvement moderniste. L’adaptation de la société vietnamienne, dans des conditions dramatiques, coloniales, à une modernité extraordinairement exogène au début du XXème siècle fournit pourtant un cas exemplaire en notre époque de globalisation et de mondialisation.

Si les idées générales qui animaient les modernistes ou les biographies des plus éminents d’entre-eux sont relativement bien connues, l'enracinement piopulaire du mouvement  l’est relativement moins. S’agit-il par exemple d’un phénomène essentiellement urbain ou bien les villages jouent-ils un rôle majeur ? Connaît-on le taux d’alphabétisation vers 1905, le niveau de généralisation du quoc ngu ? Quelles régions ont-elles été touchées ? Le Nord davantage que le Sud ? Des régions traditionnellement dynamiques sur les plans culturel ou politique comme le Thanh-hoa ou le Binh-dinh ?

Les structures mises en place par les modernistes sont-elles comparables aux écoles qui, périodiquement, apparaissaient au Vietnam : école de Chu Vau An (XVe siècle) ou de Vu Thanh (XVIIIe siècle). Le célèbre temple Ngoc Son, avait par exemple été édifié en 1842 pour rendre un culte aux immortels, mais aussi pour servir de lieu de rencontres et d’échanges entre Lettrés (Vu The Khoi : “Le temple Ngoc Son et l’œuvre de la renaissance culturelle de Thang Long”, Xua va nay, n°30, août 1996) : les modernistes se sont-ils inspirés de cet exemple ? Quelles sont les limites du mouvement ?

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Hanoï, maître d'école               

Certains Lettrés semblent avoir été totalement étrangers au mouvement moderniste (Nguyen The Anh, Bulletin de l’EFEO, 1978, t.LXV, pp.421-430). Le déclassement social des Lettrés lié à la situation coloniale a-t-il joué un rôle dans le développement du mouvement moderniste ou l’a-t-il freiné ? Combien de personnes ont-elles réellement été touchées ? Y-a-t-il des structures comparables aux chambrées et aux cercles provençaux qu’a étudiés Agulhon ? Le premier objectif du colloque que nous proposons est d’appréhender le mouvement dans son épaisseur sociale et d’en proposer un exposé accessible en langue française ainsi qu’un état des lieux et une bibliographie en vietnamien, français et anglais.

Le deuxième objectif est d’intégrer le Vietnam dans sa conjoncture asiatique : ce sont d’ailleurs les Lettrés modernistes du début du XXe siècle qui ont introduit dans la culture vietnamienne cette conception d’un Vietnam lié à des civilisations asiatiques autres que celle de la Chine. Pays de tradition sinisée, il est souvent étudié dans le cadre des études sur l’Asie du Sud-Est ; pays colonisé par les Français, il est l’objet, pour la période qui nous intéresse ici, d’une bibliographie majoritairement en Vietnamien ou en Français, d’où une difficulté de comparer avec d’autres pays asiatiques pour lesquels la bibliographie est en Anglais ; pays dont l’histoire, dans la deuxième partie du XXe siècle, a été marquée par des conflits où ont été impliqués notamment, la France, les Etats-Unis ou l’URSS, il est plus souvent étudié pour ses relations avec ces puissances que pour ses contacts avec l’Indonésie, la Thailande ou les Philippines.

Or, au début du XXe siècle, pour ne prendre que cette période-là, les relations et les influences intra-asiatiques étaient nombreuses, non seulement avec la Chine ou le Japon, ce qui est bien connu, mais avec l’Inde, l’Indonésie ou les Philippines, soit par le biais de réseaux mis en place par les colonisateurs (la ligne française régulière des Messageries maritimes touchait Yokohama, Shanghai et Saigon, mais aussi Singapour, Colombo et Bombay), soit par le biais des réseaux missionnaires, soit par le biais des réseaux qui existaient avant la colonisation et dont s’était servi par exemple Nguyen Anh à la fin du XVIIIe siècle, soit grace à l’existence de communautés de Vietnamiens expatriés au Siam, au Cambodge, au Laos, comme en Chine ou au Japon, ainsi que l’ont montré David Marr (Vietnamese Anticolonialism (1885-1925), Berkeley, University of California Press, 1971) ou Christopher Goscha (Vietnam or Indochina ? Contesting Concepts of Space in Vietnamese Nationalism, 1887-1954, Copenhague, NIAS Reports n°28, 1995). Or, toutes les sociétés asiatiques ont eu à s’adapter à l’intrusion massive des idées occidentales dans tous les domaines (culture, religion, commerce…) et la coïncidence de l’émergence de mouvements politiques modernes dans plusieurs sociétés asiatiques (Gandhi fonde par exemple sa première association au Transvaal en 1907, tandis que le roi de Siam voyage en Europe et que Sun Yat Sen réside au Vietnam) ne peut être le fait du hasard.

Le troisième objectif du colloque est de déterminer l’héritage du mouvement. Dans le court terme déjà : qui se chargea de la répression postérieure à 1908 (Français ? Vietnamiens traditionnalistes ?) ? Avec quel bilan précis ? Sur le long terme, le rôle joué par Phan Chu Trinh [photo] à Paris auprès du futur Ho Chi Minh est bienphan_chu_trinh connu, mais y-a-t-il d’autres exemples, notamment parmi les Vietnamiens envoyés en métropole pendant la Première guerre mondiale ? Le bagne de Pulo Condore fut-il une pépinière de futurs révolutionnaires ? Que devinrent les acteurs du mouvement ? Dans la mesure où le mouvement était plus hétérogène que l’histoire officielle le présente habituellement, les prises de position ultérieures ont nécessairement été très diverses. Certains se sont investis dans le journalisme, seule ouverture aménagée par le pouvoir colonial, donc un journalisme désormais entraîné à ruser avec les contraintes de la censure, comme c’est le cas des équipes de Dong Duong top chi ou de Nam Phong. Ngo Duc Ke et Huynh Thuc Khong se sont lancé dans le journalisme après leur sortie du bagne. Ce dernier a même tenté de fonder un parti dans le Centre (Dao Duy Anh : Nho nghi chieu hom. Souvenirs au crépuscule, 1989) et il développa son action dans un cadre légal.

D’autres acteurs du mouvement moderniste sont retournés dans leurs villages d’origine où ils ont pu populariser leurs idées, en ouvrant des écoles, en pratiquant la médecine ou en s’impliquant dans les associations huong thien (faire le bien). L’inspiration de ces associations-ci semble être religieuse, avec des séances de spiritisme notamment, mais il est possible qu’elles aient servi de paravent à la continuation du mouvement moderniste en diffusant des textes (kinh) à caractère moral et patriotique (Dao Duy Anh, op. cit. Et Vu The Khoi, op. cit. ). D’autres Lettrés proches du mouvement moderniste ont sans doute à passer les concours (le dernier concours a eu lieu dans le Centre en 1919), d’autres ont pu se réfugier dans la sphère familiale tout en envoyant leurs fils (leurs filles également ? l’éducation des filles a été une des originalités du Dong kinh nghia thuc) suivre des études à la française. Qu’est-il advenu des coopératives qui finançaient le mouvement ? La société Lien Thanh évoquée plus haut a poursuivi ses activités jusqu’en 1975 et le docteur Ho Ta Khanh, représentant la troisième génération de la société a été ministre de l’Economie dans le gouvernement Tran Trong Kim.

GillesSept2005


  renseignements et/ou renseignements

Gilles de Gantès

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- Dông Kinh nghia thuc : École libre de la Capitale du Nord (Hanoï) : mouvement moderniste revendiquant l'innstruction du peuple, et école ouverte en 1907 à Hanoï


_coliers_tonin_cours_de_dessin
écoliers tontinois au cours de dessin



Call for Contributions for a Conference organized

in Aix-en-Provence, May 3-4 and 5, 2007



Vietnam, the modernist conjoncture

(1905-1908)

The reactivity of a society confronted to

the irruption of a foreign modernity




1908 represents an important symbol in Vietnamese history, when the first nationalist manifestations opened a long list of anti-colonialist revolts. But, as they appear in the front of the stage, they let in the shadow the current of the modernization of the Vietnamese culture which has developped after the Japanese victory against Russia in 1905. A lot of scholars of the time came to think that violent uprisings had no chance to be successful and that the most promising way in order to reconquer independence was to adapt the Vietnamese society to a modern world whose existence could not be denied. These patriots founded schools free from colonial supervision, and they organized craftman cooperatives (dong loi), whose benefits were partly dedicated to education achievements. The cooperative Lien Than, which produced fish sauce (nuoc mam) was associated with à publishing house and a school. This kind of movement needs a sophisticated level of social organization, efficient information networks and financial networks which are not so well known.

The first purpose of the conference is to understand how the movement has taken root deep inside the Vietnamese society, to understand it by the details beside the well known stories of nationalist heroes and to publish a global study and an exhaustive bibliography (Vietnamese, French, English) of the modernist movement.

The second purpose is to replace Vietnam in the Asian conjoncture: the influence of the Chinese reformist movement or of Meiji Japanese example have often been studied, but very much less the relations and mutual influences with the Philippines, the Indonesian Archipelago or India. On the first hand, many networks, including religious ones, had worked before the age of imperialism between asian countries and, in the XIXth Century the Europeans have added their imperial lines, which allowed many natives to get a first hand knowledge of Japan, India or Europe and to search an help to sustain their activities. On the second hand, the emergence of modern political organizations in many Asian countries following the Japanese vistory against Russia in 1905 cannot be a coincidence and comparisons could be stimulating for Vietnemese studies scholars.

The colonial administration’s tolerance considering the modernist movement was short lived and promptly vanished after the attempts of Hanoi in june 1908 and the uprisings in Central Vietnam. The third purpose of the Conference will be to examine what kind of inheritage was left by the modernist movement after its leaders had been arrested, jailed or exiled, some of them sentenced to death in the short and long  ends. The Company Lien Thanh was still alive in 1975 when the director Dr Ho Ta Khanh, a former Secretary of State in Tran Trong Kim’s 1945 government, represented the third generation of his family at the head of the Company.

To study the way by which the Vietnamese society had to adapt itself to a modern world which was so exotic at this time and under a foreign rule can give indications for the future, in our age of worldwide globalization.

Gilles de Gantès

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vendredi 6 octobre 2006

Colonialisme : haro sur la repentance (Violaine de Montclos)

http://www.oumma.com/IMG/jpg/Affiche_18_decembre.jpg
"...la gestion coloniale des quartiers..." (!)


revue de presse


Colonialisme : haro sur la repentance

            

Y a-t-il aujourd'hui, sur le territoire français, des descendants de victimes et des descendants de bourreaux qu'aucune loi républicaine ne pourrait réconcilier ? En échouant à intégrer les populations immigrées d'origine maghrébine, l'ancien peuple colonisateur que nous sommes poursuit-il, sur son sol, l'exploitation raciste dont il s'est rendu coupable par le passé ? Le livre de l'historien Daniel Lefeuvre est une réponse exaspérée à ces questions qui embarrassent notre conscience collective et paralysent le débat sur l'immigration. Il est une riposte musclée et documentée à ceux qu'il nomme les «repentants», ceux qui, à coups de livres, d'articles ou d'interventions télévisées, somment la France de reconnaître un génocide colonial et un racisme quasi endémique.

«Entre leurs mains, l'Histoire endosse une nouvelle mission : [...] elle doit juger plutôt qu'inviter à connaître et à comprendre», écrit Lefeuvre. Il ne s'agit pas, pour ce spécialiste de la colonisation en Algérie, de justifier le passé impérialiste de la France. Mais plutôt d'arracher la question coloniale du terrain glissant de la morale pour la replacer sur celui de l'Histoire. Tordant le cou aux chiffres manipulés, aux anachronismes, aux développements tronqués, le brûlot de Lefeuvre devrait susciter des réactions chez les quelques auteurs cités. Alors que le film «Indigènes» est sur les écrans, la France n'en finit pas de régler des comptes avec son passé.

Violaine de Montclos

Pour en finir avec la repentance coloniale, de Daniel Lefeuvre
(Flammarion, 230 pages, 18 E)

© Le Point  05/10/06 - N°1777 - page 118



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jeudi 5 octobre 2006

De la repentance à l'Apartheid ? (Olivier Pétré-Grenouilleau)

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marché de Kaéli, Cameroun, 4 juin 1951 - source : base Ulysse, Caom



De la repentance à l'Apartheid ?

Olivier PÉTRÉ-GRENOUILLEAU


couv_Daniel_newVeut-on vraiment une France de l'Apartheid ? Si tel n'est pas le cas, alors cessons d'opposer les Français en fonction de leurs origines par l'intermédiaire d'un passé déformé. Rompons avec une repentance coloniale qui ressasse et divise au lieu de guérir. Tel est le diagnostic formulé par Daniel Lefeuvre dans son bel essai. Celui d'un historien ayant décidé de se jeter dans l'arène, non pas pour satisfaire à quelque sensationnalisme, mais afin de montrer, tout simplement, que les choses sont souvent plus complexes qu'on ne l'imagine, et cela en puisant dans son domaine de spécialité : l'étude des relations franco-algériennes.

Nullement "nostalgique" d'une période coloniale dont il ne connaît que trop les excès, Lefeuvre prend d'emblée pour cible les "Repentants" qui mènent "combat sur les plateaux de télévision et dans la presse politiquement correcte". Substituant les mots au réel, le juste au vrai, écrit-il, ils tendent à fonder l'idée d'un continuum colonial et raciste entre une France d'hier et celle d'aujourd'hui. Le tout afin de "justifier une créance de la société" à l'égard des anciens colonisés et de "leurs descendants réels ou imaginaires". Or, écrit Lefeuvre, complexe et évolutive, la colonisation ne saurait être ramenée à une "nature" ou essence. Et d'ajouter que "les pères du régime républicain" n'ont pas "posé les fondations" d'un totalitarisme dont "le nazisme ne serait qu'un avatar dilaté".

Massacres coloniaux ? Oui, bien sûr, indique-t-il, mais l'Algérie ne fut jamais "tout entière et continûment à feu et à sang entre 1830 et 1871". L'effondrement démographique qu'elle connaît alors ne s'explique pas par les "enfumades", razzias et exécutions sommaires, atroces, réelles, connues et dénoncées dans les Chambres de l'époque, mais par l'emboîtement de crises (mauvaises récoltes, sauterelles, épidémies) aggravées par la désorganisation de l'économie traditionnelle. Spécifiques, les guerres coloniales, car premières à ne pas distinguer entre civils et militaires ? Mais quid des massacres de la guerre de Trente Ans, de la politique de la terre brûlée contre les camisards ou les Vendéens, ou d'une guerre d'EspagnePetitJournalDeta ayant vu se lever la population contre les troupes napoléoniennes ? Dans sa liste, Lefeuvre aurait pu ajouter ces cités antiques vidées de leurs populations avant d'être rasées...

Corne d'abondance coloniale ? Dans les discours, sans aucun doute. Dans les faits, beaucoup moins, note Lefeuvre, soulignant que l'Empire joua un rôle marginal pour les importations de charbon, pétrole, coton, laine et soie. Que les produits agricoles venant des colonies étaient disponibles ailleurs. Et que, finalement, l'avantage consista à les payer plus cher, mais sans sortie de devises. Apport colonial décisif pendant la Grande Guerre ? Six millions de tonnes de marchandises furent importées des colonies, contre 170 de l'étranger, et, de 10,95 % des importations françaises avant guerre, l'Empire passa à 3,5 % pendant le conflit, du fait des limites de la marine nationale.


RACISME CULTURALISTE
Les coloniaux furent indispensables au relèvement de la France, et ils souffriraient, aujourd'hui, d'unT970184A_t ostracisme lié à l'héritage colonial. La reconstruction proprement dite s'achève en 1950-1951. La France d'alors en compte 160 000, soit, même à considérer qu'ils travaillaient tous, moins de 1 % de la population active totale. Empêchés d'intégration ? N'est-ce pas ainsi masquer qu'elle est heureusement en marche ?

Et Lefeuvre de rappeler alors que celle des immigrés européens n'a pas forcément été plus facile. Près des deux tiers des Italiens [photo] et 42 % des Polonais sont repartis parce qu'ils étaient ou se sentaient rejetés. Quant aux autres, plusieurs générations ont souvent été nécessaires pour grimper les barreaux de l'échelle sociale. Et les clichés relatifs aux Africains d'aujourd'hui ne sont pas, écrit l'auteur, sans rappeler ceux dont on affublait les migrants européens quelques décennies plus tôt, voire les paysans français du siècle précédant. Enfin, réel, le racisme est désormais plus culturaliste et différentialiste et donc moins fondé que par le passé sur des critères physiques. Qu'il y ait des problèmes est une évidence. Mais vouloir les ramener uniquement à un héritage colonial, c'est se condamner à ignorer leurs vraies racines, à ne pouvoir les soigner, et, finalement, à "créer une France de l'Apartheid".

De tout cela on pourra évidemment discuter dans le détail tel ou tel point. Par ailleurs fallait-il être aussi direct vis-à-vis d'une "nébuleuse repentante" plus mise en avant que présentée ? Mais, utile, courageux, et pensé avec civisme, ce livre montre qu'il peut exister un espace entre repentance et "mission" colonisatrice (lesquelles renvoient toutes deux - est-ce un hasard ? - au même registre du théologique et du sacré) : celui de l'histoire et de l'historien. Car, à un moment où les mémoires deviennent traumatiques, l'histoire - une histoire assumée et dépassionnée - peut, aussi, être thérapeutique.Olivier_Petre_Grenouilleau






Olivier Pétré-Grenouilleau


POUR EN FINIR AVEC LA REPENTANCE COLONIALE de Daniel Lefeuvre. Flammarion, 240 p., 18 €.couv_Daniel_new

Le Monde, 29 septembre 2006





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mercredi 4 octobre 2006

Pour un débat de fond sur le passé colonial - à propos du livre de Daniel Lefeuvre (Claude Liauzu)

march__Haute_Volta_Caom_Ulysse
Kaya (Haute-Volta), le marché, 1941961 - source :
Caom, base Ulysse




Pour un débat de fond sur le passé colonial

à propos du livre de Daniel Lefeuvre

Claude LIAUZU



couv_Daniel_newDans son livre Pour en finir avec la repentance coloniale (1) Daniel Lefeuvre dénonce vigoureusement les «contrevérités, billevesées, bricolage…en quoi consiste le réquisitoire des Repentants». C’est une incitation à réfléchir aux conditions dans lesquelles s’est engagé le débat actuel sur le passé colonial. D. Lefeuvre exprime à n’en pas douter un point de vue largement partagé parmi les spécialistes en rappelant clairement que la colonisation n’a pas été synonyme de génocide, que les procès ad satietam et la surenchère victimaire n’ont rien à voir avec l’histoire. Il a le mérite de mettre à leur place ceux qui, succès médiatique aidant, prétendent rien moins que proposer une «relecture de Hannah Arendt» et «fonder une école de recherche» (2), alors que quantité de jeunes chercheurs de qualité ne trouvent pas d’éditeur, que des années de travail scientifique mené avec passion dorment dans les rayonnages des bibliothèques universitaires.

Il pouvait aller plus loin dans la sociologie de l’adversaire et analyser sa stratégie, qui consiste d’abord à31 occuper le terrain : tel membre de l’Achac  pourfend le Mémorial de la France d’outre-mer pour colonialisme, tel autre est membre du Conseil Scientifique du même mémorial ; même scénario quant à la Cité de l’immigration ; ou encore on organise un colloque avec Christiane Taubira tout en signant l’appel demandant l’abrogation de sa loi.

Cependant, comment critiquer les «repentants» sans faire de même pour les nostalgiques de la colonisation ? Ces tâches sont indissociables, car il s’agit de deux entreprises de mémoires minoritaires, qui cultivent les guerres de cent ans, se nourrissent l’une de l’autre et font obstacle à ce qui est désormais un enjeu fondamental pour notre société : élaborer un devenir commun à partir de passés faits de conflits, de relations aussi étroites 9782707134127FSqu’inégales, d’une colonisation ambiguë, comme l’ont montré Pierre Brocheux et Daniel Hémery (3). Que Lefeuvrix, descendant d’Arverne, ironise sur l’idée de poursuites contre les descendants de Jules César pour crime contre l’humanité, soit, mais le «Cafre» des Iles à sucre n’a peut-être pas encore atteint la distance permettant cette attitude envers un esclavage dont les traces n’ont pas disparu, et on comprend que Karambeu n’ait guère envie de rire au souvenir de son grand-père cannibalisé en 1931.

Plus sérieusement, le débat porte sur un des point les plus sensibles du métier, celui de ses usages publics, des rapports entre histoire mémoire et politique. Et la profession est mal à l’aise. Elle choisit parfois un retrait sur l’Aventin mais, si cela est possible dans un espace préservé comme le CNRS, le professeur de collège et lycée confronté directement aux questions portées par ces mémoires, ne peut s’y réfugier. Il faut donc poser très clairement ces rapports complexes, difficiles, mais inéluctables. Et les tensions dont la discipline a été l’objet depuis plusieurs années fournissent matière à réflexion.

Daniel Lefeuvre rappelle qu’avec quelques collègues nous avons engagé une campagne contre la loi du 23 février 2005 (loi dont l’article 3 qui représente une menace pour la recherche n’est toujours pas abrogé). Cette campagne ne se réclamait d’aucune école, d’aucune famille de pensée et ceux qui sont signé l’appel ont des points de vue très divers. Certains désapprouvent la loi Taubira, d’autres (c’est mon cas) la considèrent «partielle, partiale», mais un «mal nécessaire». Il eût certes été préférable que l’intégration du passé colonial, des migrations et de l’esclavage à la place qui leur revient dans les programmes scolaires émane de notre profession. Pourquoi, en dépit de démarches répétées des spécialistes, d’une accumulation scientifique la rendant possible, cette réforme des programmes n’est-elle toujours pas advenue ?

Jamais, depuis un siècle, notre discipline n’a été autant en porte-à-faux par rapport à notre monde. Les sciences sociales sont par nature de la société et dans la société. Elles ne peuvent prendre la distance indispensable avec les mémoires et les usages publics en les ignorant. Cela ne veut dire en rien, tout au contraire, qu’il faille s’aligner sur les discours politiques. Contre les certitudes assénées au nom de la lutte idéologique, il faut maintenir le devoir d’histoire. Affirmer qu’on ne saurait avoir d’«ennemis à gauche» et donc qu’il ne faut pas critiquer les historiens «anticolonialistes», c’est confondre les rôles, mélanger scienceJaures3d et politique et se tromper d’époque. Les associations antiracistes, si elles veulent conserver des relations cohérentes avec les chercheurs, doivent revenir au modèle de l’affaire Dreyfus, quand les historiens et les archivistes assuraient leur fonction, celle d’expert et non de caution «scientifique» aux idéologues. Elles devraient se souvenir qu’un Jaurès [ci-contre] militant s’est fait historien et a appliqué avec rigueur les règles de la méthode pour établir les preuves de l’innocence de Dreyfus, ce qui est tout le contraire de l’instrumentalisation de l’histoire.

Il faut le redire aussi, le travail d’historien est un travail collectif qui repose sur la publicité des documents et la confrontation des points de vue. Cela est un devoir tant scientifique que civique. Ce qui est regrettable, ce n’est pas seulement la publication d’idées fausses, mais la tendance générale à préférer leur outrance à des textes élaborés rigoureusement. Même une organisation comme la Ligue des Droits de l’Homme tombe dans ce travers lorsqu’un de ses sites s’abstient de publier un texte de Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet, paru depuis un an dans Esprit, et qu’on trouve sur tous les sites s’intéressant au passé colonial, ainsi que toute critique de Olivier Le Cour Grandmaison et de l’Achac.

Cependant, on a du mal à croire que la société du maire de Marseille ou celle d’un Georges Frèche et des associations nostalgiques de l’OAS, d’un ministre des anciens combattants qui insulte les historiens, soient plus gratifiantes que celle des associations antiracistes. Les projets de mémoriaux de la France d’outre-mer ou de l’Algérie française pour lesquels les politiciens sollicitent les historiens  sont-ils scientifiquement plus solides ?  Sur tout cela, le silence de Daniel Lefeuvre affaiblit sa démonstration.

Au delà de ces péripéties, on ne pourra réagir à la Barnum history qu’en lui opposant un renouvellement des problématiques, une mise à jour de nos questionnements. Sur ce point, une remarque de Daniel Lefeuvre me fournit l’occasion d’une précision. Si j’ai donné comme exemple de profits juteux de la compagnie sfaxSfax-Gafsa le compte de 1913 ce n’est pas pour forcer une démonstration, et la série des bilans annuels confirme ces profits. C’est le résultat d’une  recherche sur le travail et le capitalisme en Tunisie à l’époque coloniale. Toute économie est politique, et les comptabilités nationales, les termes de l’échange, les comptes-rendus financiers doivent être complétés par l’analyse de la situation coloniale, notion proposée par Balandier voilà un demi siècle, et qui a été insuffisamment utilisée. Les profits de la Sfax-Gafsa reposent sur la concession d’une partie du sud tunisien, des principaux gisements de phosphates de l’époque, du chemin de fer et du port. Dans cet empire, les syndicats et les premières mesures protégeant le travail ne se sont imposés qu’au prix de grandes grèves sanglantes en 1937. Quand un inspecteur du BIT peut y pénétrer enfin en 1937 aussi, sa constatation est simple : le salaire d’un manœuvre ne permet pas de nourrir une famille, car ce capitalisme a des aspects boyards en exploitant le monde rural, qui lui fournit sa main d’œuvre et la reprend quand elle est inutile, ou usée. On ne comprend pas autrement le long refus  de faire des «zoufri» des mineurs de type métropolitain. [photo : phosphates des mines de Gafsa chargés à bord de cargos dans le port de Sfax - source]

Mais ces débats sur les données économiques et sociales qui ont eu leur importance, capitale dans les débats des décolonisations, qui ont leur importance, n’enferment pas toute l’histoire de la colonisation. Et l’une de nos responsabilités est d’élargir le champ des études en faisant leur place aux questionnements actuels et en tout premier lieu aux dimensions culturelles, qui sont déterminantes dans le devenir d’une société marquée par la pluralité héritée de la colonisation et amplifiée par la mondialisation. Une autre est de fournir une vulgarisation de qualité, accessible au large public concerné par le passé colonial, aux enseignants, soucieuse moins de défendre une opinion que d’aider les lecteurs en leur fournissant des repères, en leur présentant les pièces des dossiers, la pluralité des points de vue et des interprétations. C’est l’objet d’un Dictionnaire collectif sous presse.

Enfin, il ne suffit pas d’être un bon artisan, de travailler «à l’aide des bons vieux outils de l’historien, les sources, les chiffres, le contexte». Il faut affronter à la fois ce qui est une crise de la mémoire nationale et une crise de la discipline. «Chaque fois que nos tristes sociétés, en perpétuelle crise de croissance, se prennent à douter d’elles-mêmes, on les voit se demander si elles ont eu raison d’interroger leur passé ou si elles l’ont bien interrogé», constatait Marc Bloch.

Aujourd’hui, cette crise est étroitement liée au passé colonial, mais les études historiques françaises, enfermées dans son Hexagonalisme ne peuvent y répondre. Il faut refondre les programmes de l’enseignement et de la recherche dans le sens d'une histoire mondiale, celle de toutes les civilisations, des nations, des sans-patries, de l'histoire totale.

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Claude Liauzu


1 - Flammarion, 2006
2  - N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, La République coloniale , Albin Michel, 2003, p. 7 ; et Zoos humains, La Découverte, 2002  p. 430
3 - Indochine, une colonisation ambiguë, La Découverte, 2001.

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Un accord et deux remarques

à la lecture du texte de Claude Liauzu

Michel RENARD


D'accord avec Claude Liauzu lorsqu'il écrit que "D. Lefeuvre exprime à n’en pas douter un point de vue largement partagé parmi les spécialistes en rappelant clairement que la colonisation n’a pas été synonyme de génocide, que les procès ad satietam et la surenchère victimaire n’ont rien à voir avec l’histoire". Mais pourquoi cette discrétion à le proclamer ? Pourquoi ce sentiment, qu'en général, une complaisance un peu honteuse est observée face aux allégations des membres de l'Achac ? L'un d'entre eux, Nicolas Bancel, professeur en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) à l'université Marc-Bloch de Strasbourg était l'invité, en octobre 2005, de la fête du livre à Saint-Étienne. Il a prononcé quelques absurdités sur les programmes scolaires des collèges et lycées, prétendant que l'histoire s'y réduisait à une glorification de la nation française façon catéchisme de la IIIe République...! Prouvant par là qu'il ne connaissait strictement rien de ces programmes. Si, dans ses écrits, il traite les sources historiques avec la même désinvolture, il y a de quoi s'inquiéter...

Il en va de même de leur prétention à apparaître comme les démiurges d'une lucidité historique que personne, avant eux, n'aurait jamais approchée... Le trio Blanchard/Bancel/Vergès, dans la République coloniale écrit, sans vergogne : "la déconstruction de la République coloniale reste en marge de l'historiographie actuelle" (p. 16). Ah bon...?!

Faut-il leur rappeler le travail de Charles-Robert Ageron ? L'historien n'écrivait-il pas, en 1978 (!) dans son livre France coloniale ou parti colonial ? : "l'heure de l'histoire est venue dès lors que les exaltations naïves de «l'épopée coloniale» ne trouvent plus d'éditeur et que l'anticolonialisme ne fait plus recette" (1). L'Achac n'a ni le monopole ni la primeur de la déconstruction de la République coloniale. On est effaré d'avoir à le rappeler. Il est vrai que Charles-Robert Ageron, maître de l'histoire coloniale, évoquait, quelques lignes plus bas, "les ombres et les lumières de la colonisation", formule qui le vouerait, aujourd'hui aux velléités inquisitoriales. Comment ? Les "lumières" de la colonisation ? Mais, c'est du révisionnisme... Pour un peu, les néo-jdanovistes de l'antiracisme associeraient Ageron à l'édition 2007 du Petit Robert dans leur condamnation ubuesque et leur tentative de censure...

 

Repentance et Colonostalgie
Autre sujet. Que penser de cette critique que Claude Liauzu adresse au livre de Daniel Lefeuvre, quand il note : "comment critiquer les «repentants» sans faire de même pour les nostalgiques de la colonisation ? Ces tâches sont indissociables" (...) "Sur tout cela, le silence de Daniel Lefeuvre affaiblit sa démonstration".  En clair, cela ne signifie-t-il pas qu'une critique de la Repentance peut être suspectée de "rouler" pour la Colonostalgie ? Ou encore, que "pour passer" auprès d'un public de "gauche", cette critique de la Repentance doit donner des gages, en ciblant ceux qui déplorent la décolonisation...? Je ne dis pas que Claude Liauzu pense cela. Il écrit même le contraire à propos de la Ligue des Droits de l'Homme qui applique précisément cette politique en censurant les critiques formulées contre Le Cour Grandmaison ou l'Achac.

Mais, il est vrai que certains craignent d'une approbation du livre de Daniel Lefeuvre qu'elle ne vaille passage dans le "camp adverse". On se croirait revenu aux temps de la Guerre Froide : aux yeux des jdanovistes, la critique de l'URSS valait alignement sur les États-Unis. Aujourd'hui, aux yeux des néo-anticolonialistes, si on ne dit pas que la colonisation a été uniment appauvrissante, dépersonnalisante et génocidaire, le soupçon plane : vous ne seriez pas colonostalgique ? Or, il faut le dire avec forte conviction : on peut critiquer les thèses (?) de la Repentance sans se sentir obligé d'ajouter, rituellement, "il en va de même de la Colonostalgie" ; on ne passe pas pour autant dans le camp de... l'OAS...!

Devrait-on juger la pertinence intellectuelle d'une démonstration en évaluant, par anticipation, ses supposées conséquences idéologiques ? S'interdire le constat que, de 1905 à 1962, la France a versé en Algérie l'équivalent de 7 ou 8 plans Marshall, parce que la colonisation ne relèverait - croit-on - que de la seule rationalité économique du pillage ? S'interdire de considérer que, durant la guerre d'Algérie, l'emprise du FLN sur la population algérienne devait aussi à des pratiques coercitives et violentes, parce que la lutte pour l'indépendance nationale est légitime ? La vérité historique ne rend pas de comptes aux idéologies, croyances ou intérêts de pouvoir. Seule vaut la rigueur méthodologique du "métier d'historien" (Marc Bloch).


Généalogie de l'incrimination
Enfin. Claude Liauzu écrit, en filant la raillerie de Pour en finir avec la repentance coloniale : "Que Lefeuvrix, descendant d’Arverne, ironise sur l’idée de poursuites contre les descendants de Jules César pour crime contre l’humanité, soit, mais le «Cafre» des Iles à sucre n’a peut-être pas encore atteint la distance permettant cette attitude envers un esclavage dont les traces n’ont pas disparu, et on comprend que Karambeu n’ait guère envie de rire au souvenir de son grand-père cannibalisé en 1931". Je comprends l'amertume à songer au passé de servitude de "ses" ancêtres. C'est d'ailleurs une amertume que l'on peut ressentir sans être le "descendant" de ces ("ses" ?) victimes. Imaginer le contraire, serait nier tout humanisme dans sa tension universaliste. Mais quel sens cela a-t-il de cristalliser cette peine en opération historico-idéologique instaurant des généalogies contestables et une tout aussi contestable idée de responsabilité collective ?
Quant au "souvenir"..., il faudrait prendre du recul par rapport aux injonctions émotionnelles. D'abord, le souvenir n'est jamais strictement personnel : "on ne se souvient pas seul" écrit Paul Ricoeur en évoquant la sociologie de Maurice Halbwachs (p. 146 et sq. de La mémoire, l'histoire et l'oubli), donc il faut envisager sa déformation/manipulation par les différentes strates de transmission. Ensuite, la violence d'un traumatisme ne suffit pas à expliquer la manifestation violente de sa réitération ou de sa réminiscence. Qui demande repentance à l'Allemagne pour les 1,4 million de soldats morts pour la France de 1914 à 1918 ? Quels ressortissants du Limousin demandent repentance à l'Alsace pour les sacrifiés d'Oradour ? Et pourtant le chagrin n'a pas disparu, l'oubli ne s'est pas imposé. Mais l'histoire a dit la vérité.

MR___Port_Cros___copie


1 - France coloniale ou parti colonial ?, Charles-Robert Ageron, Puf, 1978, p. 5.


Michel Renard

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le général Randon reçoit la soumission des chefs kabyles
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mardi 3 octobre 2006

Colonisation : halte aux amalgames ! (Marc Riglet)

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Colonisation : halte aux amalgames!

Marc RIGLET


Daneil Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Flammarion, 2006.

Bernard Droz, Histoire de la décolonisation, Seuil, 2006.


Colonisation : halte aux amalgames !

par Marc Riglet
Lire, octobre 2006

Deux historiens font le point sur les origines et l'épilogue du colonialisme. Un homme seul, un Ivoirien d'aujourd'hui, raconte son désarroi face au chaos. Trois occasions de chasser les malentendus.

Daniel Lefeuvre les appelle les Repentants. On pourrait aussi bien les nommer «flagellants». Ils fouettent et somment d'expier le colonialisme, ce grand crime resté, selon eux, impuni. Faute de consentir à cette contrition, les anciennes puissances coloniales devront affronter le juste courroux des enfants et petits-enfants des colonisés d'hier. Nul ne sait trop en quoi devrait consister l'aveu de culpabilité exigé, ni quelle forme devra revêtir ce remords enfin exprimé, mais l'impatience des inquisiteurs n'en est que plus vive. Pour qu'ils se calment, il n'y a pas d'autres remèdes que de reprendre, posément, l'histoire des colonisations, et aussi des décolonisations, qui, loin d'avoir jamais été occultée, constitue un socle solide de savoirs établis. Daniel Lefeuvre s'y applique sur un sujet qu'il connaît bien : l'Algérie.

img_1Dans un ouvrage précédent, Chère Algérie : la France et sa colonie, 1930-1962, et dans la lignée des travaux de Jacques Marseille, il avait déjà fait litière de l'idée reçue selon laquelle l'exploitation des colonies, en général, et celle de l'Algérie en particulier avaient été, pour la métropole, une «bonne affaire». De toute façon, en regard de ce que l'exploitation coloniale «rapporte», on doit aussi considérer ce qu'elle coûte. Les vociférations confuses sur le rôle «positif» ou non de la colonisation cèdent alors la place à quelques solides données qui surprendront. Ainsi, de 1957 à 1961, la part du PNB français consacré à l'accroissement de la consommation et à l'équipement des colonies n'est jamais inférieure à 2%. «Un effort qui laisse rêveur, note Daniel Lefeuvre, quand on sait qu'aujourd'hui les pays développés sont très loin de consacrer 0,7% de leur revenu national brut aux pays en voie de développement comme ils s'y étaient engagés en 1970 à l'ONU.» C'est d'ailleurs pour s'indigner de cette munificence que se développe, dans les années 1950, le «cartiérisme», du nom - s'en souvient-on ? - de Raymond Cartier qui, dans Paris-Match, avec de forts relents racistes, donne en exemple les Pays-Bas, riches parce que délestés de leurs colonies, et invite les Français à développer la Corrèze plutôt que le Zambèze !

S'il n'y a donc pas à se repentir, ni du pillage des ressources coloniales, ni des indécents profits qui en auraient été tirés, à tout le moins devrait-on expier les abominations des guerres de conquête. Là encore, il y a dans cette objurgation un mot juste - abomination - et un mot de trop - expier. On n'a pas attendu les «indigènes de la République» pour établir l'extrême brutalité des guerres coloniales. Pour l'Algérie, outre que tout au long des cent trente ans de colonisation les contemporains n'ont rien dissimulé de leurs sinistres exploits - razzias, exécutions collectives, femmes, enfants, prisonniers passés au fil de l'épée, enfumades et déportations -, il y a maintenant près d'un demi-siècle que l'histoire en a été scrupuleusement faite par les grands historiens que furent Charles-AndréMarius_Moutet_1936 Julien et Charles-Robert Ageron.

L'idée d'un crime en quelque sorte caché, dont l'aveu expiatoire serait l'indispensable préalable à un hypothétique pardon, est donc inepte. Plus grave, cependant, est la thèse développée par un des chefs de file de la repentance, Olivier Le Cour Grandmaison, qui soutient que la guerre coloniale aurait été le laboratoire de la «guerre totale», le banc d'essai des conflits du XXe siècle, et les peuples coloniaux les victimes d'une Shoah avant l'heure. On ne peut plus résolument renoncer aux rigueurs de la méthode historique et mélanger tout.


Ignorance et anachronisme se conjuguent
Daniel Lefeuvre n'a aucun mal à démontrer l'inanité de la distinction entre la «guerre conventionnelle» et «civilisée» que les «Blancs» se livreraient et celle, «brutale» ou «totale», qu'ils auraient inventée à l'usage exclusif des peuples coloniaux. Là, ignorance et anachronisme se conjuguent. Les populations massacrées du Palatinat dévasté par les troupes de Louis XIV seraient bien aise d'apprendre ainsi qu'elles furent les victimes d'une guerre «civilisée» et les descendants de Vercingétorix que nous sommes devraient sansvercingetorix doute protester de son exécution par César, en 46 avant J.-C., en infraction caractérisée de la convention de Genève de 1929 sur les prisonniers de guerre.

Daniel Lefeuvre sait se moquer de ce qu'il désigne comme le «bric-à-brac intellectuel» des Repentants. Mais il redevient grave lorsqu'il prend la mesure «des dangers dont leur conception de l'histoire est porteuse». Lorsque l'histoire prétend «dire le bien et non le vrai», lorsqu'elle «juge» plutôt qu'elle invite «à connaître et à comprendre», tout est à redouter de son instrumentalisation. Evidemment, il ne s'agit pas de professer on ne sait quelle histoire objective ni de réserver aux seuls historiens brevetés le privilège de dire le vrai. Il n'est pas d'histoire établie qu'une nouvelle approche, qu'une «révision», n'enrichisse. Encore faut-il respecter les règles de la méthode: faits vérifiés, données hiérarchisées, sources critiquées, contexte apprécié.

L'ouvrage de Bernard Droz a ces caractères. Son exposé classique de l'histoire de la colonisation instruit utilement et repose des fureurs polémiques entretenues par les Repentants. Pour bien comprendre le processus de levée de ce «lien de sujétion particulier qu'est la sujétion coloniale», Bernard Droz établit les distinctions méthodologiques et chronologiques indispensables. De même, en effet, que les colonisations timbre_indepfrançaise, anglaise, néerlandaise, portugaise, japonaise... empruntèrent des modalités distinctes, de même les processus respectifs d'émancipation des peuples colonisés furent-ils différents. L'opposition classique entre la Grande-Bretagne et la France reste, de ce point de vue, pertinente. La transformation de l'Empire britannique en Commonwealth s'effectuera plus tôt et avec moins de secousses que celle de l'Union française. Encore que la partition des Indes ne fût pas moins sanglante que nos deux longues guerres indochinoise et algérienne. Les colonisations et les décolonisations ont également commandé la nature des relations perpétuées entre les anciennes métropoles et les ex-colonisés. Au «développement séparé» et au «self-government» des Britanniques correspond le communautarisme revendiqué de leurs actuelles populations immigrées. Au mythe de la mission civilisatrice de la colonisation française, aux promesses illusoires de l'égalité des droits et de l'assimilation, répondent aujourd'hui les ratés de l'intégration nationale. Ainsi l'histoire de la colonisation peut-elle être terminée et sa mémoire, pourtant, courir encore. Bernard Droz comme Daniel Lefeuvre nous rappellent que les bilans de l'une ont peu à voir avec les comptes jamais soldés de l'autre.

Marc Riglet, octobre 200632_photo_pres_new


* photo : Marius Moutet, ministre des Colonies,
à Dakar en 1936
(source)


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