mercredi 26 avril 2006

La transmission de l'Etat colonial en Afrique (colloque, 28-29 avril 2006)

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Premier tour des élections présidentielles en 2001 au Bénin



La transmission de l'État colonial

en Afrique : héritages et ruptures

dans les pratiques et les technologies

du pouvoir


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28-29 avril 2006

MALD, Centre Malher

9 rue Malher, 75004 Paris (M° St-Paul)

Depuis quelques années, au sein du MALD (Mutations africaines dans la longue durée, UMR 8054), des historiens se réunissent autour d’une réflexion commune sur les modalités pratiques de la transmission de l’Etat colonial en Afrique (TECA), sur les traces des cultures et des techniques administratives et politiques léguées par les colonisateurs à leurs successeurs au moment des transitions à l’indépendance. Au fil des séminaires organisés par le groupe constitué autour de cette problématique et des rencontres qui les ont ponctuées, régulièrement depuis 2002, les attendus du programme de travail initial établi en 1997 ont considérablement évolué. En effet après plus d’une trentaine de séances au cours desquelles des historiens, mais aussi des anthropologues, des politistes ou des juristes, ont pu croiser leurs interrogations et confronter leurs perspectives avec les regards portés par des invités, témoins de l’époque et acteurs de ces passations, le projet a progressé et peu à peu son appropriation par les chercheurs l’a transformé.

Plus qu’un colloque final où l’on voudrait établir le bilan d’une étude arrivée à son terme, la réunion qui sera organisée les vendredi 28 et samedi 29 avril 2006 à Paris devrait permettre une mise en forme rigoureuse de ces changements afin que l’ampleur scientifique du sujet puisse se re-déployer dans les prochaines années. Ce ne sont pas tant les objectifs du programme initial ni ses méthodes qu’il paraît nécessaire de redéfinir, que ses cadres théoriques, chronologiques et disciplinaires qu’il semble utile de redimensionner, au regard des champs d’exploration ouverts par le dialogue de l’histoire avec les autres sciences humaines et sociales et des questions posées par l’engagement mémoriel récent des témoins des décolonisations africaines.


renseignement :
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N'Krumah et les membres de son cabinet le 8 mars 1957


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mardi 25 avril 2006

Deux ouvrages récents d'histoire coloniale : Jacques Frémeaux, Jean-Louis Planche

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Deux ouvrages récents en

histoire coloniale  :

Jacques Frémeaux, Jean-Louis Planche



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- Les colonies dans la Grande Guerre. Combats et épreuves des peuples d'Outre-Mer, Jacques Frémeaux, éd. 14-18 (février 2006). commander

Quatrième de couverture
Entre 1914 et 1918, la nation, plongée dans la Première Guerre mondiale, n'a guère mesuré l'ampleur des efforts et des sacrifices de ce qui était alors son empire colonial. De nos jours encore, ces efforts et ces sacrifices sont largement méconnus. Jacques Frémeaux entend ici remédier à cette ignorance. Dans les histoires générales de la France contemporaine, l'empire colonial n'occupe le plus souvent qu'une place limitée, circonscrite à quelques paragraphes, au mieux à un chapitre unique. C'est sans doute une preuve des faibles rapports que la masse des Français ont entretenus avec l'épisode colonial. Lorsque la question bénéficie de plus longs développements, c'est, le plus souvent, à l'occasion de débats sur l'immigration en France ou sur le devenir des anciennes colonies, trop actuels pour ne pas biaiser les faits. Il n'est question ni de bâtir une légende dorée, ni de nourrir des rancœurs, mais d'aider, si possible, les descendants des combattants et des travailleurs de toutes origines, à mieux connaître les éléments communs de leur histoire, et, par-delà les clichés et les caricatures, à mieux se comprendre.

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Tirailleurs marocains pendant la Première Guerre mondiale



Biographie de l'auteur
Jacques Frémeaux, ancien élève de l'ENS de la rue d'Ulm, agrégé d'histoire, docteur ès-lettres, est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne (université de Paris-IV).

- bio-bibliographie de Jacques Frémeaux

- commander : La France et l'Algérie en guerre : 1830-1870, 1954-1962 (éd. Economica, 2002)2717845666.08.lzzzzzzz_1_2207241203.08.lzzzzzzz_1_2717851488.08.lzzzzzzz_1_
- commander : Les Bureaux arabes dans l'Algérie de la conquête (Denoël, 1993)
- commander : Intervention et humanisme : le style des armées françaises en Afrique au XIXe siècle (éd. Economica, 2005)



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les massacres du Constantinois en 1945 :

un important travail de recherche

en archives

effectué par Jean-Louis Planche


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- Sétif 1945. Chronique d'un massacre annoncé, Jean-Louis Planche, éd. Perrin (avril 2006). commander


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maison d'Européens, incendiée à Kerrata en mai 1945


Quatrième de couverture
Le 8 mai 1945, deux faits mineurs survenus à Sétif et à Guelma déclenchent le plus grand massacre de l'histoire de la France contemporaine, en temps de paix : au moins 20 000 et peut-être 30 000 Algériens sont tués par les Européens.
Grâce au dépouillement des archives des ministères de l'Intérieur, de la Guerre et de Matignon, à de multiples entretiens avec des témoins, des acteurs et des journalistes, Jean-Louis Planche reconstitue le processus de cette "Grande Peur", survenue dans le département d'Algérie le moins politisé. Il montre, à l'origine, l'imbrication entre les conséquences immédiates de la guerre mondiale (notamment la présence américaine), les ravages du marché noir qui a destructuré la société coloniale et une épuration politique manquée. Il explique comment on passe d'une psychose complotière à une peur de l'insurrection générale, puis à une répression aveugle. Il analyse le rôle des partis politiques prompts à instrumentaliser l'affaire, au moment où ils se déchirent pour le contrôle du pouvoir dans la France d'après guerre.
Résultat : deux mois tragiques pour le Constantinois et une chape de plomb qui, soixante ans après, continue de peser sur les relations franco-algériennes et de hanter la mémoire nationale. Ce livre lève enfin le voile.

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- note sur ce livre : Stéphane Haffemayer sur Clionautes

- un article de la presse algérienne (9 mai 2005) avec propos de Jean-Louis Planche : Ghada Hamrouche

- le site de l'Union Nationale des Combattants : le.cri.net


Ainsi Jean-Louis Planche a-t-il terminé cet ouvrage auquel nous le voyons travailler depuis des années, notamment au Centre des Archives d'Outre-Mer (Caom), à Aix-en-Provence. Il y a des cartons d'archives ouverts et des dossiers dépouillés derrière ce travail... (M.R.)

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Jean-Louis Planche au Caom en 2002



Extrait de l'introduction
"L'événement analysé est présenté sans en exclure la part souterraine. En mai-juin 1945, une brèche s'est ouverte au nord du Constantinois dans le tissu uniforme des jours. Ont alors déferlé les créatures surgies de l'inconnu, les monstres nés de «la fécondité de l'imprévu» dont Proudhon nous dit qu'elle «excède de beaucoup la prudence de l'homme d'Etat» (cité par Anna Arendt). De ces créatures de violence, les archives nous donnent une image fugace, mais concrète. Nous les décrirons de notre mieux. Le sociologue Edgar Morin nous rappelle que «le soi-disant irrationnel, l’événement, la crise, ont leur logique et leur structure». Étudier les forces à l’œuvre, dans «la perspective clinique» qu’il propose, permet d’espérer mieux comprendre comment, selon les mots d’un témoin, «une psychose colonialiste, où la frousse se mêlait à la haine» a pu provoquer un tel drame."

Jean-Louis Planche, Sétif 1945. Chronique d’un massacré annoncé, p. 17.

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colloque "Michel Debré et l'Algérie" (27-28 avril 2006)

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27 janvier 1960

colloque "Michel Debré et l'Algérie"

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colloque

Michel Debré et l'Algérie

27 et 28 avril 2006

à l'Assemblée Nationale

Organisé par l'Association des Amis de  Michel Debré sous la Présidence d'Honneur
de M. Jacques Chirac, Président de la République,
Président M. Pierre Messmer, ancien Premier ministre

Programme

JEUDI 27 AVRIL 2006

Première séance présidée par Pierre Messmer :
Les convictions de Michel Debré

Deuxième séance présidée par Yves Guéna : Les combats de Michel Debré, Premier Ministre

VENDREDI 28 AVRIL 2006

Troisième séance présidée par Pierre Mazeaud :
Les combats de Michel Debré, Premier Ministre, et leur perception

Quatrième séance présidée par Jean Foyer : Les déceptions de Michel Debré

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P r o g r a m m e   d é t a i l l é   d u   C o l l o q u e

Jeudi 27 avril 2006

8 h 45
Accueil des participants
9 h 15 Allocution de Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée Nationale

Première séance présidée par Pierre Messmer
Les convictions de Michel Debré

9 h 30 Ouverture des travaux par Pierre Messmer, Président de l’Association des Amis de Michel Debré

9 h 45
Odile Rudelle, directeur de recherches CNRS/FNSP (er) :
«l’Algérie dans la République»

9 h 55
Jacques Frémeaux, professeur à l’Université de Paris IV :
«La perception des problèmes nord-africains par Michel Debré»

10 h 20 Débat et réponses aux questions des participants
10 h 50 Pause

11 h 10
Nicole Racine, directeur de recherches CNRS/FNSP :
«L’éditorialiste du Courrier de la colère»,
commentaires par André Fanton

11 h 30
Patrick Samuel, contrôleur général (économie et finances),
biographe de M. Debré :
«La théorie du complot : mythe et réalité»,
commentaires par
Georgette Elgey

12 h 20 Débat et réponses aux questions des participants
13 h 00 Déjeuner dans les salons de l’Hôtel de Lassay,
Présidence de l’Assemblée Nationale


Deuxième séance présidée par Yves Guéna  : Les combats de Michel Debré, Premier ministre

14 h 30
Gilles Le Beguec, professeur à l’Université de Paris X  :
«L’entourage de Michel Debré à Matignon»,
commentaires par Antoine Dupont-Fauville

15 h 00
Bernard Lachaise, professeur à l’Université de Bordeaux 3  :
«Michel Debré au Parlement»,
commentaires par Michel Habib-Deloncle

15 h 30 Débat et réponses aux questions des participants
16 h 00 Pause

16 h 20
Alessandro Giacone IEP – Paris III  :
«Paul Delouvrier et le plan de Constantine»,
commentaires par Yves Roland-Billecart

17 h 00
Chantal Morelle, professeur de classes préparatoires aux grandes écoles  :
«Le combat international»

17 h 25 Débat et réponses aux questions des participants
18 h 00 Fin des travaux de la première journée

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Vendredi 28 avril 2006

Troisième séance présidée par Pierre Mazeaud  : Les combats de Michel Debré, Premier ministre, et leur perception

8 h 45
Accueil des participants

9 h 15
Ouverture des travaux par Pierre Mazeaud, Président du
Conseil Constitutionnel
«Michel Debré, un juriste en politique»

9 h 30
Roger Benmebarek, ancien Préfet de région  :
«La promotion sociale »

10 h 00
Général Maurice Faivre (Cr)  :
«Une troisième force introuvable ?»

10 h 25
Débat et réponses aux questions des participants
10 h 45
Pause

11 h 00
Olivier Dard, professeur à l’Université de Metz  :
«Michel Debré et les “activistes”»

11 h 20
Christian Delporte  :
«Michel Debré et la presse française»,
avec les témoignages de Jean Ferniot et Jean Bergonier

12 h 00
Elodie Le Breton, doctorante en Histoire  :
«La perception de Michel Debré par les pieds-noirs»,
commentaires par Roger Roth, ancien député-maire de
Philippeville,
ancien Vice-président de l’Exécutif provisoire algérien

12 h 30
Rédha Malek, ancien ambassadeur d’Algérie en France,
ancien Premier ministre et négociateur des accords d’Evian :
«Michel Debré vu par le FLN et les Algériens»

12 h 50 Débat et réponses aux questions des participants
13 h 15 Déjeuner libre

Quatrième séance présidée par Jean Foyer  : Les déceptions de Michel Debré

14 h 30
Reprise des travaux

14 h 40
Guy Pervillé, professeur à l’Université de Toulouse  :
«Continuité et évolution des idées de Michel Debré sur l’Algérie»

15 h 00
Dominique Borne, Inspecteur Général (ER) de l’Education Nationale  :
«Michel Debré et la justice»

15 h 20
Marie-Catherine Villatoux , docteur en Histoire (SHD)  :
«Michel Debré et l’armée»,
commentaires par le général Michel Forget

16 h 15 Débat et réponses aux questions des participants

16 h 45 Pause

17 h 00
Daniel Lefeuvre, Université Paris VIII  :
«Michel Debré et l’avenir des Français d’Algérie»

17 h 20
Jean Morin, ancien Délégué général en Algérie  :
«De Gaulle et Michel Debré»

17 h 45
Débat et réponses aux questions des participants

18 h 00
Conclusion
Maurice Vaïsse, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

18 h 15
Cocktail de clôture du colloque dans les salons de l’hôtel de Lassay

Secrétariat du colloque : Tél. : 01 45 62 62 95 - Fax : 01 45 63 33 73

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lundi 17 avril 2006

L'écriture au Vietnam

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Lettrés et interprètes à la Résidence, Hanoï - photo du Dr Hocquard
(cf. Une campagne au Tonkin, prés. Philippe Papin, arléa,1999, p. 179)



L'écriture au Vietnam

 

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Dans un commentaire, posté le 16 avril 2006, "Patrice" écrit :

Bonjour,
Il est sain de réapprendre aux gens ce que fut réellement la colonisation française : phénomène en soi bien sûr, mais aussi phénomène international parmi d'autres. Récemment, un immigré vietnamien croyait raisonnable de rejoindre une manifestation des prétendus "Indigènes de la République" pour clamer son ressentiment contre la France. Son argument était simple : la colonisation française aurait traumatisé le peuple vietnamien en lui imposant une nouvelle écriture. Cet homme ignorait que la romanisation fut revendiquée par les révolutionnaires vietnamiens eux mêmes ! En plus, l'ancienne écriture vietnamienne fut elle même une écriture imposée par un autre colonisateur : la Chine. Et cette colonisation là dura mille ans. Laquelle des deux écritures est la plus vietnamienne ?

Patrice

 

l'écriture au Vietnam

En complément de cette réaction, quelques "liens" sur l'écriture vietnamienne :

 

- Tan Loc NGUYEN propose un sujet sur la calligraphie (mais c'est en vietnamien) et une hang_rong1explication des problèmes d'écriture informatique vietnamienne

 

 

 

- un site très complet sur les écritures au Vietnam : de l'idéogramme à l'alphabet, du pinceau à la plume, des estampes à l'ordinateur

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le camp des lettrés pendant le concours
Le Petit Journal, 28 juillet 1895

 

 

historique de l'écriture au Vietnam

- sur le site de l'université Laval au Québec (TLFQ - Trésor de la langue française au Québec) :

Les Vietnamiens ont utilisé les caractères chinois jusqu'au jusqu'au XIIIe siècle. Tout comme pour le chinois, les mots vietnamiens contenaient deux symboles: le premier indiquait la signification et le second la prononciation. Puis, les Vietnamiens ont inventé leur propre système d'écriture: le nôm.

Par la suite, au XVIIe siècle, Alexandre de Rhodes (1591‑1660), un jésuite français de nationalité portugaise,
derhodes introduisit l'alphabet phonétique romanisé (appelé quõc ngu), toujours en vigueur actuellement. C'est lui qui, le premier, a classé systématiquement les phonèmes de la langue vietnamienne ; par ses publications, il a systématisé, perfectionné et vulgarisé le nouveau mode d'écriture.

L'alphabet vietnamien n'a pas de lettre
f (remplacée par le graphème Ph équivalant au son [f]) ni de z (remplacé par le graphème GI équivalant au son [z]). De plus, afin de tenir compte des tons, les lettres peuvent porter des signes diacritiques différents.

Le vietnamien d'aujourd'hui peut encore s'écrire à l'aide de caractères chinois (le
chu nôm) dans des occasions spéciales ou comme forme d'art, mais la graphie romanisée, le quõc ngu, est devenue l'écriture officielle du pays. Malgré une influence chinoise omniprésente, le Vietnam demeure le seul pays du Sud-Est asiatique à posséder une écriture romanisée. Sous sa forme orale, le vietnamien présente des différences importantes d'accent et de vocabulaire entre le Nord, le Centre et le Sud, mais l'intercompréhension demeure relativement aisée.

 


bientôt un mémorial à Hanoï pour Alexandre de Rhodes

Le quõc ngu (graphie romanisée du vietnamien) fut créé au XVIIe siècle par un missionnaire français : le père Alexandre de Rhodes. Nombre d'intellectuels de la capitale appellent depuis des années à redresser son mémorial, abattu il y a une trentaine d'années.

matteoricci_clAlexandre de Rhodes est né le 15 mars 1591 à Avignon, dans le Sud de la France. Ce missionnaire s'est rendu de 1627 à 1645 au Vietnam pour propager le catholicisme. Pour convertir ses ouailles, il a cherché à maîtriser le vietnamien, ce qui lui a demandé peu de temps - le jésuite était en effet très doué pour les langues. Il commença, paraît-il, à prêcher en vietnamien seulement six mois après son arrivée ! Ensuite, grâce aux travaux de certains missionnaires portugais et espagnols qui avaient commencé à retranscrire en caractères romains le vietnamien, il réussit à mettre au point le quôc ngu. En remplaçant les caractères chinois par cette graphie romanisée, le père de Rhodes facilita la diffusion de l'Évangile. Rappelons qu'à cette époque, le vietnamien s'écrivait avec des idéogrammes (chu nho et chu nôm ) et il fallait de nombreuses années d'études pour maîtriser cette écriture complexe, domaine exclusif des lettrés, des mandarins et que le peuple était bien incapable de déchiffrer. Ce système d'écriture perdura jusqu'au début du XXe siècle, puis le quôc ngu le remplaça largement à partir de la Première Guerre mondiale. Parallèlement à sa mission évangélisatrice et à ses travaux sur la langue vietnamienne, le père de Rhodes s'intéressa aussi aux us et coutumes des locaux, à l'histoire et aussi aux ressources naturelles du pays. Il rédigea de nombreux ouvrages, les plus connus étant un "Dictionnaire annamite-portugais-latin", des "Explications brèves sur un voyage de mission religieuse au Tonkin", une "Histoire du royaume tonkinois"...

Pour rendre honneur à cet inventeur du vietnamien romanisé, un mémorial fut dressé fin mai 1941, donc pendant la présence coloniale française, sur une petite place au nord-est du lac Hoàn Kiêm, à côté du temple de Bà Kiêu. C'était une stèle en pierre, haute de 1,7 m, large de 1,1 m et épaisse de 0,2 m, sur laquelle étaient gravés, en quôc ngu , en chinois et en français, les mérites d'Alexandre de Rhodes.
Le journal Tri Tân du 13 juin 1941 informa ses lecteurs de la manière suivante : "M. Alexandre de Rhodes a revécu parmi les habitants de Hanoi lors de l'inauguration de son mémorial ; la cérémonie a été réalisée dans une atmosphère solennelle et émouvante... Maintenant, le quôc ngu est considéré comme les fondements de la langue nationale, c'est pourquoi, nous ne pouvions pas ne pas remercier sincèrement celui qui l'a inventé, M. Alexandre de Rhodes".

Mais malheureusement, le monument disparut un jour, il y a une trentaine d'années. Qui l'enleva ? Nul ne le sait ! Acte politique ou simple vandalisme, le mystère reste entier... Il faut dire que les missionnaires n'ont jamais eu bonne presse au sein des milieux révolutionnaires en lutte pour l'indépendance du pays. C'est un fait que, dans l'histoire du colonialisme, et pas seulement au Vietnam, la croix a souvent précédé l'épée et le canon. La stèle, donc, bien que volumineuse, disparut de son piédestal... Un temps, on la revit dans l'échoppe d'un serrurier qui s'en servit comme... enclume. Puis une marchande de thé l'utilisa comme comptoir - bien pratique pour boire et se cultiver à la fois ! Certains la virent même au bord du fleuve Rouge... Dans les années 1980, l'espace dédié à Alexandre de Rhodes vit l'érection d'un superbe monument révolutionnaire blanc immaculé, à la gloire des patriotes : trois grandes statues de combattants, dont une femme. Sur le piédestal, cette inscription : "Prêts à se sacrifier pour la Patrie".


Redresser la vieille stèle ou élever un buste ?
En 1993, le Club des historiens organisa une causerie sur Alexandre de Rhodes. Le professeur Nguyên Lân évoqua le mémorial du Français. Pour lui, il n'aurait jamais dû être abattu. Cet acte révélait une certaine étroitesse d'esprit, une méconnaissance totale de l'histoire et, de toute manière, c'était indigne de notre peuple. Le Vietnam a toujours été une nation reconnaissante envers ses bienfaiteurs. En mangeant un fruit, garde le souvenir de celui qui a planté l'arbre, dit un adage fameux. Même sous la domination chinoise, Shi Nie, un administrateur chinois, fut élevé à un rang supérieur, en raison de ses efforts pour propager l'écriture chinoise au sein du peuple vietnamien. Ce dernier bâtit d'ailleurs un temple pour lui rendre hommage.

À Hanoi, un monument vantant les mérites d'un Français célèbre a survécu à la révolution d'Août 1945 : le buste de Pasteur (chimiste et biologiste français, 1822-1895). Et la rue Yersin existe toujours (microbiologiste français d'origine suisse, qui est mort en 1943 à Nha Trang, Vietnam, là où il étudia pendant des années le bacille de la peste). À Hô Chi Minh-Ville, il existe également des rues Yersin et Calmette (médecin et bactériologiste français, qui a découvert, avec Guérin, le vaccin antituberculeux, dit BCG). Une statue de Yersin trône aussi à Nha Trang, province de Khánh Hoà (Centre).
Et Alexandre de Rhodes n'a-t-il pas aussi oeuvré pour le peuple vietnamien ? L'écriture romanisée, d'apprentissage beaucoup plus facile que les idéogrammes, a favorisé l'accès au savoir et à l'information de larges pans de la population, et il a permis aussi d'affaiblir le pouvoir des mandarins qui était en grande partie fondé sur leur savoir traditionnel écrit en scriptes chu nho et chu nôm.

Et le missionnaire était aussi un humaniste, proche de la population... C'est pourquoi, il est temps de redonner à de Rhodes un espace de mémoire au cœur de la capitale vietnamienne. Le professeur Nguyên Lân a proposé d'élever un buste au parc Tao Dàn, devant l'Université de pharmacie de Hanoi. Mais il est aussi possible de remettre en place la vieille stèle qui a finit son parcours rocambolesque dans les rues de Hanoi, et qui est maintenant entreposée dans les locaux du Comité de gestion des vestiges historiques et des sites touristiques de la capitale.
En 1995, le Centre des sciences sociales et humaines a organisé un colloque sur la vie et l'œuvre du missionnaire français. Dans son intervention relative aux contributions du jésuite au Vietnam, le docteur Nguyên Duy Quy a conclu : "Nous comptons déposer la vieille stèle dans l'enceinte de la Bibliothèque nationale. Nous voulons aussi redonner à une rue de Hô Chi Minh-Ville le nom du célèbre missionnaire, débaptisée il y a quelques décennies."
L'histoire de la stèle du jésuite a enfin reçu un écho dans le monde des intellectuels, après une "disparition" de plusieurs décennies. Selon une circulaire publiée le 29 juillet 1997, le Service de conservation des monuments historiques et des musées - dépendant du ministère de la Culture et de l'Information - avait l'intention de remettre la stèle au parc Canh Nông, dans l'actuelle rue Diên Biên Phu, à Hanoi.
Le professeur Vu Khiêu, lui, est partisan de remettre le mémorial à sa place initiale, au bord du lac Hô Guom (lac à l'Épée restituée). Alors ce plan d'eau, véritable cœur de la capitale, abritera les trois symboles les plus importants du pays : la Paix (symbolisée par la restitution, à une tortue géante du lac, de l'épée magique qui servit au roi Lê Loi à chasser les Ming au XVe siècle - selon une légende populaire), la Culture (le Tháp Bút - obélisque en forme de pinceau - érigé par Nguyên Siêu) et l'Amitié entre les peuples (la stèle d'Alexandre de Rhodes, inventeur du quôc ngu ).

Hông Nga et Sébastien - Le Courrier du Vietnam - 4 Juillet 2004.



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* voir la contribution de Pierre Brocheux : "À propos de quôc ngu et d'agression culturelle"

 

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lundi 3 avril 2006

La question postcoloniale (Yves Lacoste) - n° 120 de la revue Hérodote

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la question postcoloniale en France :

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la société française dénoncée comme une société coloniale



La question postcoloniale

Yves LACOSTE

extraits de la présentation du n° 120 de la revue Hérodote



Dans les pays qui ont été colonisés, surtout ceux dont l'indépendance nationale est relativement récente, et où les manifestations du sentiment national sont une des composantes majeures de la vie politique, le rappel de la lutte commune contre le colonialisme est presque un rituel, mais il est convenu. En revanche, dans les pays d'Europe occidentale, où l'idée de nation ne s'exprime plus guère de façon majoritaire, la presse, de plus en plus souvent, donne un écho généralement favorable à de nombreux discours et ouvrages qui dénoncent - pour reprendre une formule consacrée - les crimes qu'a commis durant des siècles la colonisation, y compris dans ses dernières années. Celle-ci est souvent assimilée à l'esclavage, et même, de plus en plus souvent, à des entreprises de génocide plus ou moins délibérées.
Or, loin d'en appeler à une attitude générale de repentance envers des peuples qui en ont été les victimes, cette mise en accusation du colonialisme s'inscrit surtout dans le champ politique interne, notamment en France. Sont ainsi dénoncées, rétrospectivement la droite et l'extrême-droite, accusées des guerres coloniales, et même la gauche classique, à laquelle sont reprochées la politique colonisatrice de la IIIe République et même son implication décisive dans la guerre d'Algérie. (...)

De nos jours, un nouveau mouvement anticolonialiste (un néo-anticolonialisme ?) soutient, certes au plan international, des mouvements d'indépendance comme celui des Tchétchènes ou des Palestiniens (en dénonçant parfois l'imminence ou même la perpétuation d'un génocide), mais ses enjeux essentiels sont, à mon avis, de politique intérieure. Pour en mesurer l'importance, il faut vraiment prendre acte que les relations entre les pays d'Europe occidentale et ceux d'Asie ou d'Afrique ont subi de très grands changements, au plan non seulement politique, mais aussi démographique. Il ne s'agit plus de colonisation, mais de postcolonial. (...)

Poser la question postcoloniale consiste à examiner les interactions principalement culturelles qui existent aujourd'hui entre deux nations ayant été autrefois situées dans un rapport géopolitique de type colonial - à savoir une autorité politique étrangère exercée durablement sur un peuple, par droit de conquête (et avec la complicité de notables locaux), la population autochtone étant soumise à des formes d'organisation conçues et commandées par des cadres porteurs d'une autre culture nationale et venus d'un pays plus ou moins lointain. (...)

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Alors que cette relation géopolitique de type colonial fut en quelque sorte culturellement à sens unique, la relation postcoloniale est dans une certaine mesure beaucoup plus réciproque. En effet, si une partie plus ou moins significative de la population colonisée entendait et apprenait la langue du colonisateur et parfois même imitait certains de ces comportements, en revanche dans la métropole coloniale (exception faite des "cercles coloniaux") on ignorait autrefois pratiquement tout des cultures "d'outre-mer". Aujourd'hui, en France par exemple, du fait de l'accroissement du nombre d'habitants issus de pays de culture musulmane, mais aussi de l'évolution des idées, le nombre de gens qui entendent du raï, mangent du couscous et qui ont des copains "arabes" est incomparablement plus grand qu'au temps de "l'Algérie française". C'est la preuve de l'importance des relations postcoloniales.

Yves Lacoste, extrait de l'introduction au n° intitulé "La question postcoloniale"
de la revue Hérodote, n° 120, 1er trimestre 2006


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        la revue Hérodote                       Yves Lacoste   

                    n° 120 - La question postcoloniale


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